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Mylène Moisan
Le Soleil
Mylène Moisan
Il y a encore des heures de pointe, même si Québec et Lévis sont en zone rouge foncé depuis un mois, même si toutes les écoles sont fermées, tous les commerces non essentiels et où, rappelons-le, le gouvernement de François Legault a décrété que le télétravail était obligatoire.
Il y a encore des heures de pointe, même si Québec et Lévis sont en zone rouge foncé depuis un mois, même si toutes les écoles sont fermées, tous les commerces non essentiels et où, rappelons-le, le gouvernement de François Legault a décrété que le télétravail était obligatoire.

Le mystère de l’heure de pointe

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CHRONIQUE / Mars 2020, quand le premier ministre a mis le Québec sur pause, suffisait d’aller faire un petit tour de machine pour constater à quel point la ville était déserte. On se serait cru dans un film, seul survivant après une attaque bactériologique.

C’était surréel.

Il n’y avait tellement personne sur les routes que même Marc-André Boivin, le monsieur trafic de la radio de Radio-Canada, a stationné son «Tire-bouchon», le nom que les auditeurs ont choisi pour son bolide. «Je me suis dit, «ça n’a pas de sens, je brûle de l’essence pour rien». Et il y avait beaucoup de questions, les gens se posaient beaucoup de questions sur la COVID, j’ai proposé d’y répondre.»

Il s’est donc installé en télétravail pour répondre aux interrogations des auditeurs, en gardant un œil sur le trafic. «Je surveillais les caméras du ministère des Transports et aussi le fil Twitter pour les travaux, j’avais les scanneurs des pompiers et de la police, qui n’étaient pas brouillés à ce moment-là, et je recevais des messages des auditeurs s’il y avait quelque chose. S’il y avait du trafic, j’en parlais. Mais c’était vraiment très tranquille, vraiment spécial.»

Il a noté une petite augmentation des heures de pointe quand les enfants sont retournés à l’école le 11 mai.

Marc-André n’a repris le volant de son Tire-bouchon qu’en octobre, les automobilistes étaient plus nombreux. Il a repris le trajet qu’il avait l’habitude de faire, une fois le matin et une fois en après-midi, pour rendre compte de l’état de la circulation en temps réel, à la recherche de bouchons.

Ils étaient rares.

Ils le sont encore. «Quand il y a un problème, c’est quand il y a un chantier ou quand il y a un accident.» Ça coince souvent autour des travaux sur l’autoroute Henri-IV, mais sinon, ça roule bien. «Pour la traversée des ponts, il n’y a pas vraiment de problèmes. Duplessis, c’est fluide, fluide, fluide.»

Mais, ce qui m’a frappée en l’écoutant presque chaque jour à la radio, c’est qu’il y a toujours des heures de pointe. Marc-André le confirme. «Ce n’est rien comparé à avant, mais il y a encore des heures de pointe. Ça commence plus tard, vers 7h-7h15, et à 8h30 c’est réglé. En après-midi aussi, ça sort plus tard.»

Il y a donc encore des heures de pointe, même si Québec et Lévis sont en zone rouge foncé depuis un mois, même si toutes les écoles sont fermées, tous les commerces non essentiels et où, rappelons-le, le gouvernement de François Legault a décrété que le télétravail était obligatoire.

Lorsque c’est possible, s’entend.

Il y a encore des heures de pointe, même si Québec et Lévis sont en zone rouge foncé depuis un mois, même si toutes les écoles sont fermées, tous les commerces non essentiels et où, rappelons-le, le gouvernement de François Legault a décrété que le télétravail était obligatoire.

C’est à peu de choses près ce qui avait été décrété il y a un an, alors que le trafic – et les heures de pointe – s’étaient complètement volatilisés. À part les chiros et les massothérapeutes et quelques autres services qui n’ont pas fermé cette fois, je ne vois pas ce qui pourrait expliquer le retour des heures de pointe.

À part que le télétravail n’est peut-être pas si systématique que ça, que des gens qui devraient travailler de la maison se rendent au bureau.

Marc-André ne s’explique pas non plus la rémanence des heures de pointe en cette période où nous sommes assignés à demeure. «J’ai de la misère à comprendre aussi. Il y a certainement des gens qui sortent pour faire des commissions, il y a encore les garderies qui sont ouvertes, mais est-ce suffisant?»

Depuis 10 ans qu’il se lance matin et soir dans le trafic, Marc-André a été témoin de l’inexorable augmentation de la circulation, surtout de la non-circulation aux heures de pointe. «Avant la pandémie, c’était vraiment l’enfer!» confirme-t-il. Et ce que la pandémie nous a démontré, selon lui, c’est que le problème était plus simple à régler qu’il n’y paraissait. «On voit que lorsqu’on enlève des voitures de la route, il n’y a plus de problème. Donc, avec un bon réseau de transport, on pourrait vraiment améliorer la situation sans dépenser des milliards pour élargir les autoroutes.»

Sans compter la variable du télétravail, qu’on ne pourra mesurer vraiment qu’une fois que tout ceci sera terminé. On sait déjà que des employeurs qui étaient réfractaires à cette idée y ont vu des avantages, qu’ils seront probablement plus ouverts au travail à la maison, du moins en formule hybride, idem pour les employés.

La bonne nouvelle, c’est qu’il y a peut-être moyen de ne pas retourner en enfer.

Ça vaut la peine d’essayer.