Avec 2500 sièges pour les spectateurs, le futur anneau de Québec ne répond pas à première vue aux standards olympiques de 8000 places. N’empêche qu’une annonce pendant les Olympiques nourrit l’idée que Québec reste en réserve de la république.

Le «moment» olympique

CHRONIQUE / L’administration Labeaume a choisi la quinzaine olympique pour confirmer la mise en chantier d’un anneau de glace couvert à Sainte-Foy. Difficile de croire au hasard.

Cette quinzaine est celle où les citoyens enterrent leurs différences. Font bloc derrière les athlètes locaux et s’émeuvent de leur succès. 

Ils se découvrent une passion brûlante pour des sports qui les laissent habituellement de glace. 

Les indépendantistes, même les plus farouches, se mettent à frémir devant la feuille d’érable et s’improvisent proud Canadians le temps d’une émotion olympique.

Un bon moment pour catalyser cette fierté et minimiser la grogne contre un projet d’anneau de glace qui ne fait pas l’unanimité.

Cela dit, ce projet n’a rien d’une surprise improvisée sur un coin de table pour profiter d’une conjoncture favorable.

Ce fut un des enjeux de la dernière campagne municipale, même si on en a (beaucoup) moins parlé que du troisième lien et du transport structurant.

M. Labeaume a commencé à en parler dès 2005 lors de sa course (perdue) à la direction du Rassemblement populaire. Il n’a cessé depuis d’en faire la promotion.

Ce qui a changé avec le temps, c’est l’argumentaire au soutien du projet.

Il s’agissait au départ de corriger une «injustice historique». Il était «inacceptable» que le Québec, berceau du patinage de vitesse, n’ait pas d’anneau couvert pour ses athlètes alors que l’ouest du Canada en a maintenant deux.

Après avoir attaché son projet d’amphithéâtre, l’administration Labeaume a relancé en 2011 celui d’anneau de glace.

«Je pense que ce sera le prochain geste, c’est incontournable», analysait alors M. Labeaume. 

C’était l’époque où Québec jonglait encore avec l’idée d’une candidature olympique. Ne se sentant pas d’appui populaire, le maire a renoncé aux Jeux de 2022, mais a misé sur l’anneau de glace pour stimuler l’intérêt des citoyens pour des Jeux olympiques.

«Pour que les gens sentent l’Olympiade, ça prend un anneau de glace», disait-il. 

Depuis lors, Québec a mis de côté l’argument olympique et mis l’accent sur l’utilité de l’équipement pour l’ensemble des citoyens.

Avec deux patinoires «conventionnelles» insérées au centre de l’anneau de glace, l’anneau servira à tous et évitera à la ville d’investir dans la rénovation et/ou la construction d’autres arénas.

L’anneau de 400 mètres sera également accessible au public, comme l’a été depuis toujours l’anneau de glace Gaétan-Boucher.

Il se trouvera des citoyens pour regretter le plaisir de patiner en plein air. On peut les comprendre. L’hiver, c’est moins l’hiver entre quatre murs qu’à l’extérieur. 

Il s’en trouvera aussi pour continuer à penser que le projet est trop coûteux pour ne servir qu’à une petite élite de patineurs, ce qui est inexact, mais les perceptions sont parfois tenaces.

Avec 2500 sièges pour les spectateurs, le futur anneau de Québec ne répond pas à première vue aux standards olympiques de 8000 places (PyeongChang, Sotchi, Vancouver, Turin). Celui de Beijing 2022 comptera même 12 000 sièges.

N’empêche qu’une annonce pendant les Olympiques nourrit l’idée que Québec reste en réserve de la république. Comme elle l’est pour la Ligue nationale de hockey.

Le pari du maire Labeaume est que le jour où le CIO sera lassé des candidatures de l’Extrême-Orient ou en mal d’un vrai hiver, il viendra supplier Québec d’accepter les Jeux. Ça reste à voir.

Ayant passé la dernière semaine dans un pays qui ne sait rien de l’hiver ni de la télé HD satellite, j’ai vu mes premières images olympiques à mon retour dimanche soir.

Au menu, le concours de danses lascives sur glace, qui malgré les prouesses techniques et cette pointe de sein dénudée d’une patineuse française, ne m’a pas beaucoup allumé.

Pour le reste, des reprises jouées en boucle. Celle de la descente de la surfeuse Laurie Blouin en route vers la finale du Grand saut. Et celle de la Canadienne Cassie Sharpe survolant la demi-lune de PyeongChang. 

Lorsque j’en ai eu assez des boucles et des danses lassantes, je me suis mis à zapper. 

Je suis tombé sur le Red Bull Crashed Ice. 

Une scène familière avec quatre patineurs dans le portillon de départ avec un grand hôtel en fond de scène. Une mention m’a cependant fait sursauter : «Marseille 2018».

Ce sport extrême né de l’hiver, du patin et de la descente, s’égare désormais sur les rives de la Méditerranée. Les spectateurs aux premiers rangs portaient des tuques, mais sous 16 degrés, ça sonnait faux. 

Des opposants locaux ont d’ailleurs critiqué leur mairie et scandé ce slogan : «Des piscines, pas des glaçons.»

Vue des airs, le tableau était plutôt joli. Un lacet de glace entre les murs et les pavés secs du centre-ville de Marseille. 

Ça m’a fait penser à la rampe blanche du grand saut de PyeongChang, perdue dans l’asphalte sec. Et à l’anneau couvert de patinage au milieu des pelouses jaunes.

De fragments d’hiver, dérisoires, plantés dans des décors hors saison. 

C’est dans ces moments qu’on se prend à imaginer des Jeux d’hiver dans un décor d’hiver.