Le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge

Le ministre qui a condamné trop vite

CHRONIQUE / Résumons : un texte dans un média affirme une fausseté au sujet de quelqu’un. Un ministre — en l’occurrence, Jean-François Roberge — écarte alors la personne visée. Pourquoi? Pour éviter une controverse... Tant pis pour les règles élémentaires de justice.

Résumons autrement : un média écrirait une fausseté sur M. Roberge, le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur. Le premier ministre François Legault devrait donc l’écarter du Conseil des ministres pour éviter toute «distraction» — peu importe que la chose soit vraie ou pas? C’est bien ça?

Ce serait absurde, mais la même logique devrait au moins prévaloir dans les deux cas, non?

Or, à moins d’être un adepte des injustices, une telle logique ne peut tout simplement pas exister.

Vendredi, l’auteur du texte à l’origine de la faute commise par le ministre, le chroniqueur Richard Martineau, du Journal de Montréal, a lui-même reconnu la teneur inexacte de sa chronique. Elle visait le philosophe et professeur de droit de l’Université McGill Daniel Weinstock.

Le texte indiquait qu’il pouvait être favorable à «l’excision symbolique» de jeunes filles. C’était une interprétation erronée de ses propos. Le professeur n’approuve pas du tout cette mutilation monstrueuse, qu’elle soit «symbolique» ou pas.

Finalement, les excuses

Daniel Weinstock devait participer en tant que conférencier expert à un forum sur l’avenir du cours Éthique et culture religieuse. Or, le cabinet du ministre de l’Éducation lui a retiré son invitation tout juste après la publication de la chronique.

Avant de la lui retirer, le ministre et son entourage auraient pourtant dû vérifier l’exactitude des faits. C’est en tout cas ce que ferait, je l’espère, le cabinet du premier ministre avant de sanctionner Jean-François Roberge si une information portant sur un fait grave était lancée à son sujet.

L’attaché de presse du ministre a dit la semaine dernière que des vérifications avaient été faites dans le cas de Daniel Weinstock. On se demande bien lesquelles. «Nous avons fait nos propres recherches», a par la suite insisté M. Roberge en exprimant de timides regrets. Mais sans pour autant réinviter le professeur, même si l’auteur de la chronique avait lui-même reconnu son erreur. L’injustice demeurait.

Dimanche, en fin de journée, le ministre a finalement présenté ses excuses sincères au professeur et l’a réinvité. Il n’est jamais trop tard, mais il était temps.

L’exposé du ministre

Il y a tout juste un an, lors d’un débat sur le cours Éthique et culture religieuse, Jean-François Roberge avait dénoncé les «entraves au dialogue» dont les partis d’opposition se rendaient coupables.

Les exemples de sophismes qu’il avait alors donnés visaient à les inviter à la prudence; à cette même précaution dont lui-même n’a pas fait preuve dans cet épisode. Citons quelques éléments de son exposé d’alors : l’«appel à la popularité», avait-il fustigé, «consiste à justifier l’idée que quelque chose est vrai ou acceptable par le simple fait qu’un grand nombre de personnes l’affirment, mais sans en avoir vérifié l’exactitude».

La caricature, avait-il enchaîné, «consiste à déformer la position ou la pensée de quelqu’un notamment en la radicalisant ou en la simplifiant à outrance pour la rendre non crédible».

La «pente fatale», avait ajouté le ministre, «consiste à affirmer qu’une action entraînera une situation épouvantable en raison d’un enchaînement de causes et d’effets».

Le ministre avait aussi entre autres discouru sur l’«argument d’autorité». Ses exemples appelaient à ne pas tirer de conclusions hâtives.

En toute logique avec lui-même et en toute justice avec autrui, Jean-François Roberge se devait de présenter des excuses officielles.