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Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
Sous la direction d’Erin O’Toole, les conservateurs ne regardent pas au loin. Ils regardent le bout des chaussures de leurs adversaires.
Sous la direction d’Erin O’Toole, les conservateurs ne regardent pas au loin. Ils regardent le bout des chaussures de leurs adversaires.

Le manque d’audace des conservateurs

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CHRONIQUE / Depuis qu’il a pris les rênes du Parti conservateur du Canada, Erin O’Toole n’a encore rien prouvé. Peut-être attend-il la fin du délicat congrès de sa formation qui se tiendra dans quelques jours, du 18 au 20 mars, pour se lâcher un peu, pour dire quelque chose. Il faut l’espérer pour lui et ses troupes.

Erin O’Toole dirige la seule formation politique pouvant remplacer les libéraux de Justin Trudeau. Pour l’heure, cependant, les intentions de vote ne sont pas porteuses pour lui et les siens. Au Québec, le Bloc québécois lui barre en partie la route du pouvoir.

Mais, sur le fond, comment se fait-il que les conservateurs, pourtant favorables à l’idée d’un Canada décentralisé, manquent si cruellement d’audace politique? Comment se fait-il qu’au bout de tant de mois et d’années dans l’opposition, ils n’aient toujours pas un projet phare à présenter aux Québécois et aux Canadiens?

Par exemple, celui d’un Canada reposant d’abord et avant tout sur les provinces. Un Canada où l’entité fédérale s’occuperait uniquement de missions régaliennes.

Les assiettes fiscales des deux ordres de gouvernement seraient alors différentes. Mais les provinces pourraient aussi confier des mandats ad hoc au fédéral. Pour des achats groupés, notamment.

Est-ce un manque d’imagination de leur part de ne rien proposer de fondamental? Un manque de conviction?

La peur que le tout soit trop difficile à réaliser?

Pourtant, seul un parti pour qui le minimum d’État correspond à une forme d’idéal pourrait proposer le projet d’un Canada reposant foncièrement et fondamentalement sur les provinces — sans un palier fédéral omniprésent.

Difficile d’aller dans cette direction? Absolument! Mais les conservateurs auraient pu et pourraient encore proposer de revoir les institutions pour que cette entité fédérale renouvelée soit au service des provinces, soit un outil entre leurs mains.

Pourquoi ne proposent-ils pas une Union des États du Canada ou autre chose du genre? Une union au sein de laquelle le Québec pourrait, par exemple, avoir une place à part. Parce que l’on aurait déjà joué dans des films du genre, dans des tentatives de renouvellement?

Je soupçonne que c’est davantage parce que les conservateurs n’y pensent pas, tout simplement. Parce qu’ils sont pris dans leurs combats quotidiens contre les libéraux.

Ils ne regardent pas au loin. Ils regardent le bout des chaussures de leurs adversaires.

La Constitution coulée dans une espèce de marbre constitue un empêchement à toute évolution? Voilà pourtant qui ne devrait pas empêcher un grand parti de proposer un Canada différent — si c’est ce avec quoi il est ou pourrait être d’accord. Voilà qui ne devrait pas l’empêcher de pointer une direction, d’engager le débat pour, par la suite, mettre de la chair autour de l’os.

Jusqu’à preuve du contraire, par rapport aux provinces, le Parti conservateur du Canada est moins à l’initiative qu’à la remorque. Il est à la remorque des demandes des provinces pour ceci ou cela, pour affirmer qu’il se calera davantage à leurs désirs que le gouvernement Trudeau. La main sur le coeur, Erin O’Toole leur dit «oui ou mouis». Seulement à la remorque.

Mais pourquoi n’est-il pas à la manœuvre? Pourquoi pas une initiative de réforme audacieuse de sa part?

Pourquoi manque-t-il le train à ce point? Est-ce parce qu’un tel débat favoriserait des forces centrifuges? Mais que se passe-t-il actuellement, si ce n’est pas cela?

Naïf, tout ça? Oui, sans doute.

Mais les conservateurs n’ont-ils pas envie de mettre sur la table un projet politique et institutionnel fondateur ou refondateur?