Le chef de Québec 21, Jean-François Gosselin, serre la main du maire sortant Régis Labeaume, lors du premier débat télévisé de la course à la mairie de Québec.

Le lapin Energizer

CHRONIQUE / On attendait un débat à trois. Ce fut davantage un duel entre Régis Labeaume et Jean-François Gosselin, Anne Guérette peinant à y trouver une place.

Le chef de Québec 21, M. Gosselin, en était à un premier débat et avait le plus à gagner. Il a «volé le show», au propre comme au figuré, pas toujours de manière élégante.

On l’avait senti très nerveux avant de commencer, au point de trébucher en donnant son nom pour le test de son.

Mais il est entré dans le débat avec assurance, le couteau entre les dents, agressif, intense, vif à mordre dans tout ce qu’il pouvait attraper, incisif et direct tant dans ses questions que ses réponses.

Il était le seul à avoir appris son texte et à avoir préparé des lignes, à avoir caché quelques lapins dans son chapeau, attendant l’occasion de les larguer ou la provoquant en coupant la parole avec impolitesse. Parlant de lapin, c’est l’image qui me vient. Un lapin Energizer.

-Monsieur Labeaume, vous avez dit que vous ne me connaissiez pas, mais nous avons travaillé ensemble déjà. On doit dire la vérité.

-Si vous avez le goût de la politique provinciale, allez-y.

-Le vrai leader régional, c’est Gilles Lehouillier.

-Le Diamant est opaque. Je ne serai pas le mécène avec l’argent des autres.

Il a salué deux fois plutôt qu’une la cohérence de Mme Guérette, pour la narguer ensuite. «Je vous ai écouté, mais j’ai pas vraiment rien entendu».

Il a posé en redresseur de torts et donneur de leçon avec l’arrogance d’un jeune premier qui croit tout savoir.

S’il fallait juger du gagnant d’un débat sur le seul critère du temps de glace, du niveau sonore et du spectacle, il faudrait donner Jean-François Gosselin gagnant. Il en fut du début à la fin, le principal agitateur.

Je sais que les études scientifiques suggèrent que les débats télévisés se gagnent par le langage non verbal, idéalement dans les toutes premières minutes.

Mais je ne peux cependant m’y résigner. Je suis d’une vieille école qui ne répugne pas au spectacle, mais qui croit (encore un peu) à la pertinence des arguments et de la pédagogie.

J’aime qu’on m’explique, même si c’est à la fin.

Au-delà de son habileté à débattre, ce qu’on aura surtout retenu de M.Gosselin, c’est son obsession pour un «troisième lien à l’Est» qu’il a martelée à tous les thèmes, y compris celui de la culture, proposant d’en faire le prochain Pont de Québec patrimonial.

Un troisième lien, aussi convaincu soit-on de son utilité, ne peut pas tenir lieu de programme électoral.

Souvent attaqué par le jeune loup, le maire Labeaume a gardé son calme, corrigeant ici et là, mais ne cherchant pas à avoir le dernier mot sur tout.

Il a mis en doute la «crédibilité des chiffres» de M.Gosselin et lui a reproché d’avoir dénigré Robert Lepage pour ensuite faire un pas de côté lorsque son adversaire a nié.

Un jeu ferme, mais essentiellement défensif, comme il convient à quelqu’un qui se sait en avance. Ne prendre aucun risque.

M.Labeaume s’est d’ailleurs obstiné dans son silence sur son projet de transport en commun structurant, ne voulant offrir aucune prise aux adversaires.

Anne Guérette avait aussi beaucoup à gagner de ce débat, mais n’a pas été convaincante.

Elle a parfois semblé surprise que ce soit son tour de parler, a souvent cherché ses mots ou s’est réfugiée dans des clichés ou généralités, s’est égaré dans des démonstrations trop longues dont on perdait le fil.

Il n’y a pas tant à reprocher à sa performance. C’est juste qu’elle n’a pas réussi à tirer le meilleur du programme électoral de Démocratie Québec et à l’incarner dans des projets qui auraient fait image et rappelé aux citoyens ce qu’elle veut changer.

Il n’y a pas eu de K.O. Pas de silence malaisant. Un ou deux lapins, mais pas de squelette. Chaque chef en a donné assez pour conforter ses partisans, mais pas assez je crois pour changer le cours de la campagne.