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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste
Isabelle Légaré
Photographié avec son fils Dylan, Dave Dupré a accepté de raconter les circonstances entourant le décès de son épouse, Maryka Bourgault, afin d’honorer la mémoire de celle-ci. 
Photographié avec son fils Dylan, Dave Dupré a accepté de raconter les circonstances entourant le décès de son épouse, Maryka Bourgault, afin d’honorer la mémoire de celle-ci. 

Le doux souvenir de Maryka

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Chronique / Il y a quelques semaines encore, Dave Dupré s’imaginait vieillir avec Maryka, son amour d’adolescence. Il se projetait dans vingt ou trente ans, coulant des jours heureux avec elle.

«Je nous voyais sur la galerie, à bercer nos petits-enfants.»

Dave n’a pas toujours pensé ainsi. Ce scénario était de l’ordre de l’impossible il y a treize ans. Maryka Bourgault mourait à petit feu.

«Elle était au bout du rouleau.»

Il lui fallait une greffe ou c’était la fin.

Il était moins une lorsque la jeune femme dans la mi-vingtaine a reçu un nouveau cœur au printemps 2008, un cadeau du ciel pour la mère du petit Dylan qui avait à peine 3 ans.

Maintenant âgé de 16 ans, l’adolescent était à ses côtés lors de notre entrevue virtuelle, en avril dernier. La résidente de Saint-Albert, près de Victoriaville, m’avait raconté son histoire afin de nous sensibiliser au don d’organes.

Maryka savourait cette deuxième chance que lui offrait la vie.

La femme de 39 ans était parfaitement consciente que son cœur greffé n’était pas éternel, mais son plus récent bilan de santé était au beau fixe. Devant les progrès de la science, elle pouvait également espérer subir une seconde transplantation si, un jour, le besoin d’un nouveau cœur se faisait une fois de plus sentir.

Il n’était pas utopique de penser que d’autres belles années se pointaient à l’horizon.

Maryka n’est plus. Elle est décédée le 15 juin. Une mort inattendue.

Cinq jours après avoir reçu la première dose du vaccin Moderna contre la COVID-19, Maryka s’est mise à ressentir des serrements dans la poitrine.

«Mon cœur est bizarre», a-t-elle dit en se présentant à l’hôpital où on a d’abord cru à un rejet cardiaque avant de procéder à une coronarographie. L’examen a permis de découvrir que l’artère principale était complètement bouchée ainsi qu’une veine à proximité.

Il s’agissait d’une thrombose.

Dave Dupré tient à mettre les choses au clair avant d’aller plus loin. S’il a accepté de me décrire les circonstances entourant le décès de Maryka, c’est d’abord et avant tout pour honorer la mémoire de celle-ci. Pas question pour lui de faire une relation de cause à effet entre le vaccin contre la COVID-19 et la mort de son épouse.

Il ne tirera pas pareille conclusion. Aucun spécialiste ne l’a fait non plus.

Des nuances s’imposent.

«Je ne veux pas apeurer personne», m’a-t-il dit dès le début de l’entrevue, craignant qu’à la lumière de ce récit, des gens se privent à tort d’un vaccin.

«Il n’y a pas un cas pareil», a rappelé Dave Dupré qui précise qu’avant le décès de Maryka, la Direction de la santé publique a été informée que la femme récemment vaccinée avait fait une thrombose ayant eu pour effet de bloquer des artères coronaires.

Dave Dupré trouverait dommage aussi que des individus récupèrent cette histoire pour faire de la désinformation.

Maryka ne voudrait pas ça.

Elle était en faveur de la vaccination contre la COVID-19. Dave n’a pas changé d’avis non plus.

La femme a pleuré de joie lorsqu’elle a obtenu son rendez-vous pour la première dose du vaccin.

«Elle le voulait tellement! Pour continuer de voyager et d’aller de l’avant.»

C’est grâce à l’évolution de la médecine qu’elle avait eu la vie sauve il y a treize ans. Maryka ne ratait jamais une occasion de remercier les spécialistes rencontrés depuis sa transplantation cardiaque.

«Vous êtes mes anges!» leur disait-elle.

Deux interventions à trois semaines d’intervalle ont été nécessaires pour débloquer les artères obstruées.

Le 14 juin dernier, veille de la deuxième, Maryka a pris le temps d’écrire ce message agrémenté de «bonshommes sourires» sur sa page Facebook: «Demain je retourne sur la table à 7h30 pour ma dernière (j’espère) intervention au cœur. Ayez une pensée pour moi SVP!!! Si tout se passe bien, j’ai de très bonnes chances de retrouver ma condition d’avant.»

Pour l’une comme pour l’autre, tout s’est bien déroulé, même qu’après la deuxième, le 15 juin, Maryka a tôt fait de contacter son mari pour le rassurer, lui qui ne pouvait être sur place, à l’hôpital, en raison des mesures sanitaires.

«Elle m’a appelé vers midi pour me dire que tout avait bien été, que son cœur était revenu à 100 %. Sa voix était bonne. Maryka était heureuse et avait hâte de reprendre ses activités.»

«Je vais continuer à vivre!», lui a-t-elle dit.

Dave a raccroché, soulagé et impatient de retrouver Maryka qui a ensuite appelé sa mère pour lui brosser le même portrait encourageant de la situation.

Une heure plus tard, Dave a essayé de communiquer avec son épouse qui n’a pas répondu. Sa belle-mère a fait de même, sans succès aussi.

Ils ont évité de s’inquiéter. Maryka pouvait s’être endormie ou être en train de discuter avec un membre de l’équipe médicale.

L’appel est entré à 14h39. Un médecin s’est présenté au bout du fil.

«Maryka est décédée...»

Des complications sont survenues suite à l’intervention coronarienne.

«Ils ont tout tenté pour la réanimer...»

Dave Dupré en a la certitude.

Il avait 15 ans et Maryka, 13 ans, lorsqu’ils sont devenus amoureux il y a 26 ans.

«Nous étions toujours ensemble. J’ai perdu l’amour de ma vie.»

Tout le ramène à Maryka qui laisse derrière elle le souvenir d’une femme engagée. Elle avait mis sur pied la Fondation Cœur à cœur pour aider financièrement les personnes greffées ou sur le point de l’être.

Dave Dupré espère que cette cause survivra à Maryka qu’il décrit comme une «mère exceptionnelle» pour Dylan.

Même hospitalisée à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec, elle continuait d’être présente à distance pour lui, jusqu’à lui donner un coup de pouce pour ses devoirs et leçons.

Dans un futur plus ou moins rapproché, Dylan pourrait avoir besoin lui aussi d’une transplantation cardiaque. L’adolescent vit avec une cardiomyopathie hypertrophique, la même maladie génétique de sa mère qui lui a enseigné à se concentrer sur le moment présent.

«Je vis au jour le jour», m’avait-il dit au printemps, tout en s’estimant privilégié de grandir avec sa mère près de lui.

Dylan aurait pu ne jamais vraiment la connaître si Maryka n’avait pas été greffée en 2008.

«Le don d’organe a fait une grande différence. Mon garçon avait 3 ans et il en a 16 aujourd’hui. Sa mère a pu lui inculquer ses valeurs», souligne Dave Dupré qui doit maintenant apprivoiser l’absence de celle qui était aussi sa meilleure amie.

Il se remémore leurs souvenirs à travers des sourires et des larmes. L’homme n’est pas en colère même s’il croyait que la vie leur réservait encore du bon temps.

«Ma femme a vraiment vécu de belles années et c’est grâce à la médecine.»

Et c’est ce que Maryka souhaiterait qu’on retienne de son histoire.

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