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Mylène Moisan
Le Soleil
Mylène Moisan
Je suis allée marcher hier dans un grand boisé urbain que je ne connaissais pas, je l’ai découvert en voyant passer un appel à tous pour y faire une corvée collective de nettoyage.
Je suis allée marcher hier dans un grand boisé urbain que je ne connaissais pas, je l’ai découvert en voyant passer un appel à tous pour y faire une corvée collective de nettoyage.

Le diable est dans la crasse

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CHRONIQUE / Le Jour de la Terre, c’est comme la Saint-Valentin, parce qu’il en va de la planète comme de l’âme sœur, il faut l’aimer à l’année.

Pas juste une journée.

Et on l’aime mal, la planète, depuis longtemps. Depuis l’époque où se débarrassait des vieux bazous en les coulant dans le fleuve, alors qu’on ne savait pas encore tout le mal que ça causait, comme la cigarette. Mais nous n’avons plus l’excuse de ne pas savoir, l’alarme a été sonnée depuis longtemps.

Les gouvernements jouent au yo-yo avec leurs cibles de réduction de gaz à effet de serre, faute de les atteindre.

Mais un peu partout, des citoyens se relèvent les manches pour faire une différence, même petite, c’est toujours mieux que rien. Je vous ai parlé la semaine passée de ces trois filles aux Îles-de-la-Madeleine qui ramassent des canettes de bière et des déchets depuis un an dans les fossés sur le bord des chemins.

Et que les canettes et les déchets reviennent, sans fin.

Il y a de l’éducation à faire.

Je me dis qu’on y arrivera peut-être quand je vois passer sur mon fil Facebook des photos de parents avec leurs enfants, avec un sac rempli de déchets qu’ils ont ramassés en se promenant dans un parc, sur le bord d’un cours d’eau. Un mouvement a été lancé, nettoie ton kilomètre.

Dans le sens de fais ta part, de nettoie autour de toi.

Et si tout le monde nettoie autour de lui, forcément, on y arrivera. On fait le ménage du printemps chez soi, on peut aussi le faire dehors. Si tout le monde remplissait un petit sac de plastique, ce serait déjà ça. J’ai vu plein de photos au cours des deniers jours sur la page de Nettoie ton kilomètre (Qc), ce sont autant de déchets qui ne prendront pas des milliers d’années à pourrir là, ce sont autant de gens qui embellissent la ville.

Parce qu’il faut bien faire contrepoids à ceux qui s’en foutent, qui prennent encore le «dehors» pour un dépotoir.

Je suis allée marcher hier dans un grand boisé urbain que je ne connaissais pas, je l’ai découvert en voyant passer un appel à tous pour y faire une corvée collective de nettoyage. Je suis pourtant passée juste à côté des dizaines et des dizaines de fois sans jamais remarquer qu’il y avait là un terrain inhabité. 

Même sur «Google maps», on a beau zoomer, on ne voit qu’un espace vide, même pas teinté en vert. 

Il semble que ce terrain appartienne au CN.

Mais visiblement, parce qu’on le voit tout de suite en regardant par terre, l’endroit est connu et fréquenté. Tout de suite en entrant, dans ce qui ressemble à un canal, un casque de moto bleu. Puis, on marche sur les sentiers, on dirait que le Petit Poucet est passé par là, qu’il n’avait pas de pierres blanches, juste des canettes.

Près d’un arbre, des fleurs en plastiques jaunes.

Je marche encore et j’arrive à un autre canal, plus large celui-là, trois ponts de branches permettent de le traverser. Et de l’autre bord, des «pits à feu» improvisés, des contenants d’essence à briquet. Un vieux barbecue tout rouillé et, plus loin, un lavabo au sol et des arbres reliés par du tulle violet.

Si ce n’était que ça. Une immense fosse a été creusée, j’avais presque peur de ce que j’allais y découvrir. Il y a un peu de tout, au fond, des jantes de roues, des pièces de métal, des vêtements. Dans la boue, un bas de pyjama d’enfant, rouge et blanc, je me demande bien comment il a abouti là.

Et un diable.

Ici, le diable n’est pas dans les détails, il est dans le je-m’en-foutisme crasse.

Dans la crasse tout court.

Et des gens, en fin de semaine, prendront de leur temps pour aller ramasser ces cochonneries laissées par d’autres. Ils arriveront à 9h armés de sacs et gants pour refaire une beauté à ce boisé malmené, il y aurait même un camion pour y déposer les déchets, les sacs remplis et les carcasses de métal.

Espérons que ce ne sera pas à recommencer.

Je rêve, je sais.