Les pdg de la CCN ont tous été des «nominations politiques», à commencer par son premier titulaire, Pierre Boucher (1995-2003), un ami du Parti québécois et du maire Jean-Paul L’Allier.

Le déclin de la Commission de la capitale nationale

CHRONIQUE / La Commission de la capitale nationale (CCN) n’a plus aujourd’hui l’énergie, l’imagination et le leadership des années qui ont suivi sa création en 1995.

Elle avait alors contribué de façon remarquable à définir le paysage de Québec. Promenade Samuel-De Champlain, Colline parlementaire, tous ces parcs et espaces publics qui ont contribué à la qualité de vie.

Depuis le milieu des années 2000, on assiste à une érosion du rôle de la Commission. Son mandat s’est rétréci, son autonomie est moindre et son poids politique devenu insignifiant. Son expertise des grands projets n’est plus la même, assez que pour «son» dernier grand chantier, Place des Canotiers, c’est la Société Québécoise des Infrastructures qui fut le maître d’œuvre.

Comment expliquer ce déclin de la CCN? Voici quelques pistes.

1. Le contexte a changé

En 1995, Québec s’inquiétait du glissement furtif (vers Mont­réal) des lieux de décision et des effectifs de l’État. La CCN en faisait une veille assidue, mais le sujet est aujourd’hui sorti des radars. 

Le gouvernement Parizeau rêvait de faire de Québec la capitale d’un pays, ce qui enveloppait la CCN naissante d’une certaine aura. Alléchée par l’impact économique du statut de capitale, la Chambre de Commerce de Québec avait alors acheté une résidence pour le premier ministre (1080, avenue des Braves). 

L’idée de «Québec capitale» a depuis perdu beaucoup de ses ambitions. L’avenir de la CCN est aujourd’hui remis en question en même temps que celui du parti qui l’a créée. 

2. Une direction peu compétente

Les pdg de la CCN ont tous été des «nominations politiques», à commencer par son premier titulaire, Pierre Boucher (1995-2003), un ami du Parti québécois et du maire Jean-Paul L’Allier. 

M. Boucher avait cependant travaillé pour les parcs nationaux et le service d’aménagement de la Ville de Québec. Il avait une vision forte du paysage de la ville et fut à l’origine des principaux projets qui ont fait la fierté de la CCN. 

Ses successeurs n’avaient pas cette expertise ni sa vision. Ils ont fait rouler la CCN sur l’élan donné, mais n’ont pas su lui en imprimer de nouveau.

Peut-être cela convenait-il aux gouvernements du moment.

Une direction forte est plus dérangeante qu’une direction insipide et discrète, et risque de priver les élus de l’attention des médias.

Ce n’est pas unique à la CCN, mais les gouvernements de la dernière décennie se sont assurés que ça n’arrive plus à la CCN. 

L’actuelle pdg, Marie-Claire Ouellet, une apparatchik libérale, aura en cela été exemplaire, refusant rigoureusement toute demande d’entrevue de fond depuis sa nomination. 

Le rôle de la CCN a ainsi évolué vers celui de gestionnaire de parcs et propriétés de l’État (domaine Cataraqui, Bois-de-Coulonge, etc., perdant du coup un peu de sa pertinence.

3. Un maire omnipotent

Le déclin s’est amplifié après l’arrivée du maire Régis Labeaume, pour atteindre un point de non-retour sous la direction de Françoise Mercure.

Le maire lui a brutalement fait comprendre que c’est lui qui menait et que la CCN n’avait désormais qu’à suivre. La Ville a ainsi pris l’initiative (et le monopole) des grands projets d’aménagement et c’est le maire qui donne les signaux (ex. : phase 4 de la promenade Samuel-De Champlain vers Beauport). 

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La nouvelle ministre de la Capitale-Nationale, Geneviève Guilbault, a dit au Journal de Québec vouloir réfléchir au sort de la CCN. Une bonne idée.

Elle pense à une fusion avec le Secrétariat à la capitale, qui gère un fonds économique régional. À noter que ce Secrétariat a aussi perdu des plumes avec le temps, ses enveloppes étant aujourd’hui éparpillées (Ville, Québec International, etc.).

On pourrait imaginer un scénario où les responsabilités d’aménagement de la CCN seraient transférées à la Ville, qui en a l’expertise et les ressources.

Mais on pourrait aussi penser au scénario contraire d’une CCN ragaillardie et inspirée, complémentaire à la Ville et pouvant lui faire contrepoids sur des enjeux d’aménagement. 

Les maires de Québec ont fait pression pendant 25 ans avant d’obtenir en 1995 la création de la CCN. On ne balaie pas ça sans prendre le temps d’y réfléchir.

Québec s’apprête à vivre une période de grandes transformations avec les chantiers annoncés de la tête des ponts, du Phare, du tramway, d’un troisième lien peut-être et d’un train à grande fréquence.

Le paysage de Québec va beaucoup changer et les enjeux d’aménagement et d’embellissement seront nombreux.

Ce serait ironique de choisir ce moment pour faire disparaître la CCN dont les contributions au paysage ont si bien servi Québec.