Barbara Galarneau Therrien et Annie Adam Gagnon ont accepté de témoigner des effets dévastateurs de la drogue pour éviter d’autres drames.

Le cri du cœur de Barbara et Annie

«Moi aussi j’aurais pu y passer. J’étais tellement accro...»

Barbara Galarneau Therrien, 23 ans, est ébranlée par la mort d’Alexandre Pelletier dont le tragique destin a été raconté vendredi dans cette page. Son décès pourrait avoir été provoqué par une surdose de fentanyl, une substance dont la seule évocation du nom donne froid dans le dos à celle qui aurait pu connaître le même et triste sort que le jeune homme de 27 ans.

L’univers de Barbara a déjà tourné, aussi, autour de la drogue. À une époque pas si lointaine, elle côtoyait celui qu’on surnommait Alex. Il était le chum d’une amie que Barbara fréquentait souvent. «J’ai passé l’été 2016 avec eux. J’avais besoin d’un support moral. Je venais de perdre mon gars.»

Le bambin de la jeune maman avait fait l’objet d’un signalement avant d’être confié à la Direction de la protection de la jeunesse. Un mal pour un bien pour celle qui absorbait speed, alcool et - «des fois» - cocaïne. Le placement de l’enfant en famille d’accueil a eu l’effet d’un électrochoc. Sa mère a compris qu’elle avait sérieusement besoin d’aide. En manque de son fils, elle est entrée en désintox.

Cette fois fut la bonne. En quittant la maison de thérapie, en janvier 2017, la jeune femme a pu récupérer son petit garçon maintenant âgé de 3 ans et a coupé tous les ponts avec les personnes associées de près ou de loin à sa vie d’avant. Cette copine et Alexandre en faisaient partie.

«Je ne les ai pas laissés en mauvais termes, mais je devais me protéger.»

Barbara Galarneau Therrien m’a donné rendez-vous dans son appartement de Trois-Rivières où sa grande amie a accepté de se joindre à la discussion, son poupon dans les bras.

Annie Adam Gagnon est une sœur de cœur, celle qui a déjà «dépanné» Barbara en lui fournissant de la drogue, avant de la convaincre de s’en libérer pour de bon.

«Je ne l’ai jamais lâchée! J’ai toujours su qu’elle avait le potentiel de s’en sortir.»

Âgée de 31 ans, Annie sait exactement de quoi il en retourne en matière de toxicomanie, elle dont l’existence semblable à Barbara a déjà été composée d’alcool, de cannabis, d’amphétamines, de GHB, kétamine, PCP et ainsi de suite.

«À la fin, je me faisais des injections de morphine et mon rêve était d’essayer l’héroïne. C’est con, je le sais... Heureusement, je n’ai jamais été capable de mettre la main là-dessus parce que je ne serais peut-être plus là aujourd’hui pour vous en parler.»

La mère de trois enfants de 13 ans, 19 mois et 3 mois ne touche plus à aucune drogue depuis deux ans, elle qui avait multiplié les thérapies avant que la dernière soit la bonne. «Il y a eu comme un déclic. Je devais la faire pour moi et non pour les autres.»

Annie Adam Gagnon a commencé à consommer vers l’âge de 11 ans. Elle était une écolière du primaire, une fillette avec un mal de vivre qui ne l’a pas lâchée en grandissant.

La jeune femme s’est droguée pendant plusieurs années avant d’être retrouvée à l’hiver 2015 par un motoneigiste, au beau milieu d’un champ, à Baie-du-Febvre. Habillée d’un simple pantalon de pyjama et chaussée d’une paire d’espadrilles, Annie avait décidé de se laisser mourir d’hypothermie. Gelée.

«J’ai perdu trois doigts», dit-elle en passant machinalement la main dans ses cheveux.

Annie Adam Gagnon est également secouée par le décès d’Alexandre Pelletier, une connaissance, plus qu’un ami. «Je le voyais dans des soirées de consommation...»

Elle ne veut plus jamais revivre cette descente aux enfers, pour elle et pour ses trois enfants, son ado de 13 ans en tête qui ne se doute pas à quel point sa présence aux côtés de sa mère l’aide à tenir le coup.

«Je suis tellement contente d’avoir arrêté la drogue! J’ai peur du fentanyl...»

Barbara Galarneau Therrien et Annie Adam Gagnon ne se bercent pas d’illusions. Si elles fuyaient toujours le monde réel à travers les paradis artificiels, elles courraient le risque de devenir des victimes involontaires du fentanyl. Prescrit pour soulager la douleur chronique, ce puissant analgésique peut être mortel si mélangé à d’autres substances.

«Environ 100 fois plus toxique que la morphine», avise la Gendarmerie royale du Canada en précisant que cet opioïde est difficile à détecter puisqu’il est sans odeur et sans goût. Produit de façon illicite et vendu sur le marché noir, le fentanyl peut faire des ravages. La contamination des drogues de rue n’est plus une légende urbaine.

«Plus ça va, plus c’est de la cochonnerie pure», affirment les deux amies qui craignent que Trois-Rivières ne puisse échapper au fléau observé ailleurs au Québec.

C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elles ont tenu à raconter leur histoire: réveiller des consciences avant qu’il ne soit trop tard.

Barbara, pour l’une, se dit tannée. Depuis un mois, deux amis incapables d’éviter la rechute se sont enlevé la vie. Puis survient, la semaine dernière, le décès d’Alex.

«Moi, j’ai arrêté tout ça, mais la terre n’a pas cessé de tourner et le monde consomme encore.»

Comme Annie, elle veut sonner l’alarme auprès de celui ou celle qui se croit à l’abri d’une surdose de fentanyl ou de n’importe quoi d’autre.

«Allume! Il va falloir quel drame pour que tu comprennes que tout se peut!», clament les filles en rappelant qu’il suffit d’un seul comprimé mal dosé, contenant des ingrédients insoupçonnés et camouflés, pour ne plus jamais se réveiller.

À l’emploi d’une entreprise qui fabrique des produits d’emballage à partir de matières recyclées, Annie Adam Gagnon est en congé de maternité. Barbara Galarneau Therrien a repris ses études secondaires avec l’ambition de les poursuivre au collège, en éducation spécialisée.

Les filles vont bien, de mieux en mieux, et souhaitent qu’il en soit ainsi pour quiconque ne veut plus souffrir de toxicomanie.

«C’est possible de s’en sortir», jurent-elles, persuadées que c’est en aidant les autres qu’on s’aide soi-même.