Le promoteur Cominar s’est félicité «d’aller plus loin» que de simples boîtes en exhibant un rond-point au centre de sa maquette. Comme si l’urbanisme se réduisait à un exercice de géométrie où il suffirait de trouver le bon équilibre de carrés, de rectangles ou de ronds.

Le contraire d’un projet vert

CHRONIQUE / Ça prend du culot, de la malhonnêteté intellectuelle ou une ignorance crasse pour accoler les mots «vert» et «nature» au projet de méga-centre commercial autour du futur IKEA.

À entendre le promoteur Cominar, on serait à dessiner le prochain écoquartier de Québec. «Une cité des natures», pour reprendre les mots utilisés dans un entretien avec Le Soleil cette semaine.

Développer «vert» est devenu un incontournable pour vendre des projets et obtenir une acceptabilité sociale. C’est une bonne chose car c’est le signe que les standards urbains sont plus élevés qu’avant.

Le mot vert a cependant le dos bien large et il y a une limite à pouvoir l’étirer jusqu’à en dénaturer le sens, comme on le fait ici.

La réalité est que le projet autour du IKEA est rigoureusement le contraire d’un écoquartier et de l’idée de développement durable. Il est assez inconcevable que la Ville puisse y donner sa bénédiction. 

Les plans montrent une mer de stationnements de surface autour de boîtes de tôle d’un seul étage. 

Ils montrent une concentration de commerces et boutiques qui ne pourront que nuire aux rues et petits centres commerciaux de quartiers déjà éprouvés par la concurrence du commerce en ligne.

Le dollar-consommation, comme le dollar-loisir, n’est pas extensible à l’infini. Vient un moment où une nouvelle offre n’ajoute rien et ne fait que déplacer ce qui est déjà là. 

Il peut parfois y avoir de bonnes raisons. Par exemple, lorsque Québec a concentré des entreprises de nouvelle technologie dans Saint-Roch pour relancer le quartier.

Il s’agit d’être conscient des impacts et on voit mal ici ce qu’il y a à gagner à une nouvelle concentration de commerces le long d’une autoroute. 

Le promoteur s’est félicité «d’aller plus loin» que de simples boîtes en exhibant un rond-point au centre de sa maquette.

Comme si l’urbanisme se réduisait à un exercice de géométrie où il suffirait de trouver le bon équilibre de carrés, de rectangles ou de ronds. 

Comme si l’urbanisme se réduisait à un peu de décoration, quelques arbres et arbustes et une sculpture plantés au milieu de l’asphalte.

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Le modèle des méga-centres commerciaux était en vogue dans les années 1980 et 1990 mais ne correspond plus aux valeurs auxquelles la Ville dit croire aujourd’hui.

Ce modèle conduit à un gaspillage du sol et encourage à prendre l’auto sur de grandes distances pour aller magasiner. 

Ce n’est pas du hasard si le ministère des Transports du Québec vient d’annoncer l’ajout d’une nouvelle voie d’autoroute dans cette portion de Félix-Leclerc. On anticipe l’impact de ce méga-centre.

Les réactions du directeur général de Vivre en ville, Christian Savard, et d’Alexandre Turgeon du Conseil régional de l’environnement vont dans le même sens. Un mauvais modèle. On peut faire beaucoup mieux.

Encore un peu et M. Savard proposait d’éliminer tous les espaces de stationnements autour du IKEA.

— Les gens ne vont quand même pas aller acheter des meubles en autobus ou en tramway, ai-je fait valoir.

— Pourquoi pas? demande-t-il. Il n’y aurait qu’à faire livrer.

Je n’ai pas été convaincu, mais pour le reste, je partage sa lecture.

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Le promoteur Cominar dit vouloir profiter de la venue du tramway pour ajouter à son projet des espaces à bureaux et des résidences. On l’encourage. La mixité des usages crée des milieux de vie plus intéressants. 

La venue du tramway est cependant l’occasion de faire beaucoup plus que des ajouts périphériques ou cosmétiques.

Ça commence en faisant d’abord table rase des plans actuels pour en dessiner de meilleurs. 

Ce ne serait pas un si gros effort. Il n’y a pas beaucoup à raser dans un plan où l’essentiel est fait de stationnements de surface.

La recette pour faire mieux n’est pas un mystère. Réduire l’importance des commerces, augmenter celle du résidentiel et autres usages; mettre un peu de hauteur et de densité; créer une vraie «rue principale» plutôt qu’un simulacre de rue animée; aménager des espaces publics; enfouir ou étager les stationnements pour en réduire l’empreinte au sol, etc.

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Si le promoteur n’a pas l’expertise pour dessiner lui-même un quartier avec de vrais qualités urbaines, il peut toujours aller chercher conseil auprès de ceux qui savent.

Et si c’est un problème de volonté, c’est la responsabilité de la Ville de l’y contraindre. 

Les pouvoirs publics s’apprêtent à investir plus de 3 milliards $ dans le transport structurant. Ce serait un gaspillage de faire atterrir le tramway dans une mer de parking et de boîtes de tôle.