Le combat de Nathan

CHRONIQUE / Peut-être en avez-vous déjà entendu parler. Nathan Choinière, un ancien élève de l’école secondaire du Verbe Divin, à Granby, s’est vu refuser le droit de se présenter en robe à son bal de finissants. Un an plus tard, il a décidé de publier une vidéo sur Facebook pour se « vider le cœur », mais aussi, et surtout, pour faire valoir les droits des membres de la communauté LGBTQ2+. Et je crois que son message mérite vraiment qu’on s’y attarde.

Pour tout dire, si je vous en parle aujourd’hui, c’est non seulement parce que cette histoire m’a touché, mais également parce que je connais Nathan. En effet, ce dernier étudie maintenant au Cégep de Jonquière et il a été un de mes étudiants l’an dernier. Je vous le dis par souci de transparence, mais aussi parce que j’ai moi-même été « confronté » à son style peu conventionnel. Enfin, confronté est un bien grand mot, car il n’y a dans les faits rien de bien dérangeant dans le style et l’attitude de Nathan, si ce n’est qu’il se démarque du lot par son originalité. Mais cela suffit évidemment à importuner certaines personnes à l’esprit un peu plus étroit.

Cela dit, ne soyons pas trop prompts à juger les gens qui ressentent un certain malaise face à l’apparence de Nathan, car rien n’est plus naturel que d’être étonné ou déstabilisé face à un phénomène ou à une situation qui ne nous est pas familière. Voir un homme habillé en femme, par exemple, demeure assez peu commun de nos jours et il est difficile de ne pas s’en étonner au début. Moi-même, je vous mentirais si je vous disais que je n’ai pas été surpris lorsque Nathan s’est présenté dans ma classe avec du maquillage et des talons hauts. N’empêche, il revient à chacun de nous de gérer ce malaise avec maturité et de procéder à son propre examen de conscience.

Nathan se définit comme « queer », ce qui signifie grosso modo qu’il ne se conforme pas aux normes de genre et qu’il exprime son identité de genre de manière non conventionnelle et variable. La théorie « queer » postule d’ailleurs que la sexualité et le genre d’une personne ne sont pas déterminés exclusivement par son sexe biologique, mais également par un ensemble d’autres facteurs comme l’environnement socioculturel et l’expérience personnelle. Cela a notamment le mérite de nous forcer à remettre en question certaines évidences, à commencer par tous ces stéréotypes de genre que nous endossons bien souvent sans en être conscients.

Prenons un exemple. Plus tôt dans ce texte, j’ai parlé d’homme habillé en femme, mais cette phrase a-t-elle réellement un sens ? Qu’est-ce que cela veut dire que de s’habiller en femme ? Porter une robe et des talons hauts ? Certes, dans les sociétés occidentales, ces attributs sont généralement liés à la féminité, mais avec un peu de recul, on constate qu’il n’y a pas de définition absolue et universelle de ce qui constitue la féminité – tout comme la masculinité. D’une société à l’autre et d’une époque à l’autre, les normes varient.

Tout cela pour dire que si le mouvement LGBTQ2+ dérange autant, c’est qu’il bouscule les conventions et les idées reçues. Tout cela est compréhensible, mais il n’en demeure pas moins qu’aucun malaise ne peut justifier l’exclusion et la discrimination dont certaines personnes font l’objet en raison de leur différence. Or, c’est ce qui est arrivé à Nathan. En raison de son identité et de son expression de genre, il a été marginalisé par certains de ses pairs et par la direction de son école. Cette situation est intolérable et souhaitons que son témoignage participe à sensibiliser la population afin que cela ne se reproduise plus.

Car, en définitive, il importe de comprendre que Nathan ne voulait pas simplement aller à son bal de finissants en robe et en talons hauts. Ce qu’il voulait, c’est être pleinement accepté et respecté pour ce qu’il est au fond de lui. En ce sens, sa démarche n’a rien d’un caprice ou d’une provocation, mais relève au contraire d’un combat pour la reconnaissance et la dignité de toutes les personnes LGBTQ2+. Et à mon avis, il serait plus que temps que nous brisions le moule du conformisme dans lequel nous avons trop longtemps tenté de les enfermer.