Rémy Normand, conseiller municipal du district du Plateau et vice-président du comité exécutif, a présenté lundi l’échéancier des travaux entourant la construction du Phare dans Sainte-Foy.

Le bulldozer du Phare en marche

CHRONIQUE / Le bulldozer du Phare est en marche et rien ne semble plus pouvoir le freiner.

La Ville mènera bientôt une ultime ronde d’échanges et de «consultation» des citoyens, mais personne n’est dupe. 

L’administration Labeaume a fait son lit et va modifier le règlement municipal qui rendra possible le projet du Phare avec sa tour de 65 étages.

Beaucoup de doutes et questions subsistent pourtant sur les impacts de ce projet (circulation, vie de quartier, économie locale, paysage). L’intérêt collectif de ce projet pour le voisinage, pour la ville et la région reste à démontrer. 

Sauf peut-être pour l’augmentation de l’offre culturelle (salle de spectacle) et l’observatoire public en altitude.

Loin d’atténuer les doutes, les études rendues publiques lundi contribuent à les alimenter.

Circulation alourdie

Une étude de la ville confirme que le projet va aggraver les problèmes de circulation dans le secteur, notamment pendant le chantier. On s’en doutait, mais c’est maintenant écrit. 

Québec a prévu des correctifs : nouvelle rue entre des Châtelets et de Rochebelle; élargissement de Lavigerie, etc.

Le seul véritable espoir de limiter les dégâts repose cependant sur le transport en commun (tramway, trambus, express, etc.).

Québec fait le pari que des voyageurs délaisseront l’auto pour le tram. C’est un objectif censé, mais l’ampleur du virage est difficile à prédire. 

L’étude de circulation ne dit rien du secteur de la tête des ponts que le ministère des Transports (MTQ) a commencé à réaménager. Y a-t-il des conséquences à prévoir pour le réseau municipal local?

Il n’est pas clair si la circulation générée par d’autres projets récents ou à venir (ex. : 600 logements devant le marché de Sainte-Foy) a été prise en compte. 

Quant à l’étude de circulation réalisée par le promoteur du Phare, elle est toujours gardée secrète.

Marché des condos saturé

Le Phare va atterrir dans un marché saturé pour les condos et encombré pour les logements. Ses 1000 nouveaux condos et logements n’ont rien de démesuré pour une ville comme Québec.

Les prix d’achat et de location en feront cependant un projet accessible uniquement à la classe très aisée.

Il n’y a rien de mal à cela, mais Québec va finir par manquer de riches pour tous les logements qu’on leur destine. 

On pourrait se dire que c’est au promoteur à assumer ses choix d’affaires. Sauf que ce projet nécessite le soutien de la ville et aura des impacts publics. Le marché justifie-t-il cet effort public? 

Frein à d’autres projets 

L’ampleur du projet du Phare et la demande limitée pour de nouveaux espaces à bureaux auront pour conséquence de ralentir d’autres projets, le temps que le marché s’ajuste.

Ce sera le cas notamment du projet du même promoteur sur le terrain voisin du complexe Jules Dallaire. En concentrant les nouvelles surfaces dans des tours très hautes, des terrains resteront vacants plus longtemps sur Laurier et dans le centre-ville d’affaires de Sainte-Foy. 

C’est le contraire de l’objectif du Programme particulier d’urbanisme (PPU) de Sainte-Foy, qui est de créer un milieu de vie dense, agréable et vivant.

L’argument trompeur de la fiscalité

Je suis tanné de ces études qui font miroiter d’importantes recettes fiscales ou retombées économiques pour «vendre» les nouveaux projets.

Québec soutient par exemple que le Phare va rapporter des recettes fiscales nettes de 59 millions $ en 15 ans. C’est faux. 

La ville omet de soustraire les dépenses d’immobilisations municipales liées au projet. 

Elle omet aussi de dire que le Phare va loger des résidants ou entreprises qui se seraient autrement logés dans d’autres immeubles qui auraient aussi payé des taxes.

La firme Raymond Chabot Grant Thornton estime que le Phare fera gonfler le produit intérieur brut (PIB) de 526 millions $ pendant la construction et 21 millions $ par année ensuite. Elle fait aussi miroiter des impôts supplémentaires pour les gouvernements.

Faux. Que les ouvriers travaillent à construire le Phare ou d’autres immeubles, ça ne change rien au PIB et aux impôts.

On peut même penser que pour l’économie locale, une tour de 65 étages est moins intéressante que plusieurs immeubles plus petits. Québec n’ayant pas l’expertise nécessaire, il faut des consultants étrangers, ce qui signifie une sortie d’argent. 

***

Je vous laisse sur cette réflexion tirée de l’étude de la ville sur l’impact du Phare sur le marché résidentiel voisin : la pollution visuelle est une caractéristique jugée trop subjective pour que son impact puisse être traduit sur la valeur foncière. 

À LIRE AUSSI: La valeur des propriétés pourrait augmenter