Depuis 10 ans, les taxes du secteur non résidentiel ont augmenté à un rythme supérieur à celui du secteur résidentiel à Québec ce qui a provoqué la grogne des commerçants.

L’art de calmer «l’opposition»

CHRONIQUE / L’administration Labeaume promet aux gens d’affaires de limiter dorénavant leurs hausses de taxes au niveau de l’inflation.

Le «manque à gagner» pour la Ville sera d’environ 4 millions $ par année, ce qui est peu de chose sur un budget de 1,5 milliard $.

«On peut se le permettre» aujourd’hui, ce qui n’aurait pas été possible il y a une dizaine d’années dans l’état où étaient alors les finances de la Ville, a expliqué le maire Labeaume. 

Et puis on peut le dire, 4 millions $, ce n’est pas cher pour contenter les gens d’affaires qui depuis l’arrivée au pouvoir de M. Labeaume, ont été le groupe «d’opposition» le plus menaçant pour lui. 

Plus menaçant que les partis politiques qu’il a affrontés aux élections, car les gens d’affaires représentent une clientèle naturelle pour lui.

Cette opposition d’affaires a généralement été discrète et larvée, les mécontents disant craindre les représailles s’ils s’affichaient publiquement contre le maire.

Mais elle fut aussi par moment virulente et ouverte, notamment lorsque des nouveaux rôles d’évaluation ont fait exploser les taxes de petits commerçants.

C’est arrivé en 2013, assez que l’administration Labeaume a adopté une mesure «Robin des bois» pour soulager de petits commerçants en reportant les factures sur de plus gros.

Cette mesure a calmé le jeu et d’autres sont à venir, mais la politique fiscale de la Ville restait un irritant pour les gens d’affaires. Le dépôt d’un nouveau rôle d’évaluation l’automne prochain pouvait faire craindre un nouvel épisode conflictuel.

Sur le fond, les chiffres tendent à donner raison aux gens d’affaires. 

Depuis 10 ans, les taxes du secteur non résidentiel ont augmenté à un rythme supérieur à celui du secteur résidentiel.

Les hausses résidentielles suivaient l’inflation, alors celles du non résidentiel ont été selon les années 0,5 % ou 1 % au-dessus.

L’écart fut plus grand encore cette année, les taxes résidentielles étant gelées alors celles du non résidentiel grimpaient de 1,7 %.

Petit à petit, l’écart s’est ainsi creusé, une part grandissante du fardeau fiscal se déplaçant vers le non résidentiel, au point de faire craindre pour la situation concurrentielle des commerçants de Québec.

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En créant un «Groupe de travail sur l’environnement économique des entreprises» et en accueillant avec «beaucoup d’ouverture» ses recommandations, l’administration Labeaume réussit un bon coup politique.

Les échanges entre gens d’affaires et la Ville seront désormais plus systématiques et mieux encadrés, ce qui évitera peut-être de devoir faire de la gestion de crise. 

Le Groupe était présidé par Jean St-Gelais, ex-secrétaire général du gouvernement, aujourd’hui chef de direction de La Capitale. On a noté le réalisme et le pragmatisme des 15 propositions faites à la Ville, ce qui détonne avec les revendications parfois extrêmes d’autres lobbies et groupes de pression.      

Il me semble que le modèle pourrait servir pour d’autres sujets et projets à controverse. Trouver des lieux d’échange où les mécontents auront l’occasion de se faire entendre correctement, de débattre des enjeux et d’engager un dialogue. C’est le meilleur moyen de désamorcer les animosités et de trouver des terrains d’entente. Cela permet d’atteindre une meilleure acceptabilité sociale sur les sujets difficiles. 

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L’homme d’affaires Pierre Dolbec avait été il y a quelques années un des premiers et des plus bruyants critiques des politiques fiscales de la l’administration Labeaume. 

Membre du Groupe de travail, il s’est montré satisfaisait de l’accueil fait au rapport, même si les gens d’affaires n’obtiennent pas le gel ou les baisses de taxes que plusieurs semblaient espérer.

Je lui ai demandé si les échanges avec la Ville lors des travaux du Groupe lui avaient fait voir d’un autre œil les enjeux de fiscalité. 

Sa réponse est éclairante : ce qui m’a fait voir les choses autrement, dit-il, ce n’est pas tant les travaux du Groupe que d’être devenu maire à mon tour.

M. Dolbec est maire de Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier depuis décembre 2012. Il doit lui aussi arbitrer le partage du fardeau fiscal entre citoyens et gens d’affaires. Trouver le niveau de taxes acceptables compte tenu des services offerts. Expliquer ses décisions.  

Il n’y a rien comme être aux commandes pour comprendre la difficulté de faire des choix et d’essayer de contenter tout le monde en même temps.