Être appuyé par une majorité de citoyens est-il en train de rendre le premier ministre «arrogant», pour reprendre un terme qu’il affectionnait dans l’opposition?

L'«arrogance» montre son nez à la CAQ

CHRONIQUE / Le nouveau PDG d’Investissement Québec (IQ) est très certainement un homme compétent. Et, évidemment, un ami d’un ministre n’a pas à être écarté d’un poste en raison de son amitié avec lui. Mais quand cet ami, Guy LeBlanc, était jusqu’à tout récemment, comme l’ont révélé les médias de Québecor, un partenaire d’affaires du ministre responsable d’IQ, il commence à y avoir apparence de problème. Et la coupe déborde lorsqu’on apprend que cet heureux titulaire bénéficiera d’une rémunération bien plus élevée que celle de son prédécesseur.

François Legault se serait étranglé d’indignation devant pareille nomination sous les libéraux.

Que M. Legault ne doive rien à personne — ce qu’il a clamé jeudi — ne change rien à cette situation de deux poids deux mesures, une situation qui me fait penser aux «trop-perçus» d’Hydro-Québec. Le problème, ce n’est pas Guy LeBlanc. C’est le détestable jeu de rôles : une attitude dans l’opposition et une autre au pouvoir.

Le fait d’être appuyé par une majorité de citoyens — de se sentir puissant de ce seul fait — est-il en train de brouiller la vue du gouvernement et de rendre le premier ministre «arrogant», pour reprendre un terme qu’il affectionnait particulièrement dans l’opposition?

Mercredi, lors d’une séance portant sur l’étude des crédits budgétaires du Conseil exécutif, M. Legault n’a pas du tout aimé que le péquiste Pascal Bérubé l’interroge sur son degré d’attachement au Canada et que le chef libéral, Pierre Arcand, pose ensuite des questions sur le même thème.

Avait-il pour autant besoin de dire qu’il s’étonnait que le chef libéral ne lui pose pas de questions en anglais? Avait-il besoin d’accuser un député qui n’avait même pas pris la parole d’«à-plat-ventrisme»? M. Legault est premier ministre et doit le demeurer.

Ce n’est tout de même pas la première année que lors des études des crédits budgétaires, les partis d’opposition parlent de bien d’autres choses que des budgets et des missions de l’État. La Coalition avenir Québec le sait très bien. Depuis cinq ans, je fais même un papier chaque année pour le rappeler et le dénoncer.

La principale défense que François Legault a opposée à Pascal Bérubé et à Pierre Arcand a pris appui sur le fait que les Québécois ne veulent pas entendre parler de souveraineté. Très bien. Mais que ferait-il s’ils étaient plus nombreux un jour à vouloir en entendre parler? M. Legault a aussi laissé entendre que le Canada représentait une bonne affaire financière. Et si un jour ce n’était plus le cas à ses yeux?

Des pendules à l’heure

Sur la laïcité de l’État, un premier bilan du débat en cours permet de dire que les parlementaires ont été à peu près exemplaires dans leurs échanges — contrairement à bien d’autres personnes à l’extérieur du Parlement. Le ministre Simon Jolin-Barrette lui-même reconnaît le bon ton employé par sa principale opposante à l’Assemblée nationale, Hélène David.

Lui aussi a soigné ses phrases. Le mot s’est passé partout à l’Assemblée nationale. Tant mieux.

Toujours dans ce dossier, les ministres et députés ont dit en début de semaine qu’il n’était pas question d’accorder un traitement particulier à Montréal, où les élus s’opposent au projet de loi sur la laïcité. Ce n’était pas une bien grosse nouvelle, puisque l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité, et pas plus tard que la semaine dernière, une énième résolution stipulant que les lois votées par le Parlement du Québec s’appliquent sur l’ensemble du territoire québécois. Il serait d’ailleurs impensable que ça ne soit pas le cas.

Cela étant, la mairesse Valérie Plante n’a jamais demandé que la loi ne s’applique pas à la métropole. Si elle l’a fait, c’était fort implicite! En fait, on s’est retrouvé dans une enflure politico-médiatique.

Un rappel : que le gouvernement veuille faire appliquer pleinement la loi 101 plutôt qu’élargir sa portée, j’en suis — comme première étape. Je l’ai écrit en début de semaine. Je constate toutefois qu’il a fini par se dire qu’il aurait l’air de ne pas en faire assez…

Lorsque le Parti québécois a fait connaître son intention de présenter une résolution parlementaire lui rappelant son engagement de créer un poste de Commissaire à la langue française, le gouvernement n’a donc pas eu d’autre choix que de l’appuyer.

Même si tous les parlementaires ont voté en faveur de la création de ce poste, mercredi, tous ne savent pas de quoi il s’agit. Alors voilà ce qu’en disait un rapport de la députée Claire Samson en 2016 : ce commissaire sera notamment «chargé de recevoir les plaintes du public et de présenter des recommandations touchant l’application de la Charte de la langue française et de la Politique nationale de francisation». On attend maintenant cette politique!