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Mylène Moisan
Le Soleil
Mylène Moisan
Marie Legaré
Marie Legaré

L’amour jusqu’à la moelle

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CHRONIQUE / Les deux p’tits derniers de la famille Legaré ont partagé la même chambre jusqu’à l’adolescence, ils y passaient leurs matins à vider une petite commode en bois, à s’inventer des histoires avec les Barbie de Marie et les GI Joe de Pierre.

Pierre ne se doutait pas encore à quel point il aimait sa petite sœur.

«On a deux grandes sœurs avec qui on a une grande différence d’âge. Lui et moi, on a deux ans de différence, on a eu la même enfance, on se tenait ensemble, on s’est beaucoup amusé.» Jusqu’à ce que chacun convole et quitte Québec, lui en 1977, elle en 1980. «Il vit à Drummondville et moi à Rimouski, mais on est resté proche malgré la distance.»

Elle est la marraine de son fils, il est le parrain de sa fille.

Février 2020, Marie est au travail, elle a ressenti cette même douleur à la poitrine qui revenait depuis un bon bout de temps. «Ça faisait mal et puis ça passait, je me disais donc que ce n’était pas cardiaque. Mais le 11 février, ça ne passait pas, j’avais un 5 à 7 après le bureau et je suis partie tôt. À la maison, le soir, ça n’allait toujours pas. Mon chum m’a dit : “on va aller à l’hôpital”, je ne voulais pas, je ne voulais pas passer la nuit là…»

Elle y est restée plus d’un mois.

Mais d’abord la nuit, à passer des tests pour voir ce qui clochait. Ce n’était pas le cœur. «Vers 8h30, le médecin du matin m’a dit qu’il y avait quelque chose de particulier dans mes prises de sang, il m’a dit que j’allais voir un oncologue. J’avais passé la nuit, il ne m’est pas venu d’image en tête.»

Pas plus quand la charmante oncologue a prononcé le mot : leucémie. «Pour moi, la leucémie, c’était une maladie d’enfant. Et puis j’ai réalisé… je lui ai demandé : “est-ce que vous êtes en train de m’annoncer que j’ai un cancer?” Oui et pas un commode, une leucémie myéloïde aiguë. «J’avais aussi un gène en particulier, le FLT 3, qui venait diminuer mon espérance de vie.»

Marie est restée un mois à l’hôpital pour recevoir des traitements intensifs de chimiothérapie. «J’étais branchée 24 heures sur 24, ça a été rough.» Pas autant que les fois suivantes. «La première fois, j’avais la visite de mon chum et de ma fille à l’Hôpital de Rimouski. Mais quand j’y suis retournée le 23 mars et les deux autres fois, avec la pandémie, je n’avais plus de visite, j’étais toujours seule. J’étais dans la solitude totale, personne pour te tenir la main quand tu vomis ta vie.»

Pour lui donner toutes les chances, les traitements ne suffisaient pas. «Il a été très rapidement question d’une greffe de moelle osseuse. Ils ont fait les tests, j’avais une sœur et mon frère qui étaient compatibles. Mon frère a levé la main tout de suite, il a dit : “c’est moi, c’est moi!”, ce n’était pas négociable.»

Il a accepté sans rechigner les ponctions de moelle, les médicaments à prendre, les vives douleurs aux os. «Je sais que c’est très invalidant.»

Pierre Legaré

Mais avec cette foutue pandémie, les choses ne se sont pas déroulées comme d’habitude. «Mon frère n’était pas là pendant la greffe. J’étais seule avec les infirmières.» Pendant deux jours, les 10 et 11 juin, elle a reçu le précieux liquide. «C’est comme une transfusion sanguine, sauf que ce n’est pas rouge, mais jaunâtre. Tu regardes, ça entre dans ton bras, c’est une partie de ton frère que tu reçois. Tu regardes ça et ça sauve ta vie…»

Au bout du fil, Marie me dit : «Je vous raconte ça et je regarde mon bras…»

Pour la greffe, elle a été hospitalisée à Québec du 2 juin au 8 juillet, après quoi elle a dû rester quelques mois dans la capitale pour un suivi serré. Elle a pu habiter dans un appartement prêté par la Fondation de la greffe de moelle osseuse, sans quoi il lui aurait fallu rester à l’hôtel.

Elle vient encore faire des tours à L’Hôtel-Dieu, mais plus rarement, prend moins de médicaments. Elle continue à être suivie de près à l’Hôpital de Rimouski. «Ils disent qu’ils nous suivent pendant cinq ans. Là, ça va vraiment bien!»

Mais surtout, elle a su que la greffe avait fait son œuvre. En décembre dernier, 10 mois après s’être fait balancer le mot leucémie «comme une tonne de briques», elle a reçu le mot «rémission». Comme une tonne de plumes. «Je suis en contact avec des gens qui ont été greffés il y a 10, 15 ans et qui vivent comme si de rien n’était.»

À 63 ans, elle peut rêver à ça, grâce à son grand frère Pierre qui l’aime, vraiment, jusqu’à la moelle. 

Elle veut lui dire merci. «À cause de la pandémie, nous nous sommes juste vus deux fois à distance. Je n’ai même pas pu le serrer dans mes bras une seule fois, on n’a même pas pu fêter ma rémission. J’aimerais pouvoir lui rendre hommage et à tous les autres qui font ce genre de dons.»

Voilà qui est fait.