Mardi, le ministre Simon Jolin-Barrette a encore dit que la loi sur sa proposition législative permettra de «tourner la page».

Laïcité: non, ce ne sera pas fini

CHRONIQUE / S’il y a une chose qui a vraiment volé en éclats à mes yeux dès le lancement des auditions publiques sur le projet de loi sur la laïcité et le port de signes religieux, c’est l’idée que son adoption mettra fin au débat.

Je n’ai jamais réellement cru à une telle chose, mais il n’empêche qu’elle a été martelée ces dernières années.

Mardi, le ministre Simon Jolin-Barrette a encore dit que la loi découlant de sa proposition législative permettra de «tourner la page». Si c’est le cas, ce sera bien momentanément, selon moi.

Pour le gouvernement de François Legault, la page sera certes tournée jusqu’à la fin de son actuel mandat. Mais après?

Qu’en sera-t-il à la prochaine campagne électorale?

Renforcement

Si Gérard Bouchard et Charles Taylor — pour ne prendre qu’eux — vitupèrent le projet de loi, plusieurs estiment qu’il ne va pas assez loin. C’est ce qu’a exprimé Diane Guilbault, de l’association Pour les droits des femmes du Québec, qui a été la toute première à prendre la parole en commission parlementaire.

Pour l’heure, ces positions aux antipodes permettent au gouvernement d’affirmer que le projet de loi 21 constitue un «compromis». Elles paraissent étayer son argumentaire. Elles lui permettent de se proclamer «modéré». C’est ce qu’il veut. 

Simon Jolin-Barrette a fait savoir qu’à l’adoption de la loi, le mois prochain, les interdits ne concerneront pas plus de personnes que celles prévues dans le projet de loi, et pas moins non plus. L’exercice de consultations servira donc surtout à arrêter des modalités.

Marqueur «nationaliste»

Le péquiste Pascal Bérubé a eu beau mardi parler de «printemps de la laïcité», son parti trouve trop timide la proposition législative.

À la prochaine campagne électorale, en 2022, le Parti québécois (PQ) pourrait donc être tenté de promettre formellement aux Québécois ce qu’il réclame aujourd’hui au gouvernement, soit d’élargir l’interdiction de porter des signes religieux au personnel des services de garde et d’inclure les écoles privées dans le périmètre d’application de la loi.

Même si d’aventure il n’avait pas envie de rejouer dans ce film, le gouvernement Legault pourrait lui-même, lors de la prochaine campagne électorale, s’engager à élargir ce fameux périmètre, ne serait-ce que pour ne pas laisser le champ libre au PQ.

Il pourrait aussi être tenté de le faire parce que ce dossier est pour lui un marqueur «nationaliste».

Et également, et surtout, parce qu’il devra sans doute corriger des incohérences. Même les opposants au projet de loi ne comprennent pas pourquoi les écoles privées en sont exclues.

Le PLQ aussi

Malheureusement pour lui, le Parti libéral du Québec (PLQ) n’aura pas le luxe de passer à autre chose après l’adoption du projet de loi, le mois prochain. Ses membres pourront difficilement ne pas prendre (entre autres) ce sujet en considération l’an prochain pour déterminer qui ils voudront voir à la tête de leur parti — entre, par exemple, Dominique Anglade, favorable à des interdictions pour les personnes ayant un pouvoir de coercition, et Marwah Rizqy, tenante absolue du libre choix.

Pourquoi? Parce que le recours aux dispositions de dérogation des chartes québécoise et canadienne des droits et libertés devra être renouvelé dans cinq ans. Et que même si tout le PLQ est contre le recours à ces dispositions, cette perspective même lointaine obligera encore les prétendants à la direction à s’exprimer sur le port de symboles de foi.

De façon générale, cette question n’occupera pas autant d’espace que ces dernières années — cela paraît impossible! —, mais je serais étonné qu’elle n’en occupe pas un, malheureusement.

Collision frontale

Si l’attaque frontale à laquelle s’est livrée Marwah Rizqy à l’endroit entre autres de Dominique Anglade a tant déplu, c’est parce qu’elle a visé des personnes et pas seulement des idées.

Je relevais lundi que les libéraux opposés à «Bouchard-Taylor» le sont farouchement, mais que ceux qui y sont favorables le sont en général plus modérément.

J’ajoute une question : si le prochain chef libéral devait jeter aux oubliettes la position traditionnelle libérale, Marwah Rizqy resterait-elle au PLQ?

Plusieurs des militants s’étant exprimés pour la liberté de choix au dernier conseil général le quitteraient probablement, cela étant.

Y aurait-il un schisme? Il y aura un moment de vérité, en tout cas.

Dès maintenant!

Plus largement, il faudra bien faire un jour autant de place dans les débats à l’Assemblée nationale et dans la société en général à toute la question de l’intégration pleine et entière des personnes immigrantes qu’à celle sur le port de signes religieux, non? Je pense à l’emploi, à l’habitation, etc. Ce sujet est occulté depuis si longtemps que c’en est affligeant.

Pas besoin d’attendre la prochaine campagne électorale pour en parler!