François Bourque
Le Soleil
François Bourque
Le maire Régis Labeaume
Le maire Régis Labeaume

L'administration Labeaume a-t-elle crié au loup?

CHRONIQUE / Dans l’affolement des premières semaines de pandémie, le printemps dernier, l’administration Labeaume avait brandi le spectre d’un déficit budgétaire de 215 M $ pour les années 2020 et 2021.

Un gros chiffre et un ton alarmiste qui pouvaient laisser croire au pire. Le message fut amplifié par la mise à pied précipitée de 2000 employés temporaires pour «rééquilibrer le budget», avait alors expliqué le maire.

Cinq mois plus tard, on comprend que la pandémie n’a pas eu l’effet catastrophique redouté sur les finances de la ville.

Québec va même boucler l’année 2020 avec un surplus «comptable» de près de 43 M $ grâce à l’aide consentie par les gouvernements supérieurs.

Ce surplus de 2020 servira à équilibrer le budget d’une année 2021 qui s’annonce, il est vrai, plus difficile que celle qui s’achève.

À l’évidence, les finances de Québec ne sont pas en péril. On en avait eu un premier indice le printemps dernier lorsque l’administration Labeaume avait annoncé un gel des taxes pour 2021.

Ce n’était pas très cohérent avec le discours angoissé sur les déficits, mais que voulez-vous, 2021 s’adonne à être une année électorale.

N’empêche qu’une ville qui serait en difficulté financière ne se permettrait pas le «luxe» de geler les taxes. Si Québec le fait, c’est parce qu’elle en a les moyens.

Reste l’important déficit appréhendé du Réseau de Transport de la Capitale pour les années 2020 et 2021 (53 M$), mais celui-ci sera vraisemblablement assumé en bonne partie par les gouvernements provincial et fédéral.

Ce qui soulève la question : l’administration Labeaume a-elle crié au loup et exagéré l’impact financier de la pandémie?

Je n’irai pas jusque là. Les pires effets économiques de la crise restent à venir et il est difficile encore d’en mesurer l’ampleur.

Mais il est une réalité qui ne changera pas : 85 % des revenus de la ville de Québec proviennent des taxes foncières, des quote-parts des municipalités voisines et des transferts gouvernementaux.

Ce sont des revenus «sûrs» qui sont peu affectés par la pandémie, même si des commerces (et des citoyens) devaient déclarer faillite.

Un ralentissement économique prolongé pourrait éventuellement ralentir la croissance des revenus, mais cela n’affecte pas la structure économique de la ville ni sa capacité à offrir les services qu’on attend d’elle.

Une autre chose qui ne changera pas, c’est que les gouvernements supérieurs vont continuer à assumer l’essentiel des dépenses publiques liées à la pandémie : santé, sécurité publique, soutien direct aux entreprises et employés, etc.

Cela dit, la pandémie a aussi des effets sur les finances de la ville : revenus en moins et dépenses en plus, mais aussi, des dépenses en moins.

Certains de ces impacts ont été subis par la ville. D’autres résultent de choix «politiques» et administratifs pour limiter les dégâts, soulager le fardeau des citoyens ou essayer de stimuler l’économie locale.

Québec n’y pouvait rien quand se sont envolés les 8.9 M $ attendus de la taxe sur l’hébergement touristiques ou les 5.6 M $ en taxes de mutation commerciales en moins à cause de transactions au ralenti.

La ville a par contre choisi de renoncer à des revenus d’amendes, de stationnements ou de loyers pour des terrasses de restaurants.

Même principe pour les baisses de dépenses.

Il était dans l’ordre des choses de retirer l’aide à des grands événements qui n’ont pas eu lieu (4 M $) ou à des dépenses de l’Office du tourisme (9.8 M$) dans une saison internationale ratée.

Mais c’était une décision «politique» de reporter des formations aux employés, des projets ou la dotation de postes vacants.

Même scénario pour les hausses de dépenses.

Québec n’avait pas le choix d’augmenter les mesures sanitaires, d’améliorer les outils de communication pour le télétravail ou de relever le ratio des moniteurs du programme Vacances-été.

Mais c’est par choix qu’elle a augmenté l’aide aux organismes communautaires ou aux petites entreprises. Un choix bien inspiré.

Tout cela pour dire que la ville n’a pas été seulement une victime de la pandémie. Elle a aussi été un acteur de sa destinée.

Au final, l’effet net de la pandémie en 2020 sera un déficit d’environ 19 M $, largement compensé (et même au-delà) par l’aide des gouvernements. Reste à voir pour le déficit du RTC mais à l’évidence, on est très loin du déficit de 100 M $ évoqué le printemps dernier et de 125 M $ pour l’an prochain.

Une bonne nouvelle?

Oui et non.

La facture de la pandémie sera au final assumée par les citoyens et les entreprises. Si ne n’est pas par leurs taxes municipales, ce sera par leurs impôts, TPS et TVQ.