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Mylène Moisan
Le Soleil
Mylène Moisan
Israël Lévesque est un amoureux de l'hiver, tellement qu'il a construit un fort de neige pour ses enfants.
Israël Lévesque est un amoureux de l'hiver, tellement qu'il a construit un fort de neige pour ses enfants.

La vraie guerre des tuques

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CHRONIQUE / Quand on annonce une tempête, Israël Lévesque est content, et plus la tempête est grosse, plus il est content. C’est plein de neige pour jouer.

Enfant, il passait des heures à jouer dehors, à s’imaginer des décors, des histoires, à façonner la neige au gré de sa créativité. «On n’avait pas de jeux vidéo à l’époque, j’allais jouer dehors dans ma cour et je trouvais toujours des idées pour m’amuser. Ça m’a toujours passionné.»

C’était son terrain de jeu.

C’était aussi le mien dans mon enfance à Val-Bélair, dans le terrain vague derrière chez nous, qui n’est plus un terrain vague depuis longtemps. C’est aussi celui de mes deux gars, qui conquièrent chaque année le tas de neige que pousse le déneigeur dans le coin de la cour du voisin. 

La butte est petite cette année, ça n’a pas empêché mon dernier d’aller chercher la pelle en métal dans le cabanon pour creuser un fort. 

Lui et son frère se sont fait une planque.

Le père d’Israël travaillait dans la construction, il a entrepris un jour de construire un fort avec deux planches de contreplaqué qui traînaient derrière leur maison à Saint-Apollinaire, a fait un «coffrage» comme on fait pour couler du béton. Il l’a bourré de neige, a enlevé le coffrage, le mur était fait.

Israël a repensé à ça quand, papa à son tour, il a voulu construire un fort pour ces trois enfants. «Ça m’est toujours resté, je n’avais jamais oublié ça. Il y a trois ans, j’ai pensé faire un coffrage monocoque avec quatre panneaux pour monter les quatre murs ensemble. Avant, je faisais un mur à la fois, ça prenait quatre jours faire un fort.»

Là, ça prend une heure.

Il en a pour environ 300$ de bois et une «égoïne de chez Canadian Tire à 9,99$» pour faire les fenêtres.

Quand il a conçu son coffrage monocoque, Israël s’est arrangé pour que ça entre dans la boîte d’une camionnette. Et il peut, moyennant un montant raisonnable, aller en construire pour les parents qui n’ont pas la patience ni le talent, pour le faire eux-mêmes. Il offre même l’entretien, après un redoux ou une tempête.

Israël ne boude pas son plaisir. Cet hiver, il a commencé par construire des forts pour ses enfants, puis il en a fait pour les petits voisins. COVID oblige, chaque famille a son fort. «C’est rendu un petit village! Il y a un palais de justice, une prison… nous, on ne le voit pas, c’est dans la tête des enfants!»

La neige est un terreau fertile pour l’imagination. «Ma fille a même fait un casse-croûte, elle vient chercher des jus et des barres tendres pour ses deux frères.»

Israël, 45 ans, joue avec eux, il retourne en enfance. Son cœur y est resté. «Des fois, je me transforme en personnage – par exemple des personnages que mes enfants voient sur YouTube –, je cours après eux et ils doivent aller se cacher. Je trouve ça détendant d’aller jouer dehors. Au lieu d’aller au gym, je vais dehors, ça me relaxe. J’ai deux passions, faire des marches et construire des forts.»

La saison froide est sa préférée. «Des fois, je suis un peu gêné de dire que je suis bien à l’extérieur, même par gros froids.»

Il a deux gars, 12 et 5 ans, et une fille de 10 ans, il voit bien l’appétit qu’ils ont pour les écrans. Il n’abdique pas. «J’ai toujours du plaisir à les stimuler sur le plaisir d’aller jouer à l’extérieur. Je n’ai pas les moyens financiers de faire autre chose, comme de faire du ski alpin, mais je fais autrement.»

La neige, c’est gratuit.

De toute façon, il l’a bien vu, comme moi et d’autres parents, quand ses enfants étaient petits, «quand ils avaient de beaux jouets qui faisaient de la lumière et du bruit, ce n’est pas avec ça qu’ils s’amusaient». 

Israël espère pouvoir faire l’hiver prochain comme il avait fait l’hiver dernier, alors que nous n’avions jamais entendu parler de Zoom ni de «présentiel». Il n’a pas construit un fort, mais une forteresse. «Mon grand voulait neuf pièces, j’en avais fait sept ou huit, tous les jeunes du voisinage venaient s’amuser! C’était un peu dur à déneiger, mais je le faisais avec plaisir.»

C’était la Guerre des tuques, mais en vrai.

Claude, alias Agaguk

Ça faisait deux hivers que Claude Lacasse fabriquait derrière chez lui un igloo en neige, un peu à la façon des Inuits. «Cette année, j’ai voulu me mettre un défi de plus, j’ai voulu le faire tout en glace, je me suis dit que ça allait flasher!»

Pour flasher, ça flashe.

Ça faisait deux hivers que Claude Lacasse fabriquait derrière chez lui un igloo en neige, un peu à la façon des Inuits.

Mais Claude le savait, le niveau technique n’est pas le même. Il ne s’attendait pas à ce que l’eau mette autant de temps à geler, «parfois une semaine». Ça lui a donc pris un mois pour bâtir l’abri, avec sept rangées de blocs de glace, un moule pour chaque rangée. Il ne lui reste que le bloc du dessus. «Pour le bouchon en haut, je suis allé chercher de la glace chez Glace Frontenac, là où s’approvisionne le Carnaval. C’est une glace qui est transparente, on va pouvoir voir les étoiles!»

Ils vont camper dedans la fin de semaine prochaine.

À 46 ans, Claude n’avait pas de prétention autre que celle de se lancer «un défi plus sophistiqué», de faire un igloo «plus précis, coupé au couteau». Et puis, ça lui a fait oublier le fait qu’on ne plus aller nulle part. «On se trouve des occupations comme on peut, je n’ai pas vu passer janvier.»

Déjà février, on va vers la fin de l’hiver.

Claude et sa blonde ont deux ados, 13 et 15 ans. «Quand je leur ai dit que je faisais un igloo en glace, ils m’ont dit «on ne t’aidera pas!» Ils ont vu les années avant, le travail que ça demandait. Mais ils ont aidé un peu finalement.» Ils sont bien contents maintenant que c’est fini, ils vont pouvoir en profiter.

Peut-être, quand ils deviendront papas à leur tour, se souviendront-ils des igloos de leur père.

Et qu’ils en feront à leur tour.