Anne Guérette aurait pu rentrer dans ses terres du Cap-au-Diamant et prendre la place de son colistier Jean Rousseau, élu dimanche soir, mais elle a choisi de tirer sa révérence.

La tête haute

CHRONIQUE / Quelques heures de réflexion ont mené Anne Guérette à la seule conclusion possible : partir.

La chef de Démocratie Québec aura porté avec courage et aussi loin qu’elle a pu l’idée d’une ville et d’une démocratie à échelle humaine, mais les résultats furent catastrophiques.

Troisième avec moins de 15 % dans la course à la mairie; popularité inférieure à celle des candidats de son parti et le pire, 20 % de moins que M. Labeaume pour les votes à la mairie dans son propre district.

Les citoyens de Cap-au-Diamant étaient prêts à la garder comme conseillère, mais ne la voulaient, eux non plus, pour mairesse. Ça en dit long.

Mme Guérette aurait pu rentrer dans ses terres du Cap-au-Diamant et prendre la place de son colistier Jean Rousseau, élu dimanche soir.

Mais que pouvait-elle espérer à diriger, de sa banquette de conseillère, un parti marginalisé et sans moyens. Le résultat dans quatre ans aurait risqué d’être pire encore.

Il vient un moment où il faut pouvoir prendre acte de la réalité et savoir passer le flambeau.

Mme Guérette vient de le faire avec une dignité et une sérénité teintées de l’émotion du moment. On ne tourne pas le dos à 15 années d’engagement public sans un pincement au cœur.

«Je quitte la tête haute», dit-elle. Avec raison.

Les résultats électoraux n’y sont pas, mais elle a mené une campagne honorable. Comme celle qui l’avait portée l’an dernier à la direction de son parti. Une vision cohérente, livrée avec aplomb et une touche de légèreté et de sourire.

Mais il était visiblement trop tard. Il est difficile de renverser les perceptions publiques et pendant des années, l’image dominante pour Mme Guérette fut celle d’une élue fâchée, intransigeante et erratique.

Elle quitte avec la fierté de s’être tenue «debout» dans l’adversité. Celle qu’elle trouvait les lundis soir de conseil. Et l’autre, plus éprouvante, qui est souvent venue de ses propres rangs.

On retiendra qu’elle avait de profondes convictions auxquelles elle sera toujours restée fidèle; un sens admirable du service public, du courage, de la résilience. Et il faut le dire aussi, des difficultés à exercer un leadership rassembleur.

Mme Guérette ne pouvait plus faire progresser le projet social et urbain de Démocratie Québec. Ce ce projet garde cependant toute sa pertinence. Valérie Plante ne vient-elle pas de prendre le pouvoir à Montréal avec une vision similaire?

La réalité de Québec est bien sûr différente, mais il y a des similitudes, au-delà des programmes et de la coïncidence voulant que Mmes Plante et Guérette ont été élues chefs de leur parti le même jour, le 4 décembre 2016.

Projet Montréal s’est imposé au centre-ville, sur le Plateau, avant de percoler dans d’autres arrondissements. Démocratie Québec trouve aussi ses meilleurs appuis sur le plateau du centre. La différence est que ça s’est arrêté là.

Il n’y a pas d’urgence pour Démocratie Québec, à choisir un nouveau chef. Les prochaines élections sont loin et la vraie question n’est pas quel chef choisir, mais pourquoi ça me marche pas à Québec, alors que Québec 21 y est arrivé en quelques mois.

La même question que s’est longtemps posée (en vain) le Bloc Québécois et que se pose aujourd’hui le Parti Québécois : pourquoi ça ne marche pas à Québec ?

Quand le parti municipal aura trouvé une réponse, si d’aventure il en trouve, il pourra songer à un nouveau chef et qui sait, à un nouveau nom si celui de Démocratie Québec est brûlé. Sans cette réponse, le reste risque d’être inutile.