Salle chic, mais de taille modeste : les conservateurs s’étaient donné rendez-vous au Ginger, dans la circonscription de Louis-Hébert.

La salle où il fallait être

CHRONIQUE / Je suis chez les conservateurs.

Salle chic, mais de taille modeste dans un resto-bar d’hôtel du boulevard Laurier dans la circonscription de Louis-Hébert. Comme si les Bleus avaient voulu conjurer le sort.

Pourquoi chez les conservateurs? Pourquoi pas.

Les sondeurs annonçaient une lutte serrée. Ils allaient former peut-être un nouveau gouvernement. Il y a ces soirs-là une sorte d’électricité. On est sans y être encore, dans les premières coulisses du nouveau pouvoir.

Je me serai trompé de salle.

Coïncidence. Les Libéraux sont à quelques coins de rue dans un autre resto-bar du boulevard Laurier. Un coude à coude jusqu’à la fin. Jusque dans le choix des lieux de rassemblement.

Joël Lightbound a été réélu et le ministre Jean-Yves Duclos était en voix de l’être au moment de mettre sous presse. Les libéraux auront sauvé les meubles, mais était-ce vraiment la salle où il fallait être?

Un gouvernement qui perd sa majorité après un seul mandat dans une économie qui va bien n’a pas tant à célébrer. Ce gouvernement aura intérêt à se regarder dans le «selfie» pour comprendre comment il a pu ainsi «l’échapper».

La «bonne» salle de ce lundi soir était ailleurs. Un peu dans Beauport-­Limoilou, un peu dans Beauport-Côte de Beaupré-Charlevoix et même dans Québec, mais surtout dans les régions du centre, du sud et du nord du Québec ainsi que dans le Bas-Saint-Laurent.

L’histoire de cette élection, c’est celle du Bloc Québécois. On a souvent cassé du sucre sur le dos des sondeurs, mais ils auront cette fois misé assez juste : gouvernement minoritaire et forte poussée du Bloc.

Les conservateurs de la région de Québec avaient peu à gagner et beaucoup à perdre de cette élection. Difficile d’espérer progresser quand on détient 9 sièges sur 11.

Surtout que la démographie des deux circonscriptions qui lui avaient échappé en 2015, Québec et Louis-Hébert (qui ont en commun d’avoir chacune un pied en haute-ville), est différente de celle de la périphérie qui réussit bien aux conservateurs.

Moins de jeunes familles au centre, davantage de personnes vivant seules ou issues de communautés ethniques différentes, une propension «naturelle»à voter un peu plus à «gauche».

Cette tendance se vérifie d’élection en élection, tant au municipal qu’au provincial et au fédéral. Il était improbable que les conservateurs puissent y réussir une percée. L’objectif des bleus était de limiter les dégâts.

Ils y ont assez bien réussi, même s’ils «espéraient mieux», a convenu le député réélu Gérard Deltell dans un bref message aux militants en fin de soirée.

Un premier «ah non» à 21h40. La candidate du Bloc en avance dans Beauport-Charlevoix. Un second doute quelques secondes plus tard. Bernier en avance dans la Beauce. La salle réagit.

Une gorgée de travers avec le premier résultat parcellaire dans Louis Saint-Laurent. Deltell deuxième. Personne ne s’énerve. On sait tous que ça ne durera pas. La soirée est encore jeune. La douche froide pour les conservateurs est cependant venue plus vite qu’on le pensait.

22h01. Libéral minoritaire annonce TVA. On entend des huées. On ne se couchera peut-être pas si tard finalement.

L’humeur n’est étonnamment pas si morose. La défaite du transfuge Maxime Bernier aux mains du conservateur Richard Lehoux sème la frénésie.

Et à défaut d’applaudir un nouveau gouvernement ou de nouvelles prises, on applaudit dix fois le même candidat, chaque fois de nouvelles boîtes confirment son avance.

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Le scénario le plus plausible en début de campagne était que tous les députés sortant de la région de Québec allaient être réélus.

Ces députés n’ont pas tous joué un rôle prépondérant dans les débats nationaux, mais tous se sont acquittés de leur tâche sans démériter et en restant à l’écart des scandales qui déshonorent parfois le métier d’élu. C’est tout à leur honneur.

Dans une élection sans grandes émotions où on ne sentait pas d’urgence générale de sortir le gouvernement Trudeau ni d’enthousiasme frénétique à le remplacer par M.Scheer, j’aurais parié que le paysage politique n’allait pas beaucoup changer.

C’était avant que Yves-François Blanchet émerge du premier débat et impose le Bloc comme valeur refuge de la laïcité, de l’identité et d’un «juste milieu» entre les exubérances théâtrales de Justin Trudeau et «l’austérité» appréhendée d’un gouvernement conservateur.

La région de Québec aura eu son petit «moment Bloc», comme dirait Jean-François Lisée. Une percée à l’est de la rivière Saint-Charles jusque dans Charlevoix. Mais cela ne change pas le portrait général d’une région qui demeure conservatrice. Contre vents et marées.