Quand on s’empêche de faire des activités à cause de notre image, non seulement on gâche de beaux moments, mais en plus on propage ainsi l’épidémie à nos filles.

La saison des complexes

CHRONIQUE / L’été arrive enfin. Les vacances, le temps chaud, les barbecues, les fêtes et les terrasses! C’est aussi le début de la saison des jupes courtes, des shorts, des maillots de bain. Des partys-piscine et des invitations aux glissades d’eau. Et pour beaucoup de femmes, ça, c’est un peu moins emballant!

Cellulite, vergetures, varices, gras de bras ou bedon mou, c’est la saison des complexes qui commence! Qu’elles soient là depuis notre naissance, le résultat du temps ou des petits cadeaux de bienvenue de nos enfants, ces légères imperfections nous collent à la peau... et attaquent parfois jusqu’à notre cerveau.

Il y a trois ans, j’étais tombée sur une courte vidéo publiée sur Facebook par Scary Mommy. Je l’ai partagée et repartagée chaque année depuis. On y voit des images d’archives de mères à la plage en train de jouer dans l’eau ou dans le sable avec leurs enfants. Pas des top-modèles. Des femmes «ordinaires», sans que ça soit péjoratif. Le texte défile. En voici une traduction libre. «Vos enfants ne se souviendront pas de vos bourrelets, de vos varices ou de votre derrière flasque. Ils vont se souvenir de vous.»

Ça m’avait beaucoup fait réfléchir. En cette ère où on est bombardées de corps parfaitement photoshopés, de mères qui perdent tout leur poids de grossesse entre l’expulsion et la sortie de l’hôpital, en ces temps d’Instagram et autres réseaux sociaux aux photos de vedettes toutes plus belles les unes que les autres, il devient facile de se trouver laide, grosse et pas à la hauteur. Même si on se dit que c’est superficiel, même si on sait qu’on vaut mieux et plus que ça, ça finit par sournoisement s’insinuer dans notre esprit qu’on serait sûrement (au moins un peu) plus heureuse si on était plus mince et plus ferme.

Regardez autour de vous : combien de femmes sont préoccupées — pour certaines, on devrait dire obsédées — par leur apparence ou par ce qu’elles mangent?

Et pour certaines femmes, la honte de leur corps fait qu’elles n’ont pas le goût de patauger avec leurs enfants. Ou de se promener en maillot toute la journée à la plage. Ou même d’accepter une invitation à une fête en sachant qu’il y aura un spa ou une piscine.

Une de mes amies porte fièrement le bikini. Même si elle a des vergetures un peu partout sur le ventre et un petit peu de peau molle, souvenir de ses grossesses. C’est une super belle fille, en forme, mais évidemment, ça détonne un peu des images qu’on nous projette de poulettes parfaites avec des six packs.

Pour elle, ces marques-là font partie d’elle, de son corps, et elles lui rappellent ses enfants. Alors, pourquoi les cacher? Elle a appris à vivre avec. Bravo. Et quel bel exemple d’acceptation pour ses enfants qui grandissent.

Parce que quand on s’empêche de faire des activités à cause de notre image, non seulement on gâche de beaux moments, mais en plus on propage l’épidémie à nos filles.

Parce qu’elles ne sont pas dupes.

Elles nous voient. Quand on fait une drôle de moue parce qu’on se trouve laide dans un vêtement. Quand on se remet soudainement à faire de l’exercice quand la neige commence à fondre, mais pas toujours pour les bonnes raisons.

Elles nous écoutent. Quand on dit à notre chum ou à une amie qu’il faudrait bien perdre quelques livres.

Elles nous entendent. Se dévaloriser, se critiquer. Ou bouder un morceau de gâteau dont on a clairement envie parce qu’«on ne devrait pas».

Et il faut garder ça en tête, essayer de changer notre discours, notre attitude, nos actions. Pour nous, parce que c’est comme ça qu’on sera réellement plus heureuse. Mais aussi pour elles. Et pour eux aussi, pour nos fils et les futurs chums de nos filles. Qu’ils sachent de quoi ont l’air les vraies filles, qu’ils aient des attentes réalistes envers les femmes qu’ils vont aimer et même envers eux-mêmes.

Parce que le pire (et le mieux!) dans tout ça, c’est que les enfants sont des enfants. Et que font les enfants?

Ils nous imitent. 

À nous de choisir ce qu’on veut leur transmettre.