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Mickaël Bergeron
La Tribune
Mickaël Bergeron
La Ville de Sherbrooke a l’opportunité d’agrandir le Bois Beckett, un boisé ancestral qui fait la fierté la région.
La Ville de Sherbrooke a l’opportunité d’agrandir le Bois Beckett, un boisé ancestral qui fait la fierté la région.

La richesse de nos boisés

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CHRONIQUE / Depuis mon arrivée à Sherbrooke l’automne dernier, plusieurs m’ont vanté le Bois Beckett. Un espace vert incontournable qui fait la fierté de la région. C’est donc surprenant comment la possibilité d’agrandir ce parc a été boudée pendant autant d’années.

Le conseil municipal de Sherbrooke semblait fâché le 12 juillet dernier. Irrité par les commentaires – qui étaient souvent des critiques. Il faut dire que les conseillers et conseillères ont donné l’impression de ne pas donner beaucoup d’importance à la ferme Rogeau et au possible agrandissement du Bois Beckett. 

Premièrement parce que les propos du propriétaire de la ferme Rogeau et du terrain de 25 hectares voisin du Bois Beckett, Hubert Rogeau, laissent croire que la Ville ne lui a pas donné beaucoup d’attention. Plus d’une fois, depuis 2007, il a proposé de vendre son terrain à la Ville tout en refusant des offres de promoteurs immobiliers. Hubert Rogeau souhaite que ce terrain demeure un espace vert et un boisé protégés.

Ensuite parce que la Ville semble active que depuis la parution de l’article de mon collègue le 19 juin dernier. Dire que la municipalité n’avait rien fait avant serait injuste. Le sujet a été discuté en huis clos à l’été 2020 et des études sur la valeur patrimoniale et le potentiel touristique du site ont été faites précédemment. Mais la Ville ne semblait pas très pressée.

Ce n’est pourtant pas le genre d’opportunités qui se présentent souvent et qu’on peut se permettre de laisser traîner. Pas au rythme où le développement immobilier de Sherbrooke pousse. Le plateau McCrea se déploie pas très loin du Bois Beckett et de la ferme Rogeau. 

Le conseiller municipal Marc Denault déplorait lui-même le 20 juin dernier « un manque de vision à la Ville ». Il ajoutait : « Il faut voir ça et profiter de l’occasion qu’on a pour acheter le terrain pour que les générations futures puissent être fières de ce que nous aurons fait. »

Rappel historique

C’est particulier comment l’histoire actuelle de la ferme Rogeau rappelle l’histoire du Bois Beckett. Lorsque la famille Beckett acquiert les 200 acres de terrain, dans les années 1830, elle en défriche une bonne partie, mais décide de garder 80 acres de bois, ce qui deviendra le Bois Beckett. Cette partie a été protégée du développement immobilier jusqu’à la vente à la Ville de Sherbrooke en 1963 qui s’est engagée à son tour à protéger ce bois. 

C’est grâce à la volonté de la famille Beckett et de la Ville de Sherbrooke qu’on retrouve ce bois ancestral au cœur d’un quartier urbain. Il n’y a aucun doute que le rachat du terrain fut une bonne décision à l’époque, peu importe le prix payé.

La ferme Rogeau a un parcours similaire. Là aussi, on retrouve un grand terrain acquis dans les années 1830. On parle d’un terrain de 210 acres à l’époque. Malgré le temps et l’agrandissement urbain, le domaine et ce bois de 25 acres ont été protégés du développement immobilier et le propriétaire souhaite que la Ville en fasse l’acquisition pour perpétuer cette protection. Comme avec le bois Beckett il y a 60 ans. 

Je ne sais pas pourquoi on peut hésiter à agrandir un joyau régional et à protéger un tel domaine historique. On peut certainement négocier le prix de vente, mais on semblait ne même pas se rendre aux négociations. Le propriétaire, Hubert Rogeau, dit n’avoir eu aucune nouvelle de la municipalité malgré ses offres. Ce n’est que depuis le début du mois de juillet qu’on parle de négociations du côté de la Ville. 

C’était un pari risqué. Heureusement pour la région, la volonté du propriétaire de préserver le domaine pour les générations futures était plus grande que les possibles offres alléchantes de promoteurs privés. 

Ce qui me fait penser à un autre pari risqué, le boisé d’Ascot-Lennoxville. La Ville de Sherbrooke a eu la bonne idée de changer le zonage du terrain de l’ancien repaire des Hell’s pour en faire un terrain de conservation. Même si le terrain, actuellement propriété de la Direction des poursuites criminelles et pénales (DPCP), est vendu à une propriété privée, un promoteur ne pourrait pas y faire du développement – à moins d’un autre changement de zonage.

Reste que le terrain appartient toujours au DPCP et que la meilleure façon de protéger ce boisé est qu’il devienne une propriété publique. Le changement de zonage vient un peu couper l’herbe sous le pied au DPCP qui n’a plus beaucoup d’options de ventes. On comprend entre les lignes que le conseil municipal espère que le DPCP cède le terrain à la municipalité ou à un organisme de préservation. 

La tactique politique n’est pas mauvaise. Souhaitons qu’elle se termine bien pour le boisé d’Ascot-Lennoxville. Je me demande néanmoins si, collectivement, nous avons les moyens de jouer comme ça avec nos espaces verts.

Le terrain de l’ancien repaire des Hell’s est évalué à 538 000$, celui de la ferme Rogeau à 720 000$. Est-ce si cher payé, 1,3 M$, pour protéger des espaces verts? C’est 1,5 % du budget de la Ville. Ce ne sont pas ces terrains qui vont ruiner l’équilibre budgétaire.

On peut aussi poser la question autrement. Avons-nous les moyens d’échapper la ferme Rogeau ou l’ancien terrain des Hell’s? Peut-on imaginer le Vieux-Nord sans le Bois Beckett? Quelle valeur a ce parc, aujourd’hui? Pas seulement d’un point de vue financier, mais dans le cœur des Sherbrookois et Sherbrookoises? Pour la diversité de la faune et de la flore?

Devant la crise climatique, protéger nos espaces verts est un investissement, mais aussi une responsabilité.