Les journalistes du Soleil Annie Morin et François Bourque ont rencontré mercredi Véronyque Tremblay et André Fortin dans les bureaux de ce dernier, situés sur le boulevard René-Lévesque.

La nouvelle donne politique

CHRONIQUE / L’ouverture du ministre André Fortin à un projet de transport en commun «rapide, efficace et confortable» pour un grand nombre d’utilisateurs, ravive l’hypothèse du rail dans les rues de Québec.

Le nouveau titulaire des Transports n’exclut désormais aucun scénario ou mode de transport. Cela marque un «virage» politique significatif au moment où Québec planche sur un nouveau projet de transport structurant. 

Le tramway avait été le premier choix de l’administration Labeaume dans le Plan de mobilité durable de juin 2010.

Le projet a été abandonné au printemps 2015 et remplacé alors par le service rapide par bus (SRB). Le gouvernement du moment trouvait le tramway trop coûteux (et trop difficile à faire avaler au Conseil des ministres dans le contexte des rivalités Québec-Montréal).

Si le maire Labeaume pense encore que le tramway est un des moyens (et par endroit le meilleur) pour améliorer l’offre de transport en commun à Québec, voici l’occasion de le remettre sur les planches à dessin.

Et s’il craint que le mot «tramway» soit brûlé ou mal reçu, il suffira de le remplacer par système léger sur rail (SLR) ou par train de banlieue. Personne ne lui reprocherait cette nuance sémantique si elle permet de mieux vendre le projet.

Mais n’allons pas trop vite. Le ministre Fortin n’a rien promis.

Il faut se méfier des réponses politiques en année électorale. 

La stratégie est alors de garder un maximum de portes ouvertes, quitte à les refermer après les élections, au moment des vraies décisions. Cela vaut pour tous les projets, y compris celui du troisième lien.

La stratégie est aussi de ne pas donner l’impression au maire de Québec que le gouvernement veut choisir à sa place son futur mode de transport. M.Fortin a eu cette prudence.

Cela dit, la donne politique a changé depuis le jour où le gouvernement a fermé la porte au projet de tramway de Québec.

Il y a aujourd’hui davantage d’argent et de volonté à Ottawa pour les grands projets d’infrastructures de transport. Reste à trouver un leader fédéral prêt à se battre pour que Québec en profite aussi.

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Le discours public en faveur du transport en commun est plus senti et plus affirmé qu’à l’époque, notamment de la part du maire Labeaume. Curieusement, le maire est devenu plus convainquant depuis qu’il a largué le SRB le printemps dernier.

«L’autonomie municipale» a pris «beaucoup de place dans le discours gouvernemental», observe le ministre Fortin. 

Il ne juge pas les décisions passées, mais plaide que les Villes doivent être «libres» de faire les choix qu’elles croient les meilleurs pour leurs citoyens. «Ça revient à monsieur Labeaume de prendre ces décisions-là», dit-il. 

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On sent dans l’argumentaire du ministre Fortin autre chose qu’un simple calcul électoral ou qu’une obsession budgétaire.

«Le seul enjeu, il faut que ce soit un système où il va y avoir un bon rapport qualité-prix, c’est-à-dire, nombre d’utilisateurs qui vont en bénéficier et qui vont choisir de le prendre.»

Cela ouvre la porte à un mode de transport de forte capacité. L’enquête Origine-Destination en cours aidera à choisir lequel et sur quels trajets.   

Je vois dans le choix de mots du ministre, un indice de changement: viser à transporter le plus grand nombre de personnes, plutôt que seulement le plus grand nombre de voitures.

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À 36 ans, le ministre Fortin est plus jeune que tous ses prédécesseurs, notamment les trois derniers, MM Poëti, Daoust et Lessard. 

Ce passage à une autre génération ouvre peut-être la porte à une vision différente des transports. Le vrai changement se mesurera cependant à sa capacité de convaincre le gouvernement de le suivre. Cette démonstration reste à faire.