Aucun politicien n’est immunisé contre l’ivresse électorale. Sauf qu’avec Philippe Couillard, la fébrilité prend des allures comiques, soutient notre chroniqueur Jean-Simon Gagné.

La métamorphose de Papounet

CHRONIQUE / L’approche des élections produit sur notre premier ministre un effet aussi spectaculaire que celui de la pleine lune sur un loup-garou.

À 300 jours de la date fatidique, le mystérieux déclic s’est produit. Philippe Couillard, alias Papounet, est devenu méconnaissable. Il oublie l’austérité budgétaire. Il ne s’inquiète plus pour la cote de crédit du Québec. Soudainement, notre Papounet se préoccupe de la qualité de vie. Il veut redonner du temps aux électeurs. Il trouve que tout va trop vite!

Et vous savez quoi? Comme par enchantement, après des années de coupures, des milliards de dollars de surplus vont apparaître dans les tiroirs. Juste à temps pour les élections.

Pour décrire ce genre de phénomène, les spécialistes parlent d’un état d’ébriété électorale. Le mot n’est pas trop fort. Car il faut reconnaître que M. Couillard semble prêt à tout. Même à promettre un pont là où il n’existe pas de rivière. Même à dire la vérité, si c’est absolument nécessaire. Au rythme où vont les choses, il imitera peut-être l’ancien ministre français qui s’écriait, à la veille d’un scrutin:

— Ce soir, mes chers concitoyens, je ne vous demande pas de voter pour le meilleur candidat. Je vous demande de voter pour moi.

C’est vrai. Aucun politicien n’est immunisé contre l’ivresse électorale. Sauf qu’avec Philippe Couillard, la fébrilité prend des allures comiques.

Samedi, devant le Congrès libéral, le premier ministre voulait montrer qu’il était prêt pour la bagarre électorale. Avec sa subtilité habituelle, il a brandi des gants de boxe, tel un Georges St-Pierre de peluche. Apparemment, il importe peu qu’il s’agisse d’un truc de relations publiques plus souvent utilisé qu’une bouteille de chasse-moustique, dans un marais de l’Abitibi, en plein mois de juin.

Philippe Couillard a brandi des gants de boxe samedi, devant le Congrès libéral.

Plus tard, dans l’euphorie du moment, M. Couillard a ressorti la promesse d’un lien rapide entre Québec et Montréal, sans trop élaborer. À quoi bon, de toute manière? La liaison rapide constitue une sorte de classique que les divers partis recyclent à chaque campagne électorale ou presque, depuis 50 ans. Et une bébelle biodégradable en plus, puisque chaque projet finit par disparaître sans trop laisser de trace.

Mais ce diable de Papounet gardait le meilleur pour la fin. Pour clôturer le Congrès libéral, il a prononcé un discours dans lequel il était question de «déranger», de «bousculer les dogmes» et de «faire sauter les verrous». Sauter les verrous? Déranger? Devant des militants libéraux? On aurait dit une recette de soupe, récitée dans un club social réservé aux fourchettes.

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Au fond, le premier ministre Couillard sait que la promesse électorale constitue une entreprise risquée. Un art délicat rappelant vaguement le travail des missionnaires qui amadouaient les indigènes avec des objets de pacotille. Au début, les breloques à cinq sous font l’affaire. Mais à la longue, les indigènes se méfient. Il faut trouver mieux. Peut-être un miroir? Un scapulaire bleu poudre? Un médaillon de Saint-Christophe qui brille dans le noir et qui fait youpe-laye-youpelé-laye quand on l’agite?

Ces jours-ci, pour éblouir l’électorat, Philippe Couillard s’inquiète pour le monde. La famille. Snif. Les enfants pauvres. Les services spécialisés dans les écoles. La congestion routière qui gâchent la vie des parents. Snif. Surtout, il multiplie les promesses vagues et sans échéancier précis, qu’il sera toujours possible de repousser aux calendres grecques. Ça inclut le pont sur la rivière Saguenay et le prolongement de la route 138 jusqu’à Blanc-Sablon, sur la Basse-Côte-Nord. 

Pour le reste, notre Papounet a beau jeu de répéter que l’époque trouble de Jean Charest appartient au passé. Qui a besoin de contributions électorales douteuses, quand il dispose de milliards de dollars d’argent public pour acheter les élections?

Il était une fois un candidat libéral qui s’était fait tailler un complet sur mesure, à la veille du scrutin.

Au moment de l’essayer, il remarque que le veston et le pantalon n’ont pas de poches.

Il mentionne le problème à son tailleur, qui l’interroge: «Vous êtes un politicien?» 

— Oui, répond le candidat.

Et le tailleur lui explique : «Alors dites-moi depuis quand un politicien fouille dans ses propres poches?»