Les porte-paroles de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé, ont affirmé comme jamais leurs couleurs indépendantistes pendant leur congrès de la fin de semaine.

La grande cavalcade de QS

CHRONIQUE / Québec solidaire a payé son tribut à Option nationale en décidant de foncer vers la souveraineté et en promettant des «gestes de rupture» avec le Canada. C’est un peu un pied de nez à ses électeurs fédéralistes, ainsi qu’à de nombreux souverainistes solidaires préoccupés par bien d’autres choses que le projet indépendantiste.

Québec solidaire est un parti indépendantiste. Il l’est même devenu de plus en plus au fil du temps. D’abord avec l’arrivée de Manon Massé, ensuite avec celle de Gabriel Nadeau-Dubois et, par la suite, avec sa fusion avec Option nationale.

Mais ses ténors n’avaient jamais affiché leurs couleurs comme ils l’ont fait la fin de semaine dernière à leur congrès. Savaient-ils même qu’ils iraient jusque-là il y a six mois?

Étonnamment, Gabriel Nadeau-Dubois a dit n’avoir jamais rencontré d’électeurs fédéralistes dans son parti. Si c’est vrai, que de non-dits dans cette formation! À moins que ce soit un aveuglement de circonstance.

À ce congrès, un militant de longue date, François Saillant, n’a eu, lui, aucune difficulté (et bien qu’il soit lui-même indépendantiste) à reconnaître que plusieurs fédéralistes au sein de Québec solidaire ne sont pas «tout à fait à l’aise» avec le projet d’indépendance — pour reprendre une citation rapportée par la Presse canadienne. C’est donc qu’il y en a au moins quelques-uns...

M. Saillant a dit cela avant que les délégués présents votent en faveur de l’idée de poser des «gestes de rupture» avec le Canada si Québec solidaire était porté au pouvoir. Le malaise de certains fédéralistes solidaires ou souverainistes peu pressés en son sein n’a pu que s’amplifier par la suite.

Québec solidaire nous rappelle finalement qu’il existe des différences entre, d’une part, des délégués présents dans ce genre d’instance militante et, d’autre part, les sympathisants et les électeurs d’un parti.

J’ai toujours estimé que ceux qui portent le projet d’indépendance devaient le définir pour qu’il puisse être véritablement débattu, car il est valable en soi (comme peut l’être le fédéralisme). Tout dépend de ce que l’on veut en faire et de ce que l’on en fait concrètement.

Mais j’ai toujours déploré l’idée de «gestes de rupture», car ils visent surtout à provoquer l’«autre», à susciter un ressac politique. C’est la politique de la terre brûlée.

Et si le Non l’emportait lors du référendum que Québec solidaire tiendrait après une série de décisions de rupture? On remballerait la marchandise?

Les tactiques des uns et des autres en disent long sur ce qu’ils sont.

Le Parti québécois a parfois flirté avec cette idée de rupture, mais ses dirigeants ont toujours eu la grandeur politique de la rejeter.

On verra si Québec solidaire s’assume; si ses ténors feront désormais régulièrement la promotion de leurs décisions de la fin de semaine. Ou s’ils considéreront que, puisque cela a été affirmé une fois, c’est dit pour longtemps — auquel cas on pourra penser qu’ils n’assument pas tout à fait cette fuite en avant.

Pour l’heure, on dirait une manœuvre visant le Parti québécois.

Le mépris de gauche

Il existe de nombreux et d’excellents arguments pour dénoncer le projet de troisième lien entre Québec et Lévis. Mais le pire est sans doute celui qu’a énoncé ces derniers jours le candidat de Québec solidaire dans Jean-Talon, Olivier Bolduc.

«Les gens dans Jean-Talon, ce sont des gens instruits», a-t-il noté avant de relever que «42 % des gens [de cette circonscription] ont un baccalauréat». Donc, «ils sont capables de questionner ces projets-là et de se rendre compte que ça n’a pas de bon sens», a tout bonnement conclu le candidat.

Doit-on comprendre que ceux qui ne sont pas «instruits» ne peuvent pas se poser de bonnes questions, ne savent pas réfléchir?

Ceux qui il y a 3, 10, 15 ou 25 ans n’ont pas eu la chance d’aller à l’université — ou qui ont fait un autre choix d’études — ne seraient pas en mesure de comprendre?

Ceux qui ont étudié dans une technique à l’école secondaire ou au cégep ne comprendraient pas?

Ceux qui détiennent un baccalauréat comprendraient de ce seul fait?

Aucun détenteur d’un baccalauréat ne souhaite cette construction? Vraiment? C’est certain, ça?

Olivier Bolduc a sans doute parlé un peu vite. On fait tous des erreurs. Mais s’il devait revenir là-dessus avec ce même argument, ce ne serait pas une simple erreur de sa part, mais une vraie faute. Il serait alors dans le mépris.

Pour un parti de gauche...

Le jugement n’est pas une affaire de diplôme.