Toutes les occasions sont bonnes pour mousser la francophonie, même un concours YouTube. Parlez-en à Noah Bérubé, Emma Kitchen, Maïka Munoz, Audrey Boutin, Maude Binette et Brianna Billings, les élèves d’Élise Goulet Pedersen à l’école secondaire Béatrice-Desloges du secteur Orléans à Ottawa.

La génération des clics

CHRONIQUE / Dans mon jeune temps, on aspirait à devenir vedette de cinéma ou de la télévision. Aujourd’hui, bien des jeunes rêvent plutôt d’accéder au statut de YouTubeur vedette comme Collins Key ou Jack Paul, qui ont 11 et 14 millions d’abonnés aux États-Unis. Ou encore la Québécoise Emma Verde, qui en compte 741 000.

Dans mon jeune temps, on écoutait surtout la télévision. C’est peut-être pourquoi je me suis senti vieux en rencontrant ces six adolescents de l’école secondaire Béatrice-Desloges du secteur Orléans à Ottawa.

Depuis quelques semaines, ils participent à un concours pancanadien du Groupe Média TFO visant à dénicher la prochaine star francophone de YouTube.

Leurs parents les trouvent trop jeunes, à 12-13 ans, pour s’afficher sur Facebook. Ça n’empêche pas les Noah Bérubé, Emma Kitchen, Maïka Munoz, Audrey Boutin, Maude Binette et Brianna Billings de rêver que leurs vidéos deviennent virales sur YouTube.

La compétition Fliptubeur 2.0 a commencé en novembre avec plus de 60 équipes, puis 30, puis 15… Ils sont maintenant 10 équipes en lice au Canada, dont quatre proviennent de la même classe de 7e année: la classe d’Élise Goulet Pedersen à l’école Béatrice-Desloges.

Ce n’est pas un hasard.

«Je cherche toujours des occasions de mousser la francophonie, raconte l’enseignante de 34 ans. Nous vivons dans une communauté francophone minoritaire où les enfants consomment beaucoup d’anglais. Je veux leur montrer que le français est cool. Toutes les occasions sont bonnes pour y arriver.»

Elle a eu vent du concours par le biais du duo de Youtubeurs «Alex et MJ» qui sont venus donner une formation dans sa classe. Plusieurs élèves ont eu la piqûre et se sont inscrits.

«Ma mère m’a dit que ça pourrait m’ouvrir des portes», avance la pétillante Emma, tout en s’indignant que ses parents lui refusent un compte Facebook avant l’âge de 18 ans. «Ce sera bien trop tard!» s’écrie-t-elle avec une mimique comique.

À chaque ronde du concours, les participants ont une semaine pour réaliser une vidéo de deux minutes sous la supervision de YouTubeurs professionnels comme Livia Desjardins ou Amélie Barbeau. Les vidéos sont affichées la semaine suivante. Le public a 24 heures pour voter. Certaines vidéos passent à la prochaine ronde grâce aux votes, d’autres grâce aux mentors.

Sans doute pour stimuler leur imagination, les organisateurs imposent aux participants des thèmes un peu débiles, comme les cicatrices, les déserts ou la transpiration. «On dirait qu’ils ouvrent le dictionnaire au hasard, pointent un mot, et ça devient le thème de la semaine», avance Noah Bérubé.

Parlant de Noah, il s’en est bien tiré sur le thème des vampires. Au lieu de tomber dans les lieux communs comme les déguisements d’Halloween ou Dracula, il a parlé des «vampires parmi nous». Dont le joueur de soccer professionnel, Luis Suarez, qui a mordu des adversaires à trois reprises durant sa carrière. «La première fois, explique Noah avec sérieux, c’était de la malchance. La deuxième? Un manque de jugement. La troisième fois? Ce gars-là est un vampire!»

Je l’ai trouvé bonne. Comme j’ai trouvé très allumés les participants de la classe d’Élise. Même si je comprends mal leur fascination pour ces Youtubeurs vedettes qui attirent des milliers de clics en improvisant des vidéos sur des banalités de la vie quotidienne.

Dans l’une d’elles, le Youtubeur américain Collin Key organise un concours de crêpe artistique avec son frère. Un exercice de cabotinage d’une vingtaine de minutes où ils essaient de reproduire Bob l’éponge sur une plaque chauffante. Le gars fait des grimaces quand il se brûle un doigt, il lance sa spatule à bout de bras…

C’est drôle, ces niaiseries-là? ai-je lancé aux jeunes de Béatrice-Desloges. Bien oui, m’ont-ils assuré. Brianna m’a tiré la pipe. «T’écoutais la télé quand t’étais jeune? Qu’est-ce qu’il y avait de si intéressant, à la télé?»

Bon point, Brianna.

Le grand gagnant sera dévoilé le 24 mai. Peu importe le vainqueur, Élise Goulet Pedersen est satisfaite. «Si j’avais suggéré à mes élèves de faire des vidéos pour le plaisir, la plupart l’auraient fait en anglais. Le concours les force à s’exprimer en français plus qu’ils ne le feraient normalement. C’est en plein le genre de projet qui motive les adolescents à consommer des médias francophones.»