«Il n’y a pas de budget idéal», mais celui de 2018 est la «synthèse de ce que je cherchais depuis 10 ans», s’est félicité lundi le maire Régis Labeaume.

La fin des films de peur

CHRONIQUE / Depuis 10 ans, les budgets de Québec ont souvent été prétextes à des portraits sombres de l’avenir financier de la ville.

Des films de peur avec des ciels menaçants. Le maire Labeaume y a joué une première fois au lendemain de son élection, à la fin 2007.

Les déficits des régimes de retraite allaient faire exploser les comptes de taxes des citoyens, craignait-il.

«On s’en va dans le mur. Un grand danger nous guette», a-t-il réitéré trois ans plus tard, au budget 2011.

Au budget 2013, ce fut le tour de la dette. «On ne sait pas comment on va payer la dette de la ville», s’inquiétait-il.

Il y avait sans doute un peu de théâtre dans ces sorties alarmistes, mais la réalité était préoccupante: dette hors de contrôle; pareil pour la masse salariale et les déficits des régimes de retraite; infrastructures mal en point; administration lourde et pas assez efficace au goût de la mairie; récession économique à l’horizon, etc.

Au lendemain de la crise boursière qui a fait bondir les déficits des retraites, le gouvernement s’est rendu aux arguments des villes et leur a permis de retarder leurs remboursements en plaçant les sommes dues dans un «couloir» comptable. La Ville de Québec a ainsi pelleté des factures en avant, mais le problème restait entier.

C’est dans ce contexte qu’arrive la loi 15 sur les régimes de retraite municipaux. Les employés ont regimbé et les syndicats sont montés au front.

Les résultats en valaient cependant la peine. Québec a fini en 2017 de rembourser le «couloir» comptable des régimes de retraite. C’est cinq ans plus vite que prévu.

Les contributions de la Ville aux régimes de retraite, qui avaient atteint 120 millions $ en 2014 et 2015 chuteront à 82 millions $ en 2018. Le monstre des déficits des retraites semble avoir été maîtrisé.

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«Il n’y a pas de budget idéal», mais celui de 2018 est la «synthèse de ce que je cherchais depuis 10 ans», s’est félicité le maire Labeaume.

Son administration continue de suivre son plan de match financier et a tenu parole sur ses engagements électoraux: réduction de la masse salariale et de la dette; croissance des dépenses sous le niveau de l’inflation; remise à niveau des infrastructures; hausse des immobilisations payées comptant; taxes inférieures ou égales à l’inflation, etc.

Un budget aussi stable et «prévisible» ne donne pas de grosses manchettes le lendemain, mais qui se plaindra que la Ville soit en contrôle de ses finances?

On pourrait reprocher à l’administration d’être encore bien timide sur la réduction de la dette. Celle-ci ne baissera que de 15 millions $ en 2018 sur une montagne de 1,6 milliard $. La baisse est moins importante que le scénario initial.

Le maire explique avoir voulu profiter au maximum des programmes d’aide gouvernementaux. Cela impliquait que la Ville elle-même dépense davantage.

Tous ne seront peut-être pas d’accord, mais ce choix se défend tant qu’il s’agit de dépenses pertinentes qu’il fallait faire tôt ou tard.

Les années de turbulences appréhendées étant désormais derrière, il ne semble plus y avoir qu’un seul petit nuage dans le ciel bleu du budget 2018: celui du pot.

La Ville s’inquiète des coûts sociaux et de sécurité publique de la légalisation du cannabis. Elle demande une part des revenus.

La demande est légitime, mais créerait un précédent dans l’univers figé de la fiscalité municipale. Le gouvernement est jaloux de ses sources de revenus et les villes demeurent, par la force des choses, accros aux taxes foncières. 

Québec tire 80 % de ses revenus du foncier. Le nouveau pacte fiscal n’y a rien changé. Ça prendra peut-être le pot pour ouvrir les esprits.

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Le nouveau chef de l’opposition, Jean-François Gosselin de Québec 21, s’était présenté comme un fort en chiffres. 

Ça n’a pas paru dans sa première sortie sur le budget. Rien à dire, sinon pour répéter des généralités de la dernière campagne sur le «maire dépensier».

Il est vrai qu’un budget est un gros morceau à digérer et M. Gosselin arrive à peine. Peut-être vaut-il mieux ne rien dire que de dire n’importe quoi. Mais on s’attend à plus.