Mercredi, une marche contre la pauvreté s’est tenue devant l’Assemblée nationale.

La file à tous les jours...

CHRONIQUE / On a parlé de trois files d’attente mercredi, devant le 670, Bouvier, du 2491, chemin Sainte-Foy et du 95, route du Président-Kennedy.

Et pourtant, il y avait d’autres files.

Devant les soupes populaires.

Hier n’était pas seulement la journée officielle de légalisation du cannabis au Canada, c’était aussi la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté. Et pendant que des centaines de personnes attendaient en ligne sous la pluie pour s’acheter de la poffe, d’autres le faisaient pour manger.

Comme tous les jours.

Avant-hier, après-demain, ils feront encore la file pour avoir un repas chaud, un café, un sourire. C’est aussi important que le reste, il faut aussi réchauffer le cœur. Le nourrir aussi, comme le corps.

Au Québec en 2017, un million de repas ont été servis.

À Lauberivière, des hommes et des femmes attendent en ligne à partir de 16h pour souper, au moins 200 repas complets sont servis quotidiennement, pour 75 ¢. Presque 150 000 repas servis pour l’année entière, 365 jours par année. Ils ont peut-être déjeuné et dîné au Café rencontre du centre-ville, pour 50 ¢.

Du lundi au vendredi.

La fin de semaine, il faut aller faire la file ailleurs. Il y a la Maison Revivre pour les hommes, rue Saint-Vallier.

Il y a les banques alimentaires aussi, qui sont de plus en plus populaires à Québec. Selon les chiffres de Moisson Québec pour 2016, plus de 16 000 personnes ont eu besoin de ce service pour remplir leur frigo, le tiers ayant moins de 18 ans. Et la moitié des organismes qui leur viennent en aide ont manqué de denrées.

On préfère parler des ruptures de stock du Delahaze et du Tangerine Dream sur le site de la Société québécoise du cannabis.

L’an dernier, un lecteur m’a écrit pour me raconter ce qu’il avait vécu, le jour où il s’est résigné à aller dans une banque alimentaire. 

Dans Vanier.

«Je vois que certaines personnes ont un numéro dans leur main. Où s’informer? Il paraît qu’un homme va nous en distribuer. Je suis très nerveux et déjà en nage de sueur. J’ai enfin mon numéro, le 126! Hum! Vais-je attendre bien longtemps? Un homme sort et crie : “Un à 25 contre le mur, vous allez entrer bientôt!” De l’autre bord de la rue, des gens sont sur la pelouse à l’ombre. Je les imite ne pouvant plus supporter le soleil qui me plombe le crâne. Je finis par entendre une liste avec mon numéro. 

«Soulagé, je m’avance.

«Je pénètre dans un bureau où l’on me remet le “un dollar” requis depuis le premier novembre 2016. Par une porte, je me retrouve dans une salle dont bon nombre de denrées non périssables sont agglutinées contre les murs avec soit des matelas ou des planches comme pour les protéger. 

«On crie mon numéro.

«Je m’introduis dans un petit couloir. Nous sommes cordés comme dans un abattoir pendant qu’un homme passe avec un aérosol anti-pu. Oui, ça sent fort. [...] Comme c’est ma première fois, je demande les indications à suivre. On me conduit devant une table remplie d’emballages couverts de givre impossible à identifier. J’ai droit à un choix et c’est la même procédure pour les autres tables. Ça sent le vieux locker.

«Je me retrouve finalement à l’air libre avec un bien petit butin. 

«De retour à la maison, je fais le tri. La plupart des légumes étaient flétris, voire pourris. Beaucoup de produits périmés qui avaient été congelés pour préservation, peut-être. Pour résumer, je me suis retrouvé avec bien peu pour l’effort que j’ai usé.

«Est-ce normal de servir de genre de nourriture? Je sentais définitivement de la misère et du désespoir entre ces murs...»

On parle ici de gens qui ont faim.

Pas juste les munchies.