L’immeuble qui abritait l’ancien commerce Omer DeSerres et l’Église de Scientologie, au coin des rues Sainte-Hélène et Caron, est à l’abandon depuis cinq ans.

La disgrâce en attendant la vie

CHRONIQUE / J’entends que ni la Ville, ni le promoteur ne sont de mauvaise foi. Tous deux souhaitent faire aboutir dès que possible un projet d’habitation sur le site de l’ancien commerce Omer DeSerres et de l’Église de Scientologie, dans Saint-Roch.

Tant mieux, mais en attendant, le résultat est le même pour les voisins et pour quiconque circule dans ce quartier de plus en plus fréquenté pour ses restos et les sorties. Un quartier où on croise aussi des touristes. 

Le spectacle de cet immeuble éventré et à l’abandon depuis cinq ans au coin des rues Sainte-Hélène et Caron est une disgrâce et un danger public. 

Des squatters y ont accès, des voisins y entendent régulièrement des cris et du bruit, il y a un risque d’incendie, etc.

Ce laisser-aller est d’autant plus étonnant (et décevant) qu’on connaît la vision et la sensibilité du propriétaire, GM Développement, pour les enjeux urbains, particulièrement dans le quartier Saint-Roch.

Ça me fait penser à l’époque où j’habitais un logement au coin de la rue voisine, au début des années 80. Saint-Roch traînait alors le surnom de «plywood city». 

Ce n’était pas chic ni très sécuritaire, mais au moins il y avait du plywood devant les portes et les fenêtres des immeubles de briques rouges abandonnés. 

La Ville estime que l’immeuble présente des risques pour la sécurité. 

Le 11 août dernier, lors de l’octroi d’un permis de démolition partielle, la Commission d’urbanisme de la Ville a posé comme condition que le propriétaire installe un revêtement de tôle sur le mur ouvert pour empêcher les intrusions.

Depuis, rien. 

La Ville a toléré tout l’hiver, mais a fait un rappel ce printemps. Si rien ne bouge d’ici le 11 août, une nouvelle amende sera donnée. 

En mars 2017, GM Développement a payé deux amendes de 2500 $ pour cet immeuble. Une pour une démolition sans permis après l’écroulement d’une partie de la bâtisse et une autre pour avoir négligé de l’entretenir. 

La Ville dit ne pas pouvoir faire davantage, n’étant pas propriétaire du lieu. 

On sent en fait que la Ville ne veut pas envenimer les choses avec le propriétaire et travaille plutôt à faire aboutir le projet. 

L’immeuble n’a d’ailleurs pas été ciblé pour une éventuelle expropriation, comme la Ville l’a fait avec d’autres propriétaires négligents.

«On ne va pas payer 50 000 $ pour placarder un immeuble qu’on veut démolir dans quelques semaines», a fait valoir Geneviève Marcon, de GM Développement, lorsque je lui ai parlé vendredi. 

On aimerait bien la croire, mais ce n’est pas la première fois que l’entreprise annonce le début de travaux sur ce site (et sur d’autres), sans qu’on voit les «pépines». 

Encore l’été dernier, Jean Campeau, copropriétaire de GM, avait annoncé pour septembre un démarrage du «Omer DeSerres» qui n’est pas venu. 

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La mise en chantier de projets au centre-ville ne va pas toujours aussi vite qu’on le souhaiterait. C’est vrai aussi pour d’autres projets et promoteurs. 

Il y a souvent des enjeux de zonage à clarifier, il faut attendre le feu vert de la Commission d’urbanisme, attendre des permis qui parfois tardent à venir.

Dans ce cas-ci, GM Développement se disait prêt à démarrer le projet l’été dernier, mais la Ville lui a demandé d’attendre le Programme particulier d’urbanisme (PPU) de Saint-Roch. 

Ce PPU fut adopté en juillet et le promoteur a déposé une demande de permis pour un immeuble de 5-6 étages (une portion pourrait aller à 7 étages).

La balle était alors dans le camp de la Ville, mais celle-ci est revenue cet hiver avec une nouvelle demande pour modifier une marge de recul. Cela a forcé le promoteur à retourner aux planches à dessin. Il y est toujours.

La Ville a manifestement une part de responsabilité dans les retards du projet, mais le promoteur a aussi la sienne. Ses plans ont changé plusieurs fois en cours de route. Il souhaitait au départ construire 11 étages. 

Encore aujourd’hui, Mme Marcon ne peut préciser si la structure encore debout sera conservée ou sera rasée pour faire place à un immeuble complètement neuf. 

On parle d’un 32 logements avec 24 cases de stationnement et d’un espace de commerce ou de service au rez-de-chaussée, mais les plans bougent encore. 

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La bonne nouvelle dans cette affaire est que la Ville et le promoteur se parlent et s’entendent sur les usages et la hauteur du futur bâtiment. C’est ça de pris. 

La mauvaise est qu’on ne sait toujours pas quand cette verrue urbaine va disparaître. 

Ce n’est d’ailleurs pas la seule dans le quartier et ce ne sont pas les timides amendes qu’impose parfois la Ville qui vont convaincre les propriétaires de mieux entretenir leurs immeubles à l’abandon.