L’ancienne école Saint-Louis-de-Gonzague du Vieux-Québec, qui comptait cinq étages, en aura 11 avec l’ajout projeté.

La dérive des hauteurs

CHRONIQUE / Le projet immobilier à l’ancienne école Saint-Louis-de-Gonzague, dans le Vieux-Québec, n’a pas la démesure de celui du Phare, mais soulève lui aussi un enjeu de hauteur, d’architecture et d’impact sur le paysage.

Contrairement au Phare qui va atterrir dans le désert de la tête des ponts, on est ici dans un environnement sensible, au cœur de l’arrondissement historique reconnu par l’UNESCO. 

Le promoteur GM Développement prévoit aménager 200 logements dans les bâtiments patrimoniaux de l’ancienne école Saint-Louis-de-Gonzague (1898) et de l’ancien foyer pour personnes âgées Nazareth (1860) et dans deux nouvelles ailes à construire.

Tous ces logements sont bienvenus et font l’unanimité dans ce quartier qui peine à maintenir l’équilibre entre les fonctions touristiques, de divertissement et d’habitation. En prime, une vingtaine de logements «sociaux» seront offerts à prix abordable.

Beau projet donc. Mais est-il nécessaire de grimper si haut et d’altérer la ligne d’horizon du Vieux-Québec? 

L’ancienne école de briques rouges, qui faisait cinq étages, en comptera 11 avec ses nouveaux étages de verre et de métal.

Il sera pour cela nécessaire de modifier le Programme particulier d’urbanisme (PPU).

De nombreux citoyens s’y opposent. Parmi eux, l’ex-directeur général de la Ville, l’urbaniste et architecte Serge Viau, qui y voit une «disproportion nettement disgracieuse» avec les immeubles historiques voisins. 

C’est d’autant plus étonnant, dit-il que ce projet arrive au moment où on envisage retrancher six étages à la tour de l’hôpital de L’Hôtel-Dieu pour «harmoniser et rétablir le paysage historique». 

Selon l’angle d’où on regardera, les nouveaux immeubles donneront l’impression d’avoir la même hauteur que ceux de la Banque Royale ou de la tour de la Banque de Montréal à place D’Youville.

Dans les faits, la Ville prévoit prolonger à l’horizontale les hauteurs permises pour le Diamant et le futur hôtel du Capitole. 

Cela donne une douzaine d’étages pour le projet Saint-Louis-de-Gonzague, ce qui n’a rien en soi d’une hérésie dans un centre-ville. 

Le problème est que la pente descendante vers la basse ville amplifie la perception hauteur.

L’immeuble «hors gabarit» aura l’air «d’émerger de manière incongrue par rapport au paysage historique du Vieux-Québec», analyse Serge Viau. Une «aberration» et une «erreur majeure de design urbain».

L’architecture «résolument contemporaine» des nouveaux étages ajoutera à ce «contraste dérangeant». L’ex-dg aurait préféré un immeuble avec des dégradés en terrasses pour atténuer l’impact visuel.

Le conseiller municipal Jean Rousseau suggère l’ajout d’un autre bâtiment secondaire sur le même site, près de la côte de la Potasse. Le promoteur maintiendrait ainsi son nombre de logements tout en réduisant la hauteur du bâtiment principal. On demandera au promoteur ce qu’il en pense.

Le conseil de quartier du Vieux-Québec a déjà donné son aval au projet, de même que le conseil d’arrondissement. Ne manque que le OK de la commission d’urbanisme.

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Le projet de Saint-Louis-de-Gonzague ne suscite pas la même inquiétude ni le même débat public que Le Phare à l’autre bout de la ville.

Il n’y a pas ici d’enjeux de transport, d’équilibre de marché, ni de questions sur l’ombre, le vent ou les oiseaux migrateurs. L’impact sur le paysage, aussi significatif soit-il, sera moindre que pour Le Phare et vous ne m’entendez pas ici crier au scandale. 

Ces deux projets (et plusieurs autres) sont cependant le résultat d’une même dérive voulant que pour densifier, il faut nécessairement aller plus haut.

C’est peut-être un argument économique valable pour les promoteurs, mais au plan urbain, ça ne tient pas. Dans une ville où le taux de croissance reste modeste malgré des statistiques d’emploi spectaculaires, il y a intérêt à répartir les pieds carrés plutôt qu’à les empiler.

On obtient ainsi la même offre de logements et de bureaux en occupant davantage le vide des terrains vagues et stationnement de surface. 

La qualité de vie des quartiers y gagne, la pression sur les infrastructures publiques est moindre et il y a une meilleure acceptabilité sociale. Ça paraît logique. Pourquoi s’entêter à faire le contraire?