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Mylène Moisan
Le Soleil
Mylène Moisan
Une marche funèbre contre le projet Laurentia, le 22 mai dernier
Une marche funèbre contre le projet Laurentia, le 22 mai dernier

La cour est pleine

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CHRONIQUE / Depuis au moins huit mois, sur son site internet, le géant chinois de l’industrie portuaire Hutchison Ports a ajouté Québec sur la carte du monde où on voit où sont tous ses ports. Il en comptait 52, dans 27 pays.

Il devra enlever Québec.

Cela envoyait un drôle de message, comme si c’était déjà dans la poche, comme si la réalisation d’un nouveau port en eau profonde à côté de la Baie de Beauport était chose faite. On avait cette drôle d’impression que les dés étaient pipés, que le bar rayé était mieux de trouver ailleurs où forniquer.

Ça faisait six ans que le Port de Québec essayait de faire passer ce qui s’appelait d’abord Beauport 2020, des mois qu’il faisait de l’esbroufe avec ce partenaire qui voulait investir à Québec d’abord pour servir ses intérêts. Déjà, le choix de dérouler le tapis rouge à ce gros joueur avait soulevé certains doutes à Ottawa.

Depuis, la coupe des doutes a débordé. 

Le Port de Québec a eu beau essayer de montrer patte blanche, tenter d’emballer son projet démesuré dans du papier vert, lui donner un vernis de vertus, l’Agence d’évaluation d’impact du Canada ne s’est pas laissée berner par l’administration portuaire, par toute la poudre aux yeux. 

Le président directeur général du Port, Mario Girard, a répété jusqu’à la fin qu’il gardait espoir, mais il sentait bien que le vent avait tourné.

Ce vent, je l’ai senti changer de direction lors du rapport préliminaire de l’Agence d’impact, rapport que M. Girard a nonchalamment balayé de la main en le qualifiant de brouillon, comme s’ils disaient aux commissaires qu’ils avaient bâclé leur travail, qu’ils n’avaient rien compris.

C’est dans la nature de M. Girard, quand quelqu’un ne pense pas comme lui, c’est qu’il n’a pas compris.

Qu’il n’a pas les bons faits.

Depuis au moins huit mois, sur son site internet, le géant chinois de l’industrie portuaire Hutchison Ports a ajouté Québec sur la carte du monde où on voit où sont tous ses ports. Il en comptait 52, dans 27 pays. Il devra enlever Québec.

C’est tellement vrai que le Port a demandé le 23 décembre – et obtenu – un délai supplémentaire pour apporter aux commissaires des éléments supplémentaires pour qu’ils finissent par comprendre. Le Port avait pourtant eu huit mois avant le dépôt du rapport préliminaire pour produire ses arguments, arguments qui n’avaient pas suffi à donner l’aval à Laurentia.

L’ultime offensive du Port n’a rien changé.

Curieux hasard, j’ai pris le traversier entre Lévis et Québec mardi, quelques heures à peine avant que la décision d’Ottawa tombe. Je regardais derrière la Bungee en essayant d’imaginer jusqu’où avancerait Laurentia, je regardais les voiliers, me disais qu’ils allaient devoir contourner la péninsule. Je balayais mon regard entre le Château Frontenac et le secteur du Port, à l’Est, le contraste est frappant.

Je rentrais chez moi, j’habite Limoilou, où la qualité de l’air, toutes sources de contamination confondues, n’atteint pas la note de passage encore plusieurs jours par année. 

En somme, le gouvernement fédéral estime que ce projet, tel qu’il était conçu, aurait causé trop d’impacts négatifs, que ce soit pour la faune, aussi pour les quartiers autour où l’air est déjà sursaturé de contaminants. Ce que le fédéral vient dire, c’est : «n’en jetez plus, la cour est pleine».

Le gouvernement s’est rangé derrière l’Agence d’évaluation des impacts du Canada qui concluait récemment que Laurentia est «susceptible d’entraîner des effets négatifs importants sur le poisson et l’habitat du poisson, la qualité de l’air et la santé humaine, les conditions socioéconomiques, et l’usage courant des terres et des ressources à des fins traditionnelles par les peuples autochtones».

C’est beaucoup.

Ceux qui ont évalué les risques du projet n’ont donc pas cru le Port qui jurait que transporter jusqu’à 700 000 conteneurs chaque année n’allait causer aucun problème de pollution de l’air, qui prétendait presque que Laurentia serait une bénédiction pour les citoyens de la ville.

Cette fois, c’est au tour du Port de mordre la poussière.