Pour beaucoup de policiers, manifestants, journalistes et citoyens, un G7 c’est une sorte de «thrill of a life time». Une rencontre des «plus grands» de ce monde n’arrivera qu’une fois dans la vie de Québec. Deux si on compte le Sommet des Amériques.

La Coupe Stanley de la manifestation!

CHRONIQUE / David Fillion était sur la ligne de front du Sommet des Amériques de 2001.

Dernier entré dans l’unité de contrôle de foule de la police de Québec, il avait hérité de la tâche ingrate de «préposé aux irritants chimiques» dont personne ne voulait à l’époque. Pas assez d’action.

Les gaz lacrymogènes étaient alors un dernier recours et la police de Québec ne s’en servait jamais. 

Ceux qui y étaient affectés étaient condamnés à attendre en retrait en regardant les collègues se colletailler avec les manifestants avec matraques et boucliers. 

«Personne ne voulait rester en arrière à ne rien faire», se souvient-il.

Les choses n’ont pas tourné comme prévu à ce Sommet des Amériques. 

«On a tellement utilisé de gaz», dit-il. Assez que la fonction dont personne ne voulait est devenue «plus populaire». D’autant plus que la police a compris que le gaz permet de disperser des foules sans matraque ni blessés. C’est mieux pour l’image et pour les manifestants.

David Fillion avait 28 ans et cinq ans de métier à l’époque. 

Un âge où on a le goût de l’action et d’être là où ça brasse et où il se passe quelque chose. Un âge où souvent, on carbure à l’adrénaline.

C’est pareil pour les pompiers, les ambulanciers ou dans les salles d’urgence, croit-il. 

Pareil aussi pour beaucoup de journalistes et photographes, ajouterais-je. Ils tireront une certaine fierté à avoir décrit pour leur journal ou leur média ce qu’ils auront vu dans les effluves de la poudre et des gaz.

Il n’y a pas eu beaucoup de protestation lorsque les policiers de Québec ont su qu’ils seraient tous conscrits pour le G7, soit au front, soit pour maintenir le service ailleurs sur le territoire. L’attrait du temps supplémentaire pourrez-vous penser, mais il y a plus que ça.

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«Un G7 c’est la Coupe Stanley de la manifestation», décrit le capitaine Jean-François Bernier de la police de Québec, chargé du poste de commandement Enquête de la Ville, pendant le sommet.

Une rencontre des «plus grands» de ce monde n’arrivera qu’une fois dans la vie de Québec. Deux si on compte le Sommet des Amériques. 

Pour beaucoup de policiers, manifestants, journalistes et citoyens, c’est une sorte de «thrill of a life time». 

Une source d’anecdotes et de faits d’armes, heureux ou pas, qu’on racontera longtemps, longtemps, jusqu’à l’âge où parfois on se met à répéter les mêmes histoires. Ça commencera par «dans le temps, au G7 de 2018…»

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David Fillion comprend la fébrilité des policiers qui attendent de l’action sur le terrain du G7, mais à 46 ans, sa perspective a changé. 

Aujourd’hui commandant du poste La Cité-Limoilou (parc Victoria), il est de ceux qui ont préparé les plans d’intervention et de ceux qui vont ramasser les pots cassés si ça devait mal tourner. 

La police aura difficilement le beau rôle dans cet événement où la facture de la sécurité soulève de fortes critiques. 

On lui reprochera d’en avoir trop fait et d’avoir trop dépensé pour rien, si ça se passe bien. Ou de ne pas en avoir fait assez s’il arrive quelque chose.

M. Fillion a vu des «gens inquiets» de ce G7. Il le sait pour côtoyer depuis des années les commerçants, citoyens, et directions des organismes du centre-ville. Il parle aux élus, va aux conseils de quartier.

Il «voit l’impact» si ça tourne mal. L’impact sur l’image internationale de la police, sur la ville et le tourisme. L’impact sur la confiance des citoyens et des groupes qu’on avait tenté de rassurer. Il voit l’énergie qu’il faudrait mettre à «rattraper» cette confiance. 

Son verdict: «J’aimerais mieux qu’il ne passe rien».

Tant pis alors pour les souvenirs et les anecdotes de guerre. Tant pis aussi pour ces préparatifs qui n’auraient servi à rien. Ce qui ne veut pas dire qu’ils auront été inutiles.

Ces préparatifs ont permis d’affiner la coordination et les plans d’urgence de la police et des services municipaux à un niveau de détail jamais vu.

Cela va servir lors des grands rassemblements et événements de la vie de Québec: manifestations, Saint-Jean-Baptiste, Festival d’été, tempêtes, accidents, dommages aux infrastructures, etc. Québec sera devenue, mine de rien, un peu meilleure et plus sécuritaire qu’avant.