En congédiant Steve Bannon, l’été dernier, Donald Trump s’est fait un ennemi de plus, comme s’il n’en avait pas déjà assez…

La «bombe» Steve Bannon

CHRONIQUE / L’année 2018 commence un an jour pour jour comme en 2017 avec une «bombe météo» en provenance des États-Unis, et une bombe politique à Washington. Il y a un an, c’est l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche qui a créé une tempête «intense». Cette année, c’est la querelle entre Trump et son ancien bras droit Steve Bannon qui souffle sur la capitale américaine.

Cette «bombe» politique était prévisible. Elle résulte des conflits et des rivalités internes qui ont éclaté à la Maison-Blanche dès la prise du pouvoir par l’équipe de Trump, qui n’avait d’équipe que le nom. Aucun lien de confiance n’existait au sein de ce groupe.

La loyauté et la confiance sont des ingrédients essentiels en politique. Sans elles, c’est la méfiance et les luttes de pouvoir qui dominent. Cette loyauté commande qu’on ne profite pas de son passage à l’interne pour colliger les erreurs et les faiblesses du chef, et publier ensuite un livre à sensation. Si tous ceux et celles qui côtoient les leaders politiques profitaient de cette intimité temporaire pour dénoncer ensuite leurs petits travers et vendre de la copie, ce serait intenable.

Pourtant, c’est ce qu’a fait Steve Bannon, l’ancien collaborateur de Donald Trump, en collaborant à la rédaction d’un livre, Fire and Fury : Inside the Trump White House. Ce sera un succès sur le marché américain et même à l’étranger. 

Les extraits du livre dévoilés par le New York Times font dire à Bannon que le fils de Trump, Donald Trump junior, a posé un geste de trahison en rencontrant une avocate russe qui prétendait avoir des informations dommageables sur Hillary Clinton. Il le cite aussi disant que Ivanka Trump, la fille du président, est «sotte comme une brique». Le livre cite le courriel d’un employé de la Maison-Blanche décrivant ainsi la situation: «C’est pire que vous ne pouvez l’imaginer: un idiot entouré de clowns. Trump ne veut rien lire. Pas les mémos d’une page ni les résumés de nos politiques, rien. Il se lève et quitte en plein milieu des réunions avec les leaders de la planète parce que ça l’ennuie.» Le même livre cite un ami proche et conseiller de Donald Trump, Thomas J. Barrack, disant que le président «n’est pas seulement fou, il est stupide».

Bref, c’est de la très bonne lecture pour ceux qui aiment détester Donald Trump, mais ce n’est pas nouveau ou surprenant pour ceux qui suivent de près la politique américaine. Steve Bannon a-t-il manqué à la loyauté en collaborant à cet ouvrage? Certainement. A-t-il servi l’intérêt public? Pas nécessairement, à moins qu’on y trouve des révélations nouvelles et compromettantes sur le régime de Donald Trump.

Mais peu importe, le président n’a que lui à blâmer pour ce fiasco. C’est en s’entourant de gens comme Bannon, qui n’ont aucune expérience politique et aucun respect pour les règles, qu’il s’est attiré tous ses malheurs. En congédiant Bannon, l’été dernier, Donald Trump s’est fait un ennemi de plus, comme s’il n’en avait pas déjà assez…

J’ai déjà écrit que les journalistes américains sont chanceux parce qu’en se levant le matin, ils n’ont qu’à lire les derniers tweets de Trump pour lancer leur journée. Mais imaginez un peu la chance des auteurs de romans et des producteurs de films. La saga entourant Trump est tellement pleine de rebondissements spectaculaires et inusités qu’elle permettra toutes les fantaisies à ceux et celles qui voudront en faire des œuvres de fiction. Les vies de Justin Trudeau et de Philippe Couillard sont bien monotones et sans intérêt aux côtés d’un tel spectacle. Heureusement pour nous. Mais le spectacle est beaucoup moins riche pour nos caricaturistes.