Jacques Poulin s’est mis à penser à un outil de communication qui pourrait permettre de s’exprimer aux personnes qui n’arrivent pas à parler.

La boîte à parler de Jacques

CHRONIQUE / Jacques Poulin, pas celui qui a écrit «Volkswagen blues», était au volant de son autobus scolaire, il a jasé avec la mère d’un enfant autiste, elle lui disait qu’elle ne pouvait pas faire garder son fils.

Parce qu’il ne parle pas.

«Elle m’a expliqué que ce n’était pas possible parce que la communication était à peu près impossible, et qu’une gardienne ne peut pas comprendre ce qu’il veut.»

Jacques a eu une idée. 

Il s’est mis à penser à un outil de communication qui pourrait permettre de s’exprimer aux personnes qui n’arrivent pas à parler. «Ça peut toucher beaucoup de personnes. Les autistes, les gens qui ont un AVC, l’Alzheimer dans les premiers stades, les aphasiques, les analphabètes et aussi les immigrants qui arrivent.»

Il a bricolé une planche avec six zones illustrées : «J’aime», «Je n’aime pas», «J’ai besoin de», «Je veux faire», «J’ai peur de» et «Je suis allergique à». Il a trouvé des cartes avec des pictogrammes dessus. L’idée est toute simple, la personne place le pictogramme qu’elle veut sur une des six zones.

Un dessin de crayon dans la zone «J’ai besoin de».

Il n’a pas encore déterminé les pictogrammes qui seraient inclus. «Pour les enfants, il y a en aurait plus et pour les adultes, ils seraient plus gros.»

Adaptés aux besoins de chacun.

Pour l’instant, l’idée de Jacques est toujours au stade de l’idée. Il a trouvé un nom, Génial.com, il lui reste à développer le visuel de sa planche et de ses pictogrammes. Son fils, qui a un beau coup de crayon, pourrait être mis à contribution. «Le principe est vraiment simple, tout le monde peut comprendre.»

C’est le but.

Au cours des derniers mois, il a envoyé un document de présentation de son idée à une soixantaine de personnalités publiques et d’organismes. Ses demandes de financement sont restées lettres mortes, deux fondations l’ont félicité de chercher à améliorer le sort des personnes autistes.

Il en est là.

Jacques n’en est pas à sa première idée du genre. «Cet outil-là avec les pictogrammes, c’est un peu une suite de ce que j’ai fait avant. En 1975, j’ai conçu un petit livre qui peut avoir l’air banal, mais il contient 600 pictogrammes qui permettent de voyager en franchissant la barrière des langues.»

Il l’a fait breveter. «Le député du Bloc québécois Louis Plamondon ne voyage jamais sans l’avoir avec lui.»

Et puis, quand il était inhalothérapeute à Trois-Rivières, il a conçu un autre outil de communication, pour les patients intubés. «J’ai fait une fiche pour les soins intensifs, pour que les patients puissent nous dire ce qu’ils voulaient, s’ils avaient chaud ou froid… Ça s’appelait “Parle-moi”, on le laissait sur la table de chevet et les gens pouvaient s’en servir au besoin.»

Ça pourrait encore être utile.

Jacques Poulin a aussi eu l’idée d’épinglettes pour trouver l’âme sœur, «une pour les hétérosexuels et une pour les homosexuels» et une identification pour les chiens et les chats à poser sur le collier.

Ces idées-là n’ont pas eu le succès escompté.

Mais sa boîte à parler, avec une planche et les pictogrammes, il y croit. Jacques a fait quelques recherches, il a constaté que l’utilisation des pictogrammes est monnaie courante pour les autistes, mais il n’a trouvé aucun produit où on pourrait associer un besoin à un objet. «C’est un outil qui pourrait vraiment faciliter les échanges, tout le monde est gagnant.»

À la retraite, il travaille sur cette idée à temps perdu, mais il aimerait bien pouvoir la réaliser. «Le but, c’est de faciliter la conversation, la communication entre les personnes. Et il y a des familles où il y a plus qu’un enfant autiste, j’en ai connu quand je faisais du transport scolaire. Ce n’est pas évident pour elles.»

Et c’est ce que je trouve le plus beau dans l’histoire, qu’un retraité qui aurait fort bien pu se contenter de transporter les élèves du point A au point B ait pris la peine d’écouter cette mère, qu’il ait refermé la porte de l’autobus en réfléchissant à ce qu’il pouvait faire pour lui rendre la vie plus douce.

Et qu’il l’ait fait.