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Le 23 juin 2019, les étudiantes Hannah Nash et Anwyn Nerassen ont organisé une marche visant à soutenir les revendications des femmes autochtones et à sensibiliser la population.
Le 23 juin 2019, les étudiantes Hannah Nash et Anwyn Nerassen ont organisé une marche visant à soutenir les revendications des femmes autochtones et à sensibiliser la population.

Réclamer le pouvoir et la place des femmes autochtones

Konrad Sioui
Konrad Sioui
Collaboration spéciale
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CHRONIQUE / Le 8 mars dernier, lors de la Journée internationale du droit des femmes, j’ai participé à une conférence sur le rapport final de l’enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, dont le thème était : Réclamer notre pouvoir et notre place.

Cette conversation pancanadienne, organisée par l’équipe du professeur Pierre Rousseau, était présentée par des sections régionales de l’Association francophone pour le savoir (Acfas), basée au Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta. 

J’étais accompagné de ma nièce, Me Wina Sioui, spécialiste en droit autochtone, et nous avons d’abord été impressionnés par l’implication très importante d’un grand nombre d’élèves qui y ont participé, dans un français impeccable. 

D’abord, les étudiantes Hannah Nash et Anwyn Nerassen ont ouvert la discussion en nous faisant connaître non seulement le sujet de leurs enseignements au Département d’études autochtones, mais aussi les gestes qu’elles posent pour en arriver à faire une différence. Elles ont, entre autres, organisé une marche pour soutenir les revendications des femmes autochtones visant à sensibiliser la population dans son ensemble et à prendre faits et gestes pour briser le statu quo et surtout, amener les gens de tous âges à prendre conscience de l’urgence du changement réclamé. 

Lorsque j’ai été invité à m’exprimer, avant de parler de mon parcours et après les mots de remerciements, j’ai voulu reconnaître d’abord les nations membres du Traité 6, qui nous accueillent sur leur territoire. 

J’ai félicité les étudiants tout spécialement pour leurs actions et leur détermination à vouloir changer le monde. J’ai parlé de nos mères, grand-mères, conjointes, filles, tantes et nièces qui m’ont permis de m’épanouir, enveloppé d’une couverture protectrice contre toute épreuve. 

Ces femmes fortes ont façonné la personne que je suis et elles ont toute ma reconnaissance. Puis, avec le concours inestimable de Wina, nous sommes entrés dans le cœur du débat en faisant un rappel historique depuis les dernières décennies, en cherchant où nous en sommes rendus, après toutes ces commissions d’enquête qui se sont succédé depuis le rapatriement de la Constitution canadienne en 1982, en passant par les conférences constitutionnelles jusqu’à la crise d’Oka et les échecs de Meech et de Charlottetown. 

Après tout, l’ensemble de ces exercices nationaux n’avait qu’un seul but : trouver une place au Canada pour les Premières Nations. 

Mais aujourd’hui, depuis que notre collègue, feu Elijah Harper, portant sa plume d’aigle bien haut, du fond de sa législature manitobaine, a refusé d’obtempérer au consensus de la Chambre et ainsi accepter la nouvelle Constitution revue mais pas corrigée, rien n’a vraiment changé dans le décor législatif de notre société canadienne. 

Nous avons toujours deux peuples fondateurs, les Français et les Anglais, et deux ordres de gouvernement au Canada. 

La Commission royale, 25 ans plus tard

Bien sûr, les gouvernements actuels déploient de sérieux efforts afin d’améliorer les conditions de vie et permettre à nos nations de mieux se loger, d’accueillir nos enfants dans des écoles mieux adaptées ou encore permettre des résidences plus confortables pour nos aînés.

Mais qu’en est-il du sort réservé aux femmes autochtones aujourd’hui, 25 ans après la parution du rapport final de la Commission royale sur les peuples autochtones? En effet, cette commission qui s’est déroulée de 1991 à 1996 concluait dans son rapport que les stéréotypes, le racisme et le sexisme auxquels elles sont confrontées sont parmi les attitudes de la société canadienne les plus dommageables.

Oui, nous sommes inscrits dans un vaste processus de réconciliation, mais nous savons aussi qu’il ne peut y avoir de véritable réconciliation sans la reconnaissance mutuelle et égalitaire.

Nous savons que personne d’autre que nous-mêmes ne pouvons construire nos Nations dans un esprit d’autodétermination. 

Pour ce faire, nous avons besoin de tous nos outils dans le coffre, sans avoir à aller emprunter ceux du voisin à tout bout de champ. La Commission royale nous rappelait ce principe : «Au fur et à mesure que les peuples autochtones définiront et établiront des gouvernements autonomes, le point de vue des femmes devrait les guider. [...] Elles ont un rôle de premier plan indispensable à jouer à l’échelle locale et nationale». 

Nous avons le devoir de protéger nos femmes et de leur assurer sécurité et paix d’esprit. Elles sont les gardiennes du savoir et les protectrices de nos valeurs. Enfin, en insistant davantage sur de meilleures formules d’enseignement pour tous, nous décuplons nos chances d’atteindre nos résultats. L’éducation sera toujours l’arme la plus puissante.