Julien Renaud
Le photographe Rocket Lavoie n’a pas eu à faire 10 restaurants pour trouver une personne en train de manger des rondelles d’oignon avec du miel !  Non, dès le premier coup, au Resto Thibeault Express, il a pu prendre le cliché illustrant cette chronique.
Le photographe Rocket Lavoie n’a pas eu à faire 10 restaurants pour trouver une personne en train de manger des rondelles d’oignon avec du miel ! Non, dès le premier coup, au Resto Thibeault Express, il a pu prendre le cliché illustrant cette chronique.

Un tiers de vie comme Bleuet

CHRONIQUE / Je viens tout juste de célébrer mon tiers de vie au Saguenay–Lac-Saint-Jean !

Je suis arrivé au Royaume des Bleuets en 2010, dans le but d’être diplômé en journalisme du Cégep de Jonquière. J’ai vécu trois années de bonheur, à découvrir le métier qui me passionne tant, dans la réalité régionale. Je me suis ainsi fait des contacts, notamment par mon implication dans la 48e Finale des Jeux du Québec à Saguenay, et j’ai adopté les enjeux d’ici.

Au moment de choisir mon stage – et mon futur emploi, j’espérais –, mon enseignante, Isabelle Labrie, n’a pas eu trop de misère à me convaincre de prolonger mon séjour pour faire mes premières armes au Quotidien et au Progrès.

J’ai ensuite accepté de travailler tout l’été, puis j’ai décidé de poursuivre l’aventure, le temps de compléter un baccalauréat à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

Rapidement, j’ai compris que je n’allais jamais repartir. Que j’allais faire ma vie au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Que j’étais fier d’être un Bleuet d’adoption. Que j’étais sous le charme de l’endroit et des gens qui y habitent. Que la qualité de vie, ici, n’avait pas d’égale à mes yeux. Que j’avais des amis pour la vie. Que j’étais en train de devenir un régionaliste.

Je me suis accroché à la région malgré une dure épreuve de santé, en 2017, finissant l’année avec l’achat de ma première propriété. Le signe d’enracinement ultime, avec, en seconde place, la dénomination de mon identité de chronique, le Bleuet adapté, faisant référence à mon adoption régionale et à ma réalité de personne à mobilité réduite.

D’ailleurs, cette semaine, une lectrice assidue me demandait si j’avais largué cette appellation. La réponse est non, mais comme ma chronique est désormais publiée hors du Mag, je n’ai plus le fameux entête le rappelant.

Cet automne, donc, j’ai célébré mes neuf ans à Saguenay ; dans quelques semaines, ce sera mon 27e anniversaire. 27 ÷ 9 = 3 ! Un tiers de vie au Saguenay–Lac-Saint-Jean !

Est-ce assez pour être considéré comme un Bleuet ? À vous de me le dire, après avoir lu la suite !

À cause ?

À l’extérieur de la région, le test par excellence pour détecter un Saguenéen ou une Jeannoise, c’est l’accent !

Si vous posez la question à ma famille, oui, j’ai l’accent... et pas rien qu’à peu près !

Par contre, pour les vrais « Natifs », comme on disait au Cégep, j’ai un accent subtil. Je me fonds relativement bien dans la masse, mais quelques mots me trahissent, dont « lacets », que je prononce « lâcets ». Je suis aussitôt démasqué. Je travaille fort pour délaisser les « a » de Lanaudière, mais mon passé tente de s’accrocher par cette petite avenue !

Je ne sais pas s’il y a des explications scientifiques à ce phénomène, mais l’accent de ma région d’adoption ressort en puissance lorsque je suis au téléphone. C’est peut-être parce que mon métier m’a forcé à contacter des vrais Bleuets à la tonne !

Aussi, question vocabulaire, je commande désormais un frite et une beigne, au grand découragement de mes proches ! Je tente d’ailleurs de répandre ces usages linguistiques dans mon patelin natal... en passant par mes neveux et nièces !

Mon expression favorite, c’est « à cause », sans aucun doute !

Du miel avec mes rondelles

Sur le plan gastronomique, j’ai adopté plusieurs traditions gustatives, mais j’en rejette certaines !

D’abord, le Royaume a des secrets bien gardés, dont le miel avec les rondelles d’oignon ! Bon, on m’a dit que ça se faisait dans d’autres régions du Québec, mais je n’arrive pas à m’expliquer que cet accord de saveurs n’ait pas atteint Repenyigny ! Au A & W de mon enfance, on ne m’offre pas de miel ! Et je dirais même qu’on me regarde comme une bibitte descendue des monts Valin maintenant que j’en demande !

La tourtière, les bleuets et la gourgane, c’est oui pour le trio d’étoiles du Saguenay–Lac-Saint-Jean, sans hésitation. D’ailleurs, si ma famille a le malheur de mélanger tourtière et pâté à la viande, le Julien du Saguenay pique une colère ! C’est un manque de respect ; je ne l’accepte pas !

Le pain sandwich ; parlons-en ! Ça, c’est une aberration humaine, à mon avis. Une simple image me lève le cœur ! Oui, je dois avouer que mon intolérance au lactose explique en partie ma haine pour le fromage à la crème, mais en aucun cas, mélanger tous ces ingrédients n’est une bonne idée ! Quand je vois un buffet syndical, ma dernière envie est de me mettre des sandwichs aux œufs, au jambon et au poulet en même temps dans la gueule ! Non ! Celle-là, je ne la comprends pas !

Autre aberration qui m’a été rapportée : l’absence d’une sauce à poutine. Ici, c’est barbecue ou hot chicken ; là-bas, c’est poutine, tout simplement. Mais moi, je n’en mange pas !

Un petit mot s’impose sur les breuvages. Oui aux grosses bières et oui au Red Champagne ! Je me considère d’ailleurs chanceux de connaître la petite-fille du créateur de cette boisson gazeuse bien de chez nous ! Ou de chez vous, choisissez !

Vroum vroum !

Terminons brièvement sur les loisirs. J’attends toujours ma première randonnée de motoneige, et ça devrait venir pour aller à la pêche blanche avec mon ami Charles cet hiver ! Reste que je suis loin d’être un gars de moteur.

La chasse ne me parle pas non plus, mais j’apprends de plus en plus à apprécier la pêche !

À ce sujet, je suis exaspéré par le nombre de filles avec des photos de motoneige, motocross, chasse ou pêche sur Tinder ! Une fois ces candidates exclues de facto, il ne me reste que... l’amour de la région !

M’acceptez-vous ou me balayez-vous vers la gauche ?