Un enfant entre meilleurs amis

CHRONIQUE / Seriez-vous prêt à avoir un enfant avec votre meilleur ami ou votre meilleure amie ?

J’ai eu une discussion franchement intéressante avec une amie très proche au cours des dernières semaines. Depuis, cette question me revient en tête assez fréquemment merci !

Mon amie me disait qu’elle évaluait la possibilité d’avoir un bébé avec son meilleur ami homosexuel. Les deux sont célibataires, et leur horloge biologique sonne les douze coups de minuit.

Ainsi, par procréation assistée, mon amie donnerait naissance à leur enfant, puis ils l’élèveraient ensemble, au début en vivant sous le même toit, mais une garde partagée pourrait suivre, surtout si l’un d’eux – ou les deux – tombe en amour.

Mais ce ne serait pas une garde partagée comme les autres. Puisque les parents seraient en très bons termes, étant de grands amis, il y aurait moins de rivalité. Puis, ils feraient régulièrement des activités tous ensemble. Même avec les nouveaux conjoints... pourquoi pas ! Et que ce soit la semaine de l’un ou de l’autre !

L’enfant aurait deux parents aimants et la possibilité d’avoir deux beaux-parents tout aussi aimants. « C’est comme donner deux fois plus d’amour à l’enfant quand tu y penses ? », m’a dit une autre amie, sollicitée pour nourrir mes réflexions.

En plus, si la garde partagée s’impose à un moment ou un autre, les deux parents jouiront d’une plus grande liberté pour poursuivre leurs carrières et leurs passions. Sur ce point, ce nouveau modèle pourrait rejoindre beaucoup de jeunes plus carriéristes et/ou nomades.

Certes, c’est beau sur papier, mais ça prend deux amis au diapason. Ce n’est pas quelque chose qui se décide sur un coup de tête et sur la base unique d’un sentiment d’urgence. Ça prend de longues discussions pour bien baliser la chose, pour rendre le tout tangible légalement parlant et pour s’assurer que les parents partagent une vision commune et compatible de la parentalité. Mais d’aussi bons amis ont souvent des valeurs semblables et des philosophies parallèles !

Mais c’est possible ! Et c’est même prometteur, à mon avis !

Bon, mon amie et moi n’inventons rien ici, avec ce concept de famille nouveau genre. En 2012, le film Amis et parents était basé sur ce scénario. Le synopsis : « Julie et Jason sont des amis de longue date qui s’entendent comme larrons en foire. Les deux trentenaires voient leurs couples d’amis se déchirer un à un ; lorsqu’ils décident d’avoir des enfants, ces derniers sapent toutes leurs énergies. Désirant faire les choses autrement, Julie et Jason prennent la décision de concevoir un enfant, mais sans qu’il existe une histoire d’amour entre eux. Chacun est libre d’établir une relation de son côté, à condition de ne jamais négliger le fruit de leur union. »

Une autre amie m’avait déjà parlé de ça quand j’avais fait une chronique sur mon désir d’adopter. Mais c’était quelqu’un que je connaissais depuis peu, alors ça ne m’était pas resté autant en tête.

Poussons la réflexion encore plus loin, puisque l’ouverture d’esprit n’a pas de limites.

Parents, amis et hétérosexuels ?

Je pense que oui, mais ça demande encore plus de dialogue, car le piège des sentiments et du désir sexuel est présent.

Pour moi, le sexe, c’est le sexe. Je serais très à l’aise d’être parent et ami avec la liberté d’un couple ouvert. La sexualité devient alors un plaisir non contraint au couple de parents, une dimension privée. Ça n’enlève rien à tout le reste, et on se rapproche du scénario impliquant une orientation sexuelle différente.

Je pense que je serais même à l’aise d’explorer la sexualité avec l’amie en question. Si chacun est comblé, le tour est joué ; sinon, on va voir ailleurs. Il faut juste que les deux soient ouverts à ça et que si ça fonctionne juste d’un bord, la personne doive passer à autre chose et être prête à aller voir ailleurs.

Fécondation directe ou in vitro ? Une autre discussion à avoir ! J’opterais personnellement pour une relation sexuelle traditionnelle pour faciliter le processus.

Parents, amis et sous le même toit ?

Oui, encore une fois. Surtout au début, et tant que les parents ne sont pas en couple avec une tierce personne.

Mais pourquoi pas une grande maison avec les deux couples si les parents finissent par se caser ? Je porte ici l’exemple à l’extrême, conscient que les risques de friction sont plus élevés, surtout que les deux autres adultes doivent embrasser le scénario pour le rendre possible.

Rapidement, je vois deux amies avec qui je serais ouvert à la discussion. Le seul hic : la distance. Ces deux amies de longue date habitent à Montréal, et la garde partagée à distance, c’est non merci. Mais si elles résidaient à Saguenay, je pense que je les inviterais – séparément bien sûr – à aller prendre un café pour jaser de cette possibilité.

La famille et la société dans tout ça ?

Je me dis que si l’enfant est comblé, tout comme ces deux parents, ça pourrait même faire des jaloux !

Je pense que mes parents, bien qu’ils soient assez conservateurs, seraient déstabilisés, mais tendraient l’oreille, surtout avec des candidates qu’ils connaissent bien et traitent déjà comme si c’était mes partenaires de vie !

Ah ! les jeunes, et leur désir de réinventer ma société ! Excusez-le !

Ai-je chatouillé seulement vos principes ? Ou ai-je chatouillé votre curiosité aussi ? Des partants ?