Dame Nature n’a pas été clémente pour la première édition du Montebello Rock, qui prenait le relais du défunt Rockfest.

La leçon des punks

CHRONIQUE / Et si on se jugeait un peu moins ? Et si on oubliait un instant notre reflet dans le miroir, et surtout, notre reflet dans les yeux des autres ?

Je reviens de mon quatrième Rockfest ou, devrais-je dire, de mon premier Montebello Rock. Peut-être êtes-vous aussi surpris que la majorité des gens à qui je dis que je fais six heures de route pour aller voir les meilleurs groupes rock, punk et métal. Oui, moi, le petit journaliste hypersensible et qui écoute aussi La Voix.

La raison première de ce périple est certes la musique, car mon spectre est large, mais il y a bien d’autres motifs. Comme le fait de passer du temps avec des amis que j’adore, de prendre une pause de la routine, de s’exiler et de festoyer. Mais la deuxième raison en importance, c’est l’absence de jugement. Chaque année, cet aspect me surprend et me procure un bien fou.

On va se le dire : le jugement est une autoroute sans limite de vitesse. Il n’y a ni feu rouge ni dos d’âne. La vie en société est indissociable de l’idée d’être comparé, jugé ou intimidé.

Sans avoir eu un cheminement particulièrement difficile, je n’ai pas été épargné du regard des autres et ai été la cible de quelques intimidateurs de second rang.

Mais – et le point est là – à Montebello, le temps de deux ou trois jours, chaque année, au mois de juin, je me sens libre d’être indifférent du regard des autres.

Aurions-nous une leçon à tirer des punks et des métalleux ?

Ça m’a aussi poussé à faire de même, et j’ai fait des rencontres inattendues. Ailleurs qu’au Rockfest, je me serais sans doute sauvé sans regarder derrière devant une fille comme Élysa, devenue une amie précieuse. Ses cheveux multicolores, ses tatous, ses piercings, son look ; tout m’aurait repoussé. Mais cette punk, qui se nourrit de « SpaghettiOs » et qui fait de l’alcool artisanal à la tarte aux pommes, est devenue ma préférée de toutes.

Souvent perçus comme des monstres, les punks et les métalleux – à ne pas confondre avec les Métallos – ont cette faculté qui n’est pas vraiment mienne de s’en foutre des autres ; et je m’y plais.

Couvert de bouette, habillé tout croche, avec un Mohawk manqué, je suis un membre de la gang.

Au Rockfest, tout le monde se salue, se tape du poing et se dit : « Bon Rockfest ! », comme au camping ! En plus, toutes ces manifestations du tu-es-dans-la-gang sont quintuplées quand « tu as le courage d’y être, même en fauteuil roulant », alors que c’est plutôt mes amis qui sont à idolâtrer à me tirer dans la bouette.

D’ailleurs, en plus de l’absence la plus totale de jugement, l’empathie, la sympathie et la générosité des festivaliers m’étonnent au plus haut point depuis trois ans. Ça n’a rien à voir avec le comportement de beaucoup trop de gens que je croise ici et là dans la vie de tous les jours, et qui me donnent l’impression qu’ils vont me cracher au visage pour me démontrer juste un peu plus leur mécréance.

Tu pues ; pas grave. Tu es mal habillé ; tant mieux. Tu as eu le coude un peu trop léger dans l’après-midi ; on te pardonne. Tu danses mal ; moi aussi ! Tu as consommé quelque chose de légal depuis peu ou qui ne le sera jamais ; ton choix ! Tu chantes, tu cries, tu fais du body surfing, tu « trashes », tu restes en retrait, tu dis les mauvaises paroles, t’as l’air d’un zombie, t’es venu avec ton gosse... On s’en fout !

Loin de vouloir encourager la consommation, le manque d’hygiène ou le je-m’en-foutisme, j’ai envie de vous inviter à relâcher la pédale du jugement.

Je vous souhaite, à vous aussi, trois jours par année sans préoccupation aucune du regard des autres !

Merci au collègue Dave Ainsley de m’y avoir initié. Merci aux autres de la gang, Mario, Sean et Pascal, de me pousser et de me faire rire.

Et merci à Alex Martel pour cet événement !

Longue vie au Montebello Rock ! Parce que peu importe le nom de l’événement, les groupes invités ou la météo, j’ai envie de m’évader assez loin pour baisser mes gardes, avec ma bande, et ce, chaque année ! Le décompte recommence : 359 jours !