Depuis avril 2017, l’Association Missirah Séniyandi mobilise la communauté et oeuvre à rendre propre son milieu de vie.

Ka Jonquière séniyandi!

CHRONIQUE / À Jonquière ou à Missirah, au Sénégal, ramasser un sac de déchets à la fois, c’est le début de quelque chose de grand.

J’étais heureux, mercredi, de lire le texte de ma consoeur Mélanie Côté sur des jeunes de Jonquière qui nettoient leur environnement dans leurs temps libres. Ça me donnait un contexte pour vous parler d’une initiative inspirante de mes amis sénégalais, dont je ne suis pas peu fier et avec qui je garde des contacts quasi quotidiens. Mais d’abord, je me dois d’applaudir Jérôme Samson, Alexandre Richard et Simon Larouche d’avoir amorcé un mouvement, aussi petit soit-il, pour le bien-être de leur milieu de vie.

En Amérique du Nord comme en Afrique, la prise de conscience pour sauver la planète s’accentue d’heure en heure, surtout en raison de cette belle jeunesse trop souvent pointée du doigt.

Évidemment, la gestion des déchets n’est pas rendue au même stade de chaque côté de l’océan Atlantique ou de chaque bord de l’équateur terrestre. Elle est même à des années-lumière à certains endroits.

Certes, quand je marchais à Dakar, la capitale sénégalaise, ou à Missirah, petit village où j’ai fait un stage de coopération internationale en 2015 avec l’Université du Québec à Chicoutimi, j’étais désolé de voir tant de déchets empilés au sol. Mais j’ai le même sentiment quand je vois trois ou quatre trucs qui traînent ici et là, chez nous, au Québec. Parce qu’il faut situer chaque lieu dans son contexte.

C’est avec beaucoup de bonheur – « Bégué ! », m’exclamerais-je en wolof – que je vous partage ce que mes amis ont réalisé dans leur village, à Missirah. Véritable pionnier dans sa communauté, l’un de mes fils sénégalais, Cheikh Sidibe, a mis sur pied, avec sa bande, l’Association Missirah Séniyandi, qui signifie « rendre propre », en mandingue, cette fois. Je dis fils, car là-bas, j’avais une double identité ; chaque stagiaire recevait le nom d’une personne importante dans le village. J’étais donc devenu Bouh Sidibe, père de 32 enfants, avec quatre femmes différentes.

Cheikh est allumé, comme bien d’autres Sénégalais que j’ai rencontrés. Il rêve encore plus grand que bien des Québécois, avec tous ses projets entrepreneuriaux et sa conscience sociale qui dépasse l’entendement. Malheureusement, comme tous les autres, presque toutes ses ambitions sont freinées par la réalité crue de son coin de planète. Mais il n’a pas peur de les réduire, de les adapter, de les ancrer dans le réel, si bien qu’il innove, inspire et façonne l’avenir de sa communauté. Une communauté riche à sa manière ; riche de ceux qui l’habitent ; riche d’avoir Cheikh chez elle.

Il a décidé de changer le visage de son village, en invitant ses frères et soeurs à repenser leur mentalité ; à briser leurs habitudes ; à amorcer le changement.

Cheikh et sa bande ont distribué des poubelles dans toutes les maisons du village, sensibilisant au passage les membres de la communauté à l’importance de mieux gérer individuellement et collectivement les déchets. Ils ont ensuite réuni du matériel – des masques, des râteaux, des gants, des sacs, des poubelles et des charrettes, entre autres. Puis, ils ont mobilisé les gens pour procéder au grand nettoyage de leur magnifique village.

Hommes, femmes, enfants, adultes ou adolescents ; tous ont contribué à rendre propre leur village, à séniyandi Missirah. Et la métamorphose est hallucinante. Les photos qui accompagnent ce texte parlent d’elles-mêmes.

« L’avenue la plus célèbre dans ce village est libérée de l’insalubrité. Maintenant, on a un aperçu rayonnant à partir du collège jusqu’au quai de pêche. Max de respect à l’Association Missirah Séniyandi pour l’initiative avec la collaboration du groupement des femmes et des autres associations réputées de par leur engagement et leur dévotion malgré les maigres moyens », a écrit l’un des membres de la collectivité sur Facebook.

Missirah ne s’est pas arrêté là. Un dépotoir a été aménagé en retrait du village ; du plastique a été transformé en matériaux de construction ; le chef du village a salué la mission de l’association ; une page Facebook a été créée ; et des villages voisins ont emboîté le pas. Tout ça, avec les moyens du bord, mais aussi avec une volonté ultime.

Et si cette initiative d’un petit village du Sine Saloum inspirait tout le pays à rendre propre son environnement ?

Et si les jeunes de Jonquière en inspiraient d’autres à travers la région ou la province ?

Changer le monde, un geste à la fois, c’est possible. Un sac de déchets à la fois, c’est encore plus probable ! L’invitation est lancée.

Ka saté séniyandi/Rendez propre votre village !