Membres de l’exécutif de la section régionale de la FPJQ, Mélissa Savoie-Soulières, Priscilla Plamondon Lalancette et moi-même, Julien Renaud, entourons le nouveau président du conseil d’administration national, Michaël Nguyen.

Fausses nouvelles, méfiance et éducation

CHRONIQUE / Je reviens du congrès annuel de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), lequel se tenait à Saint-Sauveur, dans les Laurentides. Le thème « Journalistes, ennemis publics ? » a été débattu à l’occasion de présentations et d’échanges, et la réponse finale est somme toute nuancée. Mais s’il y a une chose à retenir, à mon avis, c’est qu’il faut éduquer les gens à l’importance de l’information de qualité et à la saine utilisation du numérique. Un gros défi à l’ère des fausses nouvelles et des médias sociaux !

Pendant que le président américain, Donald Trump, gazouille en abondance l’expression fake news et que d’autres leaders mondiaux l’imitent ; que des groupes mal intentionnés dirigent des attaques ciblées envers des journalistes ; que des lois supposément anti-fausses nouvelles sont adoptées dans des pays peu démocratiques, permettant plutôt d’enfermer des reporters qui produisent du contenu indésirable aux yeux des autorités ; que 58 % des Canadiens « évitent activement les nouvelles » ; que Facebook et Google contrôlent 60 % du marché publicitaire numérique ; que des citoyens publient des photos de la fillette martyre de Granby dans son cercueil et ne sont pas pénalisés comme l’auraient été des journalistes ; pendant tout ça, que pouvons-nous faire pour stopper le dérapage collectif ?

Eh bien, à ce problème très complexe, il m’apparaît y avoir une réponse toute simple : l’éducation aux médias. Dans les écoles, certes, mais aussi auprès des adultes, par des campagnes de sensibilisation ou – pourquoi pas ? – via leur milieu de travail et les centres communautaires.

Les médias sont des alliés pour le bien de la démocratie et de la vie citoyenne. Les journalistes publient de l’information vérifiée et impartiale, ce que les improvisés ne sont pas tenus de faire. Et ce, même s’il faut se faire des ennemis au passage.

Bon, sommes-nous parfaits, les journalistes ? Oh que non ! Avons-nous joué un rôle pour devenir des ennemis publics ? Certainement !

D’une certainement façon, en embarquant dans la course à la diffusion et en suivant la dictature des clics, deux tendances difficilement évitables dans un type de propriété privée, oui, nous contribuons nous-mêmes à devenir « enemy of the people », comme le dit Donald Trump. Mais jamais autant qu’il le fait lui-même, en propageant sa haine envers les médias.

La démagogie et la désinformation ; voilà les vrais ennemis !

Et pour les contrer, la seule option est de rappeler l’essence de notre profession. À nous-mêmes, aux élus et aux citoyens. C’est donc par l’éducation que ça passe.

Pour la FPJQ, c’est de poursuivre l’initiative 30 secondes avant d’y croire, laquelle contribue à la lutte contre la désinformation auprès des étudiants et de la population générale. C’est aussi d’encourager des initiatives comme celle du journal numérique Le curieux, qui vise à donner l’habitude aux enfants de s’informer, leur apprendre à détecter les sources fiables et à développer leur esprit critique.

Pour les journalistes, dans le travail quotidien, il faut davantage s’autocritiquer, écrire d’où viennent nos informations, détailler notre démarche et expliquer pourquoi une information doit demeurer confidentielle. Ce n’est pas qu’on veut cacher quelque chose ; c’est qu’il y a un risque plus élevé à la rendre publique, souvent pour les victimes et leur entourage. Aussi, il faut trouver des moyens de s’adresser à la masse, car trop souvent, nous prêchons pour des convertis.

Pour le gouvernement, c’est de se doter d’un programme d’éducation à l’information et à l’utilisation du numérique, dans les écoles et dans la communauté. Les jeunes comme les adultes doivent comprendre le rôle social du journaliste et être sensibilisés aux dangers des médias sociaux, qui sont de véritables chambres d’écho pour la désinformation. C’est ainsi que le message sera entendu par ceux qui ne s’informent pas ou ceux qui s’informent mal, par méconnaissance.

Ensemble, en ces temps difficiles, il faut protéger l’information !

Les données contenues dans cette chronique proviennent du magazine Trente de la FPJQ, dont les auteurs ont consulté diverses sources crédibles et vérifiées.