Dominic Tremblay en a marre. Il se dit victime de préjugés et aimerait avoir une réelle chance sur le marché du travail, notamment.

Dominic veut une chance équitable

CHRONIQUE / Et si on appliquait le principe du handicap dans la vie comme au golf?

Selon Golf Canada, le handicap permet «à des joueurs de niveaux d’habiletés différents de participer à des compétitions les uns contre les autres sur une base équitable».

Pourquoi n’est-ce pas comme ça dans la (vraie) vie?

Voilà ce que se demande Dominic Tremblay depuis qu’il est cloué à un fauteuil roulant, alors qu’il a plutôt l’impression de partir avec deux prises, si l’on fait référence à un autre sport, celui qui a marqué sa jeunesse.

Dominic est atteint de la dystrophie musculaire. C’est à l’âge de 5 ans, alors que son paternel tentait de lui apprendre à patiner, que lui et sa famille ont remarqué un dysfonctionnement physique, principalement pour l’équilibre.

Dominic s’est alors tourné vers le baseball, où ses limites le contraignaient moins. Et pour cause, puisqu’il a atteint le midget AAA avec les Voyageurs de Saguenay. «À 18 ans, ça allait, mais à 19 ans, ça n’allait plus pantoute», raconte-t-il.

La maladie a décidé de prendre le dessus. Son état s’est détérioré graduellement, si bien qu’à l’âge de 30 ans, il a dû se résigner à passer le reste de ses jours en fauteuil roulant.

Ses jambes et son équilibre ne lui permettent plus de se tenir debout. Mais ses mots – et les miens – le lui permettront peut-être un peu.

«On est peut-être sur Terre pour ça», lance-t-il, AU début de notre échange, lequel a été réalisé à la maison de son père, qui offre une vue magnifique sur la rivière Saguenay.

Le Chicoutimien est rendu à 45 ans, a toute sa tête et possède «un coeur de millionnaire». C’est une personne comme une autre, qui a des passions et des ambitions. Il adore le sport, la musique metal, les jeux vidéo, le cinéma et l’actualité. Bientôt, il ira vivre dans la maison de son enfance, que son père est en train d’adapter à sa réalité.

Mais avant toute chose, Dominic, c’est «un gars de famille». Il a une soeur, mère de deux petits trésors, et un frère atteint de la même maladie. Tous deux s’estiment chanceux d’avoir «les meilleurs parents»; la famille est unie et tricotée serrée.

Malheureusement, il stocke aussi beaucoup de rancune. Il en a marre de subir sans dénoncer. Et c’est justement pour cette raison qu’il a contacté Le Progrès.

Que ce soit pour la recherche d’un emploi, pour les rencontres amoureuses ou pour ses loisirs, chaque fois que Dominic tente d’avancer, une nouvelle barrière se dresse sur son chemin. Selon lui, les préjugés sont encore bien présents. Même qu’il les sent plus puissants depuis quelques années.

Dominic Tremblay en a marre. Il se dit victime de préjugés et aimerait avoir une réelle chance sur le marché du travail, notamment.

«Je veux travailler! Je n’attends que ça. J’ai même suivi la formation d’aide à l’emploi de Semo Saguenay. Mais je ne trouve pas. Il y a trop de préjugés. On dirait que les gens pensent que je ne peux pas travailler, mais j’ai toute ma tête!», confie le Chicoutimien, qui estime qu’il n’existe pas suffisamment de programmes d’insertion à l’emploi.

«Je serais même prêt à travailler sans être payé pour me prouver. Après, ils me paieront», ajoute-t-il.

Selon lui, le noeud du problème, c’est les stéréotypes. Et sur ce point, vivant moi-même avec un handicap, j’ajouterais la notion de méconnaissance. Trop de personnes ont le réflexe de considérer une personne handicapée comme une bibitte. Les gens en ont peur; c’est instinctif et purement maladroit.

«C’est avec ça que j’ai de la misère, les stéréotypes. Ça empire. Ça ne s’améliore vraiment pas. Le monde juge énormément. En 2019, oui, il y a encore beaucoup à faire», témoigne Dominic Tremblay.

«Peu importe ce que j’entreprends, ça s’arrête à ça», dit-il, en pointant son fauteuil roulant.

Parfois, je me demande si j’aurais pu faire ma place dans l’univers journalistique en étant en fauteuil roulant dès mes débuts. Suis-je chanceux d’avoir eu le temps de faire mes preuves avant de perdre ma mobilité? Je ne devrais pas avoir à poser cette question. Mais j’entends trop souvent des témoignages comme celui de Dominic Tremblay...

Trêve de commentaire; revenons au protagoniste de cette chronique. Il vient de vivre une expérience qu’il compare à un «séjour en prison, et même là, ç’aurait peut-être été mieux».

«J’ai été pendant huit mois dans une maison d’hébergement. C’était aucunement humain. Je me suis senti en prison, raconte-t-il, avec un dégoût encore brûlant. Il faut humaniser la société. Est-ce qu’on vaut rien parce qu’on est en fauteuil roulant, toi pis moi?»

Parmi les objectifs tangibles qu’il aimerait lancer à l’administration municipale et au gouvernement, Dominic cible l’amélioration du service de transport adapté, l’aménagement d’infrastructures sportives accessibles, notamment une piscine adaptée, la bonification des programmes d’aide à domicile, qui ne répondent plus à la demande, et une accélération des processus existants. Selon lui, les événements et festivals doivent aussi emboîter le pas et devenir plus accessibles.

Néanmoins, il salue les quelques initiatives déjà en place, lui qui participe au volleyball adapté du Centre de réadaptation en déficience physique et joue aux quilles au Centre de loisirs Joseph-Nio. «Mais il en faut plus!», scande-t-il.

Et il renchérit: «Dans tout ça, le point commun, c’est le changement de mentalité nécessaire. Il est là, le gros travail. Il faut changer d’attitude envers les personnes handicapées. Il faut être un groupe de personnes considérées, surtout au niveau politique. C’est une question de volonté. On n’entend pas assez parler de nous.»

Hélas, Dominic se sent comme «un rejet de la société». Un exclu qui ne demande qu’à être considéré.

Pourrions-nous offrir à tous une chance équitable?

«Ils seraient surpris de ce qu’on peut faire, nous deux!», conclut mon nouvel allié.