Mélissa Tremblay, mère de quatre enfants, dénonce l’absence de feux pour piétons et de traverses sécuritaires à l’intersection du boulevard de l’Université et de la rue Bégin, à Chicoutimi, où traversent désormais des jeunes d’âge primaire pour se rendre à l’école.

Des enfants parmi les voitures

CHRONIQUE / Il y a quelques semaines, j’ai publié le témoignage d’une personne malvoyante de Saguenay qui réclamait des feux sonores pour des questions de sécurité. J’ai reçu plusieurs courriels après cette chronique et j’ai vite constaté que le problème est encore plus basique: les feux pour piétons sont aussi rares et durs à trouver que les aurores boréales.

Mélissa Tremblay, mère de quatre enfants et médecin à l’urgence de Chicoutmi, m’a contacté. J’ai rencontré cette citoyenne la semaine dernière, à l’achalandée intersection du boulevard de l’Université et de la rue Bégin, là où tant d’enfants doivent traverser pour se rendre à l’Odyssée Lafontaine/Dominique-Racine.

Mme Tremblay dénonce que le réseau routier régional est «généralement conçu en fonction des occupants de véhicules motorisés, et non des usagers de la route les plus vulnérables», en l’occurrence les piétons. Les jeunes piétons, pourrais-je ajouter.

«La circulation sécuritaire de notre ville est franchement problématique pour les enfants d’âge scolaire», soulève Mélissa Tremblay, qui a sollicité la conseillère municipale Brigitte Bergeron, la députée Andrée Laforest, le ministère des Transports, la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay et les policiers, entre autres intervenants.

Sa récrimination est écoutée, puis transmise, mais la citoyenne garde l’impression que les répondants sont en train de jouer une partie de ping-pong. Et elle est spectatrice malgré elle.

La mère de famille explique que la problématique est d’autant plus déplorable depuis que des étudiants de niveau primaire doivent se rendre à Lafontaine pour les programmes de concentration artistique et d’anglais intensif. Le niveau de dangerosité est trop élevé, estime l’infirmière.

«Mes deux ados m’ont verbalisé qu’elles se faisaient klaxonner ou que des véhicules leur avaient presque rentré dedans. Des ados... imaginez les plus jeunes! Il y a toujours un danger puisque les voitures peuvent tourner à droite. Aussi, les enfants n’ont pas les mêmes perceptions et capacités que les adultes pour juger des distances et de la vitesse, et les automobilistes peuvent ne pas les voir en raison de leur grandeur. Beaucoup s’aventurent entre les véhicules arrêtés», fait valoir Mélissa Tremblay, qui multiplie les démarches depuis juin.

«C’est une question de sécurité avant tout, reprend-elle. Mais c’est aussi incohérent avec les discours prônant le transport actif, les saines habitudes de vie et le respect de l’environnement. La possibilité de se rendre à pied à l’école permet à nos enfants de s’approcher de la quantité d’exercice physique quotidienne recommandée. Il faut que ce ne soit pas dangereux de marcher, pour toute la population, et que la Ville rende cette option attractive.»

Selon la mère de famille, plusieurs autres parents de son quartier refusent d’envoyer leur enfant à pied à l’école en raison de cette lacune en matière de sécurité.

«On m’a demandé combien d’enfants faisaient le trajet. J’avais envie de répondre: ‘‘ Combien de décès ou blessés ça prend?’’ Faut-il vraiment justifier par un nombre d’enfants? Je travaille à l’urgence à l’hôpital de Chicoutimi et je suis à même de constater l’impact des chocs traumatiques. Les blessures subies par des piétons comptent pour près de 12 % des décès liés à des traumatismes chez les enfants de moins de 14 ans», ajoute-t-elle, citant en exemple les récents investissements dans la MRC de Domaine-du-Roy pour l’aménagement de corridors scolaires actifs et sécuritaires.

«Avec le projet de construction du projet des Habitations du Parc, qui abriteront des personnes qui vivent avec un handicap, il est grand temps que nos élus priorisent sérieusement le dossier de la sécurité des piétons, en particulier dans ce quadrilatère stratégique», scande Mélissa Tremblay.

Réactions de la Ville

Jointe mercredi soir, la conseillère municipale du secteur, Brigitte Bergeron, a voulu se faire rassurante. «La Ville est en train d’évaluer l’ajout de plusieurs traverses piétonnes, principalement sur les boulevards Talbot, de l’Université, Barrette et Saint-Paul. Les demandes sont nombreuses et justifiées», affirme Mme Bergeron.

«Nous en sommes conscients et nous sommes rendus là, surtout avec le nouveau corridor d’écomobilité. Il va y avoir une enveloppe spécifique dans le prochain budget. Oui, nous sommes en faveur. Et oui, il faut agir», soutient l’élue.

Devant de tels propos, Mélissa Tremblay réagit: «Bonne nouvelle! Mais je vais continuer de mettre de la pression jusqu’à ce que les traverses soient en place.»

D’ici là, soyons prudents! Et croisons-nous les doigts pour qu’il n’y ait pas d’accident...

Mélissa Tremblay, mère de quatre enfants, dénonce l’absence de feux pour piétons et de traverses sécuritaires à l’intersection du boulevard de l’Université et de la rue Bégin, à Chicoutimi, où traversent désormais des jeunes d’âge primaire pour se rendre à l’école.