Un pick-up fait pour moi

CHRONIQUE / J’aimerais mener un petit sondage maison auprès des propriétaires de pick-up. Et là, je tiens à vous rassurer, ce n’est pas du tout un piège où j’attends impatiemment votre réponse avec une brique et un fanal. Je suis vraiment juste curieux.

Alors hop, si on vous proposait d’échanger votre gros pick-up contre un autre gros pick-up, mais qui serait électrique, oseriez-vous faire le grand saut ?

Et là, imaginons que le pick-up en question serait considéré comme étant aussi performant qu’un bon vieux pick-up qui fonctionne au gaz.

Je serais sérieusement intéressé à connaître vos réponses, car vite comme ça, depuis que j’ai réalisé que ça existait vraiment, je me suis dit que ça serait là probablement le seul compromis réaliste afin de réduire en partie nos émissions de CO2 ici en région.

Le truc, c’est que je connais la plupart des arguments des propriétaires de pick-up et, dans plusieurs cas, c’est assez difficile d’y répliquer sans passer pour l’imbécile de service qui ne connaît pas du tout votre réalité et qui essaie de vous montrer comment vous devriez vivre. Et dans plusieurs cas, vous auriez raison d’avoir cette impression. Je pense ici notamment aux entrepreneurs qui doivent transporter constamment de la marchandise lourde, aux travailleurs agricoles, bref, ce n’est pas parce que je trouve que les consommateurs ont tendance à exagérer dans les achats de pick-up que je ne suis pas capable de reconnaître que c’est parfois nécessaire comme outil.

Il n’en demeure pas moins que si votre pick-up ne vous sert qu’à aller faire vos commissions en ville, vous n’arriverez jamais à me convaincre en me disant : « Mais c’est parce que je me sens plus en sécurité », car s’il n’y avait que les conducteurs qui ont vraiment besoin d’utiliser un pick-up qui en possédaient un, ça serait peut-être moins terrifiant de conduire dans le trafic avec sa petite voiture. Je pense qu’on appelle ça la surenchère.

De toute façon, on n’a qu’à se balader dans les rues d’Alma où presque chaque cour a son gros pick-up, pour en déduire que tous les beaux discours de sensibilisation à l’environnement ne changent absolument rien auprès des acheteurs de ces véhicules. Alors si, d’un côté, les gens ont envie de conduire des gros pick-up et que de l’autre côté, on a des gens qui capotent parce que les pick-up sont de véritables machines à polluer, un pick-up électrique serait le meilleur des mondes non ? Et sinon, un hybride au moins, question de rassurer les conducteurs plus sceptiques ?

Et puis, je suis certain qu’il y a moyen d’équiper un pick-up électrique avec un dispositif qui fait le même gros bruit qu’un gros pick-up à gaz. Et pourquoi pas un truc qui secoue votre pick-up pour vous rappeler le vrombissement du gros moteur ? Je sais que sur papier, ça peut sembler absurde, mais pour avoir discuté avec des « tripeux de chars » qui ont fait l’expérience d’une Prius qui était équipée de dispositifs du genre, ceux-ci m’ont confirmé que l’illusion leur avait semblé plutôt « bluffante ».

Peut-être que je me trompe, mais j’ai l’impression que si quelques propriétaires de pick-up me répondent et me font part du fait que ça ne les intéresse pas, les deux raisons qui reviendront le plus souvent seront le manque de confiance quant au produit et, surtout, le facteur économique. Je dis ça, car en partant du fait qu’un gros pick-up, ça coûte cher, et qu’une voiture électrique, ça coûte cher aussi, j’ose présumer qu’un gros pick-up électrique, ça coûte doublement cher. Alors, quand on n’a pas un seul beau-frère qui peut nous rassurer comme quoi ce truc fonctionne aussi bien que son ancien pick-up, il faut une certaine dose de courage pour prendre le risque.

Alors que j’écrivais cette chronique, mes recherches m’ont mené vers le prochain modèle de Tesla qui devrait sortir plus tard cette année. Grosso modo, on promet un véhicule tout droit sorti du film Blade Runner. Et vous savez quoi ? Je n’ai jamais eu autant envie de m’acheter un pick-up. Je le prendrais même blanc.