SVP et merci !

CHRONIQUE / Quand je vais à l’épicerie avec Billy le chien, je répète toujours le même rituel. Je m’assure tout d’abord que les fenêtres sont assez ouvertes pour qu’il puisse se sortir la tête et renifler ce qu’il y a autour et, ensuite, une fois que je sors de la voiture, je lui flatte doucement la tête en lui disant de ne pas s’inquiéter, que je serai de retour dans deux ou trois minutes. Ce que Billy ne sait pas, c’est qu’en fait, je laisse les fenêtres tellement grandes ouvertes qu’il pourrait tout simplement bondir de la voiture pour venir me rejoindre, mais bon, on ne s’en plaindra pas.

Quant au bref instant où je lui flatte sa tête de velours, je sais par expérience que si je saute cette étape, Billy va se mettre à japper en me voyant partir et, dans ces moments, j’imagine qu’il tente de me dire un truc du genre : « Hey ! Me laisse pas là, mon pote ! Tu t’en vas ou quoi ? »

Alors hop, cet après-midi-là, comme ma journée de travail n’était pas terminée et qu’il nous manquait un ou deux trucs pour préparer le souper, j’avais décidé de faire un coup vite, mais au moment où je m’apprêtais à flatter la tête de Billy, il y a une dame plutôt âgée qui est arrivée avec sa grosse voiture pour se garer à côté de mon Scorpion rouge. Le problème, c’est qu’un client avait laissé son chariot d’épicerie dans l’espace de stationnement et voilà que la dame avait décidé que c’était moi qui allais devoir m’en charger.

Maintenant, mon problème à moi, c’est qu’au lieu de tout simplement me demander si je ne pouvais pas tasser le chariot de la case tandis que j’étais déjà à l’extérieur de ma voiture et qu’elle, elle était encore installée confortablement dans sa voiture, la dame a fait sa requête en me fixant dans les yeux, tout en désignant de ses doigts le chariot. Pour vous donner une idée précise de la scène, vous n’avez qu’à imaginer que la Reine d’Angleterre vous demanderait de déplacer un truc.

Même si j’avais seulement envie de laisser le chariot là pour lui faire comprendre que le civisme, ça peut être payant, une espèce de force mystique s’est emparée de moi et, à mon grand étonnement, j’étais là à faire ce qu’elle m’avait demandé tandis qu’elle me lançait un sourire de satisfaction qui me donnait encore plus envie de laisser là ce chariot. Mais bon, j’avais toujours le contrôle de mes lèvres et j’espère qu’elle a bien lu ma collection de jurons sur mes lèvres.

Qu’on se comprenne bien, j’adore rendre service comme ouvrir des portes, aider une dame à transporter ses sacs d’épicerie à sa voiture même si je suis déjà en retard à un rendez-vous, ou laisser passer quelqu’un devant moi à la caisse parce qu’il semble pressé, mais bordel que ça m’insulte quand les gens vous font sentir que vous leur devez ça.

En fait, en tant que gars qui « pogne » rarement les nerfs, il y a ça qui me fout en rogne, et sinon, les gens qui ont décidé que ça ne valait pas la peine de dire les politesses d’usage comme « merci » et « s’il te plaît ». D’ailleurs, plus vous êtes âgés, plus mon niveau de colère est multiplié.

Ça me fait penser à ce type qui avait contacté mon amoureuse, il y a une semaine ou deux, alors qu’elle aidait mon beau-père à vendre son motorisé. Le gars communique avec ma blonde et la bombarde de questions tout en lui ordonnant de la rappeler comme s’il était son patron, et ce, tout en omettant les formules d’usage comme un simple « bonjour » par exemple.

Vous vous en douterez, mais le gars ne s’est jamais fait rappeler et il est passé à côté d’une excellente aubaine.

Quand j’y repense, peut-être qu’au fond, c’est à cause des gens comme moi que plusieurs personnes ont l’impression que tout leur est dû. Par exemple, pour ce qui est de mon histoire de stationnement, peut-être que j’aurais davantage rendu service à cette dame si je lui avais dit un truc du genre : « Hey, Madame, ça me fait plaisir de vous aider, mais ça passerait mieux si vous me le demandiez au lieu de me l’ordonner. »

Mais bon, je préfère concentrer mon énergie sur la génération future et, qui sait, peut-être que lorsque j’aurai quelque chose comme 70 ans, un « jeune » de 40 ans me répondra : « Monsieur, je ne suis pas à votre service, mais si je peux vous aider, ça me fera plaisir. »