J’ai appris que la voisine « pas fine » racontait au voisinage qu’elle était la cible d’un diabolique farceur qui la harcelait plusieurs fois par jour en téléphonant chez elle et le suspect en question ne pouvait être que moi.

Surestimé par la voisine «pas fine»

CHRONIQUE / On ne peut pas aimer tout le monde et tout le monde ne peut pas nous aimer.

En ce qui me concerne, ça m’aura pris beaucoup d’années avant de finir par saisir ce concept, mais si jamais vous cherchez deux façons plutôt faciles de bien l’assimiler, vous pouvez devenir chroniqueur, ou sinon, avoir des voisins.

Je dois quand même vous avouer qu’en matière de voisins, je suis chanceux parce que je m’entends plutôt bien avec la plupart d’eux. Or, voilà que j’ai appris tout récemment que j’avais été victime d’une « campagne de salissage ». Mais bon, je m’en suis plutôt bien sorti, car en matière de mauvaise presse, je n’aurais pas pu imaginer un truc plus hilarant que ça.

Donc il y a quelque chose comme deux semaines de cela, tandis que je traînais devant la maison en discutant avec mon amoureuse, un de mes voisins est venu jaser avec nous de tout et de rien jusqu’à ce qu’on en vienne à parler de la voisine « pas fine » du quartier.

D’ailleurs, il y a quand même un avantage à être le « pas fin » du quartier et c’est que vous finissez toujours par vous retrouver au coeur des discussions à un moment ou l’autre. Maintenant, je dis que c’est un avantage, mais encore là, il faut quand même aimer faire parler de soi.

Alors hop, on en est venu à discuter des dernières interventions de la voisine « pas fine » du quartier quand mon voisin a fini par me demander, avec un petit brin de complicité dans le regard, si c’était vraiment moi le gars des coups de téléphone.

« Le gars des coups de téléphone ? », que je lui ai demandé, un peu surpris par ce titre qui semblait sortir tout droit des années 80, cette glorieuse époque où les afficheurs n’étaient toujours pas arrivés et où le réseau téléphonique était l’eldorado des plaisantins.

C’est alors que j’ai appris que la voisine « pas fine » racontait au voisinage qu’elle était la cible d’un diabolique farceur qui la harcelait plusieurs fois par jour en téléphonant chez elle et le suspect en question ne pouvait être que moi. Mais en plus de faire des coups de téléphone en série, voilà qu’on me suspectait d’être assez fin finaud pour faire croire que j’appelais chaque fois en provenance de nouveaux numéros.

Pour dire vrai, je n’avais pas autant ri comme ça depuis un bon moment, car même si je fus un professionnel des coups de téléphone dans mes plus jeunes années, le Joël de 2019 est une des personnes les plus allergiques aux appels téléphoniques. Je suis tellement allergique que je suis même déjà passé à côté de certains contrats juste parce que ça impliquait que j’allais devoir effectuer un ou deux appels téléphoniques.

En considérant tout ça, vous déduirez facilement que ce serait extrêmement bizarre que mon passe-temps soit justement de trafiquer ma ligne téléphonique pour téléphoner chez la voisine « pas fine ».

Mais bon, tout ça, c’est plutôt dommage, car pour être bien franc avec vous, j’aurais été plutôt fier d’être le vrai « vilain » dans cette histoire. J’imagine que les gens qui se sont déjà retrouvés dans la mire de la voisine « pas fine » du quartier m’auraient perçu comme une espèce de justicier masqué.

En fait, l’idée m’a tellement plu que pendant un très bref instant, j’ai vu ça comme un signe du destin qui m’encourageait justement à devenir ce héros. Or, la réalité m’a rapidement rattrapé quand je me suis souvenu que j’avais un boulot qui me demandait quand même beaucoup de temps, une famille à qui j’aime donner tout le reste de mon temps, un chien et un chat qui me demandent parfois un peu d’attention et des vrais passe-temps pour ce qu’il me reste de temps libre. Bref, je n’ai juste pas le temps d’avoir comme loisir d’empoisonner la vie des autres.

D’ailleurs, je vous dis ça et ça me fait réaliser qu’être « pas gentil », ça demande aussi de la rigueur et de la persévérance. Alors hop, j’imagine que tout ce que je peux faire, c’est de remercier la voisine « pas fine » du quartier de m’avoir surestimé.