Par un samedi tranquille

CHRONIQUE / Ça faisait depuis Noël qu’on avait toujours quelque chose de prévu la fin de semaine et il y avait donc quelque chose de très jouissif à l’idée de se dire que pour une fois, on pourrait enfin en profiter pour relaxer.

Alors quand cette fin de semaine « sans rien de prévu » est enfin arrivée, je peux vous assurer que le vendredi soir, c’était la joie. Mon amoureuse et Charlot m’avaient annoncé qu’ils avaient planifié d’aller faire du patin samedi en après-midi et en apprenant cela, je m’étais donc dit que je profiterais de ce moment pour m’installer bien confortablement dans ma chaise de lecture pour enfin terminer Fin de ronde, le troisième et dernier tome de cette trilogie de Stephen King qui avait été initiée par Mr. Mercedes.

Le lendemain, alors que Charlot et Julie allaient bientôt se préparer à aller patiner, je suis parti faire la marche d’après-midi de Billy le chien, mais en revenant à la maison, la voiture de mon amoureuse était toujours dans la cour. « Ils ont peut-être finalement décidé de ne pas aller patiner », que je me suis dit en m’imaginant la voix de Columbo.

Or, mon hypothèse n’était pas tout à fait exacte, car en fait, ce n’était pas eux qui avaient décidé de ne pas aller patiner, mais plutôt le cruel destin. C’est qu’au moment où Julie sortait les patins du garde-robe, voilà qu’un d’eux est tombé directement sur son pied pour ensuite lui mutiler un orteil.

Charlot m’a donc résumé les dernières minutes en m’expliquant qu’il avait prodigué les premiers soins à sa mère et je ne vous cacherai pas que j’étais très fier. Puis, il a insisté pour me montrer la blessure et comme je ne voulais pas la voir, de peur de m’évanouir ou un truc du genre, il m’a pratiquement forcé à la regarder en me disant que ça me rassurerait. Il n’avait pas tort, parce que c’était beaucoup moins horrible que ce que je m’imaginais.

Une fois que j’ai été mis au parfum de ce qui s’était produit, je me suis donc installé comme prévu dans ma chaise pour lire et c’est là que Charlot m’a annoncé : « Papa, je vais aller pratiquer mon ski dans la côte du parc. »

Ça, en langage de parents, ça signifie : « Papa, d’ici quelques secondes, tu n’auras pas vraiment le choix d’enfiler tes bottes et de mettre tes vêtements chauds pour venir m’accompagner dehors. »

Ce fut justement le cas et quelques minutes plus tard, voilà que j’avais remis tout mon attirail afin d’affronter le froid à l’extérieur, mais au moment d’ouvrir la porte, Billy le chien allait me surprendre en prenant la poudre d’escampette pour filer à toute vitesse vers je ne sais où.

Charlot, lui, s’était installé avec ses skis sur la butte de neige en avant de la maison et mon petit doigt me disait que si je n’intervenais pas dans les prochaines secondes, un accident pourrait très bien se produire.

Pour vous dire vrai, l’heure qui a suivi a été plutôt mouvementée. J’ai tout d’abord tenté de retrouver Billy, mais en vain. Puis, quand nous sommes arrivés à la côte du parc, Billy est venu voir Charlot qui se pratiquait à skier pour ensuite repartir avec une de ses mitaines. On a su peu après qu’il était parti voir son pote Falco.

Lors du souper, j’ai raconté avec enthousiasme à quel point Charlot commençait à bien se débrouiller en ski et mes compliments à son égard ont fait en sorte qu’il a fini par nous convaincre de l’accompagner à la côte du parc pour une autre session de ski. On y est donc retournés, cette fois-ci en famille et, surtout, sans Billy.

J’étais là à grelotter en raison du froid et c’était le cas de le dire, mon plan de passer un samedi bien relax à finir mon bouquin avait été mis sur la glace.

J’ai finalement terminé de lire mon livre le lendemain et en le refermant, j’ai réalisé que même si je l’avais bien aimé, chaque fois que je repenserai à ce bouquin, la première image qui me viendra en tête sera ce fabuleux Charlot en train de descendre triomphalement la côte du parc avec ses skis alors que Billy s’apprêtait à lui voler une de ses mitaines.