Manque d’ambition

CHRONIQUE / La semaine dernière, alors que je vous faisais part de l’expérience menée par François Privé, qui avait tenté de commander un repas « sans déchet » dans un McDonald’s, un lecteur m’a écrit pour m’informer que sa fille travaillait dans une succursale d’une très populaire chaîne de restauration rapide et qu’à la fin de chaque journée, on jetait le contenu des bacs de récupération au même endroit qu’on y déposait les déchets.

Vous devinerez que si je garde le secret à propos de la chaîne en question, c’est que je ne suis pas en mesure d’aller vérifier directement à la source, étant donné que le restaurant en question serait situé dans le secteur de Sherbrooke. Cela dit, ce n’est malheureusement pas la première fois que je vois passer des rumeurs du genre concernant plusieurs établissements de plusieurs grandes chaînes.

Ce qui est le plus navrant dans tout cela, c’est que même si on pointait du doigt ces établissements afin que tout le monde soit au courant de leur cynisme, je ne crois pas que ça changerait quoi que ce soit. Certes, on trouverait certainement plusieurs personnes qui s’en indigneraient, déclarant qu’ils n’y mettraient plus jamais les pieds, mais sans trop vouloir vous divulgâcher la fin, il s’agirait fort probablement de gens qui ne fréquentent déjà pas ce type d’établissements.

Maintenant, la question qui va suivre va peut-être vous sembler futile, voire farfelue, mais serait-il plus acceptable qu’une entreprise assume pleinement le fait qu’elle ne recycle pas plutôt que d’acheter la paix en disposant un peu partout des bacs supposément destinés au recyclage ?

En d’autres mots, est-ce plus immoral de faire semblant de recycler que de ne pas recycler ?

Si je m’adonne à ces interrogations, c’est que je me dis que, parfois, il vaut mieux savoir sur qui on peut vraiment compter plutôt que de penser qu’on pourra compter sur tout le monde. Dans le premier cas, on sait au moins avec quels effectifs on pourra mener à terme la mission, tout en pouvant se préparer en fonction de cela, tandis que dans l’autre scénario, on est dans l’extrapolation la plus complète et ainsi, chaque fois qu’il y a un désistement, « ça “fucke” toute la patente », comme on dit en bon français.

Évidemment, si l’avenir de la planète – et surtout de l’humanité –vous tient à coeur, chaque fois qu’on assiste au cynisme écologique et social de ces grandes multinationales, on ressent soudainement l’envie de sacrer un coup de poing dans un pâté à la viande pour se défouler, mais ici, loin de moi l’intention d’excuser ces grandes compagnies, mais la faute leur est-elle complètement attribuable ?

À titre d’exemple, je me questionne à savoir si nous nous sommes dotés de lois assez strictes afin de nous assurer que les pratiques de ces entreprises se fassent dans le respect le plus complet de l’environnement. Est-ce que nous investissons suffisamment afin d’avoir les meilleurs équipements et les meilleures infrastructures qui soient dans le but de maximiser nos capacités en matière de récupération ?

Qu’on se comprenne bien, je ne possède aucunement la vérité quant à tous ces questionnements ; or, mon petit doigt me laisse croire que si nous ne nous donnons pas les moyens afin de créer une espèce de « révolution du recyclage », c’est tout simplement parce que nos décideurs manquent sérieusement d’ambition à cet effet.

Alors qu’une entreprise régionale comme Passion Café est parvenue à élaborer une stratégie afin d’être carboneutre dans ses quatre succursales, moyennant un investissement de 3000 dollars – c’est même le boss qui me l’a confirmé –, j’ai beaucoup de difficulté à croire que des multinationales multimilliardaires ne soient pas en mesure de sacrifier une infime partie de leur budget pour faire de même.

En fait, j’ai beau tourner ça dans tous les sens, je reviens toujours à la même conclusion : ces multinationales attendent seulement qu’on les oblige.

Le plus absurde dans tout ça, c’est que plus longtemps ces entreprises attendront avant de passer à l’action, plus la facture sera salée lorsqu’elles n’auront plus le choix de faire le saut.

Mais bon, de quoi je me mêle, c’est à eux les milliards de dollars.