L’effroi du figurant

CHRONIQUE / On entend souvent des sirènes, là où je vis.

Comme notre maison est située à proximité du pont d’Isle-Maligne, on peut souvent entendre les sirènes des ambulances ou celles des camions de pompier qui se rendent d’urgence dans le coin de Delisle et chaque fois, on finit évidemment par se demander quel genre de drame peut bien se tramer de l’autre côté de la rivière.

Ce soir-là, Billy le chien avait insisté pour m’accompagner lors de ma marche de fin de soirée et comme je voulais m’assurer qu’il « brûlerait assez de gaz », on était donc passés par une tonne de sentiers enneigés, question qu’il y ait un peu d’action au programme. Toute cette dépense d’énergie, combinée à un peu de tabac de course, avait donc fait en sorte qu’en revenant à la maison, j’avais sombré dans une espèce de demi-sommeil aussitôt après m’être effondré sur le divan.

J’ai peut-être somnolé quelque chose comme quelques minutes, puis à mon réveil, c’était soudainement la folie à l’extérieur. Ce n’était pas une sirène d’ambulance ou de camion de pompier qu’on entendait rugir dehors, mais toutes les sirènes des camions de pompier et des ambulances du monde.

Mais juste au moment où j’étais en train de me dire que ça n’augurait pas bien, tout ça s’est confirmé quand j’ai entendu le bruit d’un hélicoptère qui volait dans les environs. Ce n’était pas le son qu’on entend d’habitude, lorsqu’un hélicoptère passe dans le coin. C’était le son d’un hélicoptère qui cherchait quelque chose et, croyez-moi, ça n’a rien de chaleureux.

L’instant d’après, j’ouvrais mon téléphone pour voir quelle heure il était et il y avait déjà toutes ces notifications annonçant qu’une tragédie s’était produite à quelques kilomètres de la maison. Dans les jours qui ont suivi, on pouvait encore entendre les sons d’hélicoptère au loin et chaque fois qu’une sirène se faisait entendre, on se demandait alors si c’était parce qu’ils avaient retrouvé l’un des cinq Français de l’excursion mortelle en motoneige.

Il m’est aussi arrivé à quelques reprises d’être soudainement pris d’un certain effroi alors que je marchais à proximité de la rivière et que je croyais voir quelque chose d’inhabituel à proximité du rivage.

Bref, j’ai peut-être toujours raffolé des films d’horreur, mais ce n’est vraiment pas chouette d’en faire partie, même en tant que simple figurant.

La semaine dernière, je vous racontais que j’avais réalisé sur le tard que j’avais oublié de renouveler mon permis de conduire et que mon amoureuse m’a offert de venir avec moi à la SAAQ pour que je corrige rapidement la situation.

Alors que nous étions dans sa voiture, Julie m’a balayé du regard, puis elle m’a dit : « J’espère que tu es conscient que tu vas devoir prendre ta photo de permis et que tu vas avoir cette allure-là pour les quatre prochaines années ? »

Comme j’avais conservé ma grosse tuque sur la tête toute la journée, j’avais les cheveux considérablement gras et, en plus, deux jours auparavant, la batterie de mon rasoir électrique avait déclaré forfait en plein rasage et je m’étais ainsi retrouvé avec une grosse moustache de gars qui cambriolait des banques à l’époque des westerns. Julie avait tout à fait raison, j’avais l’air d’un comédien qui s’en allait passer une audition pour un rôle de bandit.

« Quatre ans ma chérie, ça passe en un clin d’œil », que j’ai lancé.

Tout s’est bien déroulé à la SAAQ, à l’exception que j’avais oublié d’apporter avec moi mon formulaire d’assurance-maladie, puis quelques heures plus tard, alors que j’étais passé effectuer un achat à la SQDC, l’agente de sécurité a vérifié mon permis de conduire et quand elle a vu mon petit papier qui confirmait mon renouvellement, elle m’a dit qu’une chance que je l’avais. J’ai été tenté de lui demander pourquoi, mais un commis m’a aussitôt invité à le rejoindre, alors ça devra attendre.

Puis, lorsque je suis revenu à la maison, Julie m’a aidé à retrouver la lettre contenant mon formulaire d’assurance-maladie – que je n’avais évidemment pas encore ouvert – et après avoir survolé le document, elle m’a annoncé que je devrais finalement vivre avec ma photo de bandit pour les huit prochaines années.

Mais bon, huit ans, ça passe en deux clins d’œil.