Joël Martel

Le temps de la photo d’école

CHRONIQUE / On ne le dit pas assez souvent, mais les photos d’école, c’est quand même « pas pire » stressant pour les parents.

Un soir, vous êtes là en train de souper en famille, puis tandis que vous vous êtes partagé les bons et les moins bons moments de votre journée, voilà que votre enfant vous lance comme si de rien n’était que « demain, c’est la journée des photos ».

En ce qui concerne notre garçon, disons qu’il s’agit ici du « moins pire scénario », car généralement, il y a encore plus de chances pour qu’il finisse par nous rappeler que « c’est ce matin » alors qu’il vient d’enfiler ses pantalons de neige et sa grosse veste et que l’autobus s’apprête à arriver d’ici quelques minutes.

Je dois vous avouer qu’au fil des années, c’est devenu un de mes moments favoris de l’année scolaire, car chaque fois, le petit stress que ça génère chez mon amoureuse m’amuse énormément.

Le truc, c’est que chaque année, Julie planifie le look idéal pour que Charlot nous revienne avec les meilleures photos, mais une espèce de conspiration cosmique semble toujours vouloir mettre ses plans en péril.

Une année, Charlot était arrivé sur l’heure du midi dans ses plus beaux vêtements, puis juste avant d’aller prendre l’autobus, il m’avait demandé de l’aider à se mettre une cravate. J’avais évidemment été intrigué par une telle requête de sa part, mais bon, je lui avais fait un nœud et puis hop, direction l’école. Une minute plus tard, Julie m’avait appelé afin de s’informer comment s’était déroulée l’heure du dîner, puis j’avais fini par comprendre que j’avais peut-être fait une gaffe lorsqu’elle m’avait demandé : « Et il avait son beau chandail rouge pour la photo quand il est parti pour sa photo d’école ? ».

Disons que ma réponse avait été très éloquente : « Oh ! Bordel. C’était aujourd’hui ? C’était donc pour ça la cravate ». Mais bon, ç’a quand même donné des photos mémorables.

Une autre fois, Charlot se préparait pour aller à l’école et alors qu’il était en train d’enfiler sa veste, j’avais remarqué une tache de chocolat sur son beau chandail. Je lui avais donc ordonné de le retirer en toute vitesse pendant que j’irais lui chercher un autre chandail de recherche, puis j’avais pris le premier truc qui m’était tombé sous la main.

Charlot s’était ensuite assuré que son nouveau chandail était « correct » et après l’avoir balayé du regard, j’avais répondu : « C’est moche, mais c’est propre ».

J’étais ensuite allé me faire un café et en me rendant vers le frigo pour aller chercher de la crème à café, j’avais aperçu la note informative comme quoi c’était la journée de la photo. « Cette année, il portera un chandail moche, mais propre », que je m’étais dit en me demandant ce qui était le mieux entre ça et une cravate.

Et puis hop, mardi après-midi, Julie arrive du boulot et la première chose qu’elle me demande, c’est « Est-ce que Charlot avait son beau chandail pour sa photo d’école ? ». J’ai figé pendant un instant, puis j’ai décidé de prendre une chance en lançant « oui bien sûr ».

On verra ça dans quelques jours lorsque les épreuves seront disponibles.

***

Je ne réponds jamais au téléphone, mais ce jour-là, j’attendais un appel important donc j’ai aussitôt répondu lorsque ça a sonné. Au bout du fil, c’était une dame à la voix plutôt sympathique qui m’informait qu’elle recueillait de l’argent pour une bonne cause, mais comme je devais faire vite, je lui ai demandé de m’envoyer un lien vers son association par courriel.

« Parfait monsieur, et quel montant prévoyez-vous donner ? », qu’elle me demande.

Comme je voulais jouer de prudence, j’ai expliqué que je verrais selon ma situation financière, puis la dame me lance : « Il n’y a pas de problèmes, monsieur. Il faut donner selon ses capacités, même s’il s’agit d’un petit montant. Certaines personnes ne font que des dons de 50 ou de 100 dollars ».

Là, je vais vous avouer que j’ai un peu sursauté. J’ai pris ensuite une bonne respiration, puis j’ai expliqué à la dame que je songeais plutôt à faire un don d’une vingtaine de dollars pour débuter, puis elle m’a raccroché au nez.

Ça m’apprendra à répondre au téléphone.