Le saut en bungee

CHRONIQUE / C’est l’histoire d’un gars qui voulait essayer le bungee, et ce, même si ça lui foutait un peu la trouille.

Quand le Jour J est enfin arrivé, notre gars était à la fois très stressé et très excité.

Heureusement pour lui, dans l’heure qui précédait le grand saut, voilà qu’on offrait une petite session d’information à l’attention des futurs sauteurs. C’était là une excellente occasion afin de s’assurer que tout le monde avait bien compris les consignes, mais aussi afin de permettre à tous ces aventuriers de faire la lumière sur les nombreuses craintes qui les habitaient.

Évidemment, plusieurs de ces questions tournaient autour de la sécurité et chaque fois que quelqu’un faisait mention de la fiabilité de l’élastique, on s’empressait de lui dire que celui-ci avait fait l’objet d’une multitude de tests par le passé et qu’il n’y avait vraiment pas à s’en faire.

Par la suite, tout le monde s’est dirigé vers la plateforme de saut et notre gars avait tellement été rassuré par ce qu’il avait entendu lors de la session d’information, qu’il a été le premier du groupe à vouloir enfin faire le grand saut !

Mais juste au moment où ses pieds allaient quitter la plateforme et que son corps n’allait maintenant faire qu’un avec le grand vide, l’employé qui était responsable de bien l’attacher lui a joyeusement lancé : « Désolé de t’annoncer ça maintenant, mais je viens d’apprendre que tu vas être le premier à tester notre nouvel élastique ! »

Cette histoire qui sort tout droit de mon imagination vous semble peut-être absurde, mais elle s’inspire de ce qui se passe actuellement avec de nombreux candidats du Parti conservateur, qui prendront part aux prochaines élections fédérales.

Voilà donc qu’on apprenait, en début de semaine, que le député Alain Rayes, qui a joué un rôle très important dans la province quant au recrutement des candidats pour le Parti conservateur, aurait fourni une information erronée à ses recrues. En effet, alors que plusieurs candidats potentiels disaient s’inquiéter de la possibilité qu’Andrew Scheer permette de rouvrir le débat sur l’avortement au Canada, on leur répétait formellement et clairement que c’était impossible.

Or, selon ce qu’a laissé entendre le député Rayes, celui-ci n’aurait pas saisi quelques petites subtilités à ce sujet et ainsi, il n’aurait pas été en mesure d’informer les candidats qu’il courtisait quant à la possibilité que certains députés d’arrière-ban puissent décider de présenter des projets de loi ou motions en lien avec le droit à l’avortement.

À côté de ça, le coup du nouvel élastique de bungee semble presque insipide.

Je vous dis ça, car même si je peux parfois vous sembler cynique par rapport à nos élus, je reconnais entièrement que le grand saut en politique implique un énorme sacrifice. Je peux aussi reconnaître que la phrase précédente peut sembler très convenue, mais à une époque où l’opinion publique se polarise toujours un peu plus, une telle affirmation m’apparaît plus véridique que jamais.

Et puis hop, en tenant compte du fait qu’un truc aussi inoffensif que le bannissement des pailles en plastique puisse causer un psychodrame, on peut certainement s’entendre que la seule idée de rouvrir le débat sur l’avortement ne s’apparente aucunement à « un tout petit détail de rien du tout ».

Dans un monde idéal, ça serait vraiment chouette d’apprendre que les candidats floués dans leurs valeurs en rapport avec cette question décident de se retirer ou du moins, de quitter les rangs du Parti conservateur, mais bon, on ne vit pas dans un film.

Néanmoins, si un seul de ces candidats agissait de la sorte, ça serait un exemple incroyable d’intégrité, ce qui ne pourrait que redorer le blason amoché de l’exercice politique.

Enfin, je serais très curieux de savoir si Alain Rayes a vraiment bien compris le « plan environnemental » de Scheer. Mais bon, une fois qu’on a fait le grand saut, il ne reste plus qu’à voir ce qui arrivera une fois rendu au bout de l’élastique.